Actualité à la Hune

Vendée Globe

Amedeo : «Je vais revenir…»

Onzième à l’issue d’un Vendée Globe achevé ce samedi 18 février à 10h 03’, Fabrice Amedeo revient sur ses 103 jours 21 heures 1 minute de course. Deuxième bizuth de cette huitième épreuve derrière Éric Bellion arrivé lundi en fin d’après-midi, le skipper de Newrest-Matmut espère déjà revenir dans quatre ans avec une nouvelle monture…
  • Publié le : 18/02/2017 - 10:46

AmedeoPetit matin blafard devant la bouée Nouch Sud qui marque la fin du Vendée Globe : Fabrice Amedeo en finit ce samedi 18 février à 10h03 sous un ciel bleu azur et une petite brise matinale.Photo @ DPPI/Vendée Globe

Voilesetvoiliers.com : Quel bilan technique tires-tu de cette première expérience en solitaire autour du monde ?
Fabrice Amedeo
: J’ai appris pas mal de choses ! La descente de l’Atlantique a suivi un scénario assez classique comme une transat et cela m’a permis de progresser sur mon maniement d’un IMOCA, même s’il n’y a pas eu révolution… Le vrai changement, ça a été le Grand Sud. J’ai commencé correctement sur le début de l’Indien, mais ensuite, j’ai eu mes problèmes de grand-voile, de drisse, j’ai dû monter en tête de mât pour résoudre mon souci de hook de gennaker : ça m’a un peu coupé les jambes… Et après j’ai continué sur un faux rythme jusqu’à la dernière dépression avant le cap Horn : je n’avais pas le choix, il fallait que je prenne 55 nœuds !

Voilesetvoiliers.com : Et cela a changé ta perception ?
F. A.
: À l’issue du Grand Sud, j’ai pu faire le bilan de ces quarante jours dans l’Indien et le Pacifique : je me suis rendu compte que j’avais pu affronter des vents très forts alors que par deux fois auparavant, j’avais fait comme d’autres skippers d’ailleurs, du Nord pour laisser passer de méchantes dépressions. Certes c’était naviguer en bon marin, mais c’était aussi un peu naïf : la prochaine fois, j’irai prendre la «cartouche» dans l’axe… Désormais je sais que ça passe et que je suis capable de l’assumer. Mais la première fois, ce n’est pas évident quand tu sais que tu vas prendre plus de 50 nœuds dans les mers du Sud !

Voilesetvoiliers.com : Une nouvelle approche plus agressive…
F. A.
: La tentation de s’échapper du mauvais temps était légitime pour un novice comme moi, mais aujourd’hui j’ai franchi un grand pallier et plus jamais je n’éviterai les dépressions (du moins au portant) de la même façon. Mais l’autre chose importante que j’ai apprise et c’est aussi après les mers du Sud où tu es le nez dans le guidon avec peu de recul, c’est qu’il ne faut pas naviguer trop prudemment en avant des fronts. Il faut vraiment attaquer à fond parce que c’est à ce moment-là que tu peux faire la différence et créer de l’écart face à tes concurrents. Bien sûr, je faisais des moyennes de 17-18 nœuds, mais ce n’était pas suffisant… Il ne faut pas hésiter à pousser les bateaux dans leurs retranchements.

AmedeoNovice de la course au large marathon, le skipper de Newrest-Matmut a réalisé un tour du monde à son rythme avec plus de 80% du parcours aux côtés d’Arnaud Boissières qui le devance d’une journée aux Sables d’Olonne…Photo @ DPPI/Vendée Globe

Voilesetvoiliers.com : Tu n’as pas de regrets sur ta façon de naviguer, c’est juste une progression au fil des milles…
F. A.
: Je n’ai pas de regrets, mais évidemment si je retourne dans le Sud, je naviguerai beaucoup mieux. J’ai fait ce Vendée Globe avec mon bagage technique, ma sensibilité, mes connaissances, mes émotions et ça s’est bien passé. J’ai énormément appris en gérant correctement mon tour du monde mais maintenant, je sais comment faire pour aller plus vite, plus fort.

Voilesetvoiliers.com : Au départ des Sables d’Olonne, il y avait 29 solitaires et à l’arrivée il ne devrait y en avoir 18. Et tu termines onzième…
F. A.
: Mon objectif essentiel était de terminer : c’est fait ! Je suis très content parce que je savais aussi que finir, c’était avoir un classement correct en raison du jeu des abandons. Je n’avais pas d’objectif comptable et je suis très heureux de cette place même si j’aurais préféré que Conrad Colman finisse devant moi… Je suis très triste pour lui même si je sais qu’il va faire quelque chose d’énorme en terminant sous gréement de fortune. J’ai tout de même une petite frustration sur mon temps de parcours : j’aurais aimé être en dessous des cent jours. Mais je termine juste derrière Arnaud Boissières qui en est à son troisième Vendée Globe ! On a tout de même eu une conjonction de phénomènes météo très défavorables… Particulièrement dans l’Atlantique, à la descente comme à la remontée, mais aussi dans le Pacifique où on a été bloqué par un centre anticyclonique pendant trois jours : j’ai fait une journée à 26 milles...

Voilesetvoiliers.com : Mais tout de même un résultat statistique très positif avec seulement 38% d’abandons…
F. A.
: En général, c’est un abandon pour deux partants : on est donc sur une bonne édition du Vendée Globe ! En fait, c’est surtout parce qu’il y a eu très peu d’abandons jusqu’à l’océan Indien où ça a écrémé beaucoup : Kojiro, Riou, de Pavant, Lagravière, puis Josse, Le Diraison, Ruyant…

Voilesetvoiliers.com : Jusqu’à l’arrivée, on ne peut pas se détendre comme cela t’ai arrivé il y a deux jours au large du cap Finisterre…
F. A.
: Absolument. Je suis passé très près d’un cargo : j’ai été obligé d’appeler le CROSS pour qu’il se déroute avant une collision ! Et juste avant, je me suis pris un petit requin dans la quille qui m’a obligé à faire une marche arrière… Et Conrad Colman qui démâte à moins de 1 000 milles de l’arrivée : incroyable. On est sous tension permanente : on sait que ça peut basculer à tout moment.

AmedeoParti pour un tour du monde en solitaire sans escale avec pour objectif majeur de terminer, Fabrice Amedeo a réussi son pari en finissant après 103 jours 21 heures de mer.Photo @ DPPI/Vendée Globe

Voilesetvoiliers.com : D’un point de vue mental, qu’est-ce qui a changé chez toi ?
F. A.
: La notion de dépassement de soi est finalement totalement infinie : au départ, j’imaginai que c’était juste repousser mes limites mais en fait, c’est toujours plus même si on est rattrapé par la réalité. C’est incroyable ce que l’on peut chercher dans ses tripes pour réparer une avarie, pour accepter le froid, les calmes, pour aller de plus en plus vite… Il y a des moments où on se dit qu’on n’en peut plus, et de fait, on passe par dessus : on a des ressources énormes en soi.

Voilesetvoiliers.com : Ce qui signifie que cela rend plus zen, qu’on a plus de recul vis à vis des évènements imprévus ?
F. A.
: Quand je serai à terre, je pense que j’aurais beaucoup plus de recul, plus de facilité à me concentrer sur l’essentiel, à déléguer. Et je garde une énorme humilité vis à vis de ce que j’ai vécu : c’est un trésor que je conserverai toute ma vie.

Voilesetvoiliers.com : Le fait d’arriver est souvent un moment paradoxal entre le fait de retrouver ses proches et de quitter son bateau et la course…
F. A.
: Quand je pense à l’arrivée, je pense aux retrouvailles et je suis très heureux. Surtout que je n’ai plus rien à manger à bord… Non, plus sérieusement, je vais pouvoir profiter de mes proches, de mes enfants, de ma femme, de ma famille. Mais je sais que quelques jours après, j’aurais perdu cette ligne d’horizon qui a été mon cadre de vie pendant plus de trois mois : il y aura forcément une pointe d’amertume et de tristesse…

AmedeoPrudent après ses problèmes techniques dans l’océan Indien, le solitaire a pris la mesure du Grand Sud quand il a dû affronter plus de cinquante nœuds juste avant le cap Horn…Photo @ DPPI/Vendée Globe

Voilesetvoiliers.com : Mais tu as envie de continuer dans cette voie ou de reprendre une vie «normale» ?
F. A.
: C’est clair dans mon esprit : je vais tout faire pour être au départ du Vendée Globe 2020 ! Il ne s’est pas passé une journée dans ce tour du monde sans que je me dise que j’y retournerai… Toutes les erreurs que j’ai faites étaient un pas de plus vers ce nouvel objectif. Une seule fois, je me suis dit que je ne referai pas le Vendée Globe : c’était lorsqu’il a fallu que je monte dans mon mât le jour de Noël… Cette fois, c’était pour découvrir ; la prochaine, ce sera en mode compétition.

Voilesetvoiliers.com : Sur un tour du monde, il y a des hauts et des bas, mais cette sinusoïde mentale s’atténue au fil des jours ou au contraire, s’amplifie ?
F. A.
: Deux ou trois fois, je suis monté assez haut : j’étais euphorique. Mais je suis rarement descendu très bas. Même dans les moments difficiles, je n’ai pas décroché. Mais en fait, cette sinusoïde s’est compressée au fur et à mesure que j’ai approché de l’arrivée : dans le Sud, un jour ça va, un autre ça ne va pas. Et dans les alizés du retour, le matin ça va, l’après-midi ça ne va pas et au Portugal, ça va à 10h, ça va moins bien à 11h !

Voilesetvoiliers.com : C’est plus difficile d’arriver que de partir !
F. A.
: D’une certaine manière… Parce que plus l’arrivée approche, plus il y a d’enjeu : abandonner au début, c’est dur mais ça arrive. Arrêter alors que la ligne est à portée de main, c’est la catastrophe ! Il y a une vraie angoisse de ne pas terminer au fur et à mesure qu’on s’approche du but. On devient plus sensible aux aléas et les humeurs, positives et négatives, s’amplifient.

AmedeoSi le monde n’est pas encore à lui, le tour du globe est bouclé ! Fabrice Amedeo revient plus fort et plus expérimenté de ces 25 000 milles sur les trois océans.Photo @ DPPI/Vendée Globe

Voilesetvoiliers.com : Tu as eu l’occasion d’échanger beaucoup avec d’autres solitaires : c’est aussi une richesse, ces liens qui se sont créés ?
F. A.
: J’ai beaucoup échangé de mails au début avec Éric (Bellion) et Rich (Wilson) que j’aurai beaucoup de plaisir à revoir à terre, tout comme avec Seb (Josse) avant qu’il abandonne. Mais c’est avec Arnaud Boissières que j’ai eu le plus de liaison parce que nous avons quasiment fait le tour du monde ensemble ! On parlait évidemment de ce qu’il se passait sur l’eau, mais aussi de nos projets, de notre vie de famille : on se connaissait peu avant le départ et aujourd’hui, c’est un lien fort.

Voilesetvoiliers.com : Il faut passer cent jours en mer pour trouver un ami à l’époque de Facebook !
F. A.
: Il faut croire… À défaut d’avoir rencontré la femme de ma vie (ce qui est déjà le cas), il faut peut-être faire le tour du monde pour trouver un copain (rires) !

Classement samedi 18 février à 12 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), arrivé le 19 janvier à  16 h 37'46''.
Temps de course : 74 j 03 h 35'46''. Moy. : 13,77 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 455,6 milles parcourus).
2.       Alex Thomson (GBR, Hugo Boss), arrivé le 20 janvier à 8 h 37'15''. Temps de course : 74 j 19 h 35'15''. 
Retard sur le premier : 15 h 59'29''. Moy. : 13,64 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 636,1 milles parcourus).
3.      Jérémie Beyou (Maître CoQ) arrivé le 23 janvier à 19 h 40'40''. Temps de course : 78 j 06 h 38'40''.
Retard sur le premier : 4 j 03 h 02'54''. Moy. : 13,04 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,4 nœuds sur le fond (27 101,8 milles parcourus).
4.     Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), arrivé le 25 janvier à 14 h 47'45''. Temps de course : 80 j 01 h 45'45''. 
Retard sur le premier : 5 j 22 h 09'59''. Moy. : 12,75 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,5 nœuds sur le fond (27 857,1 milles parcourus).
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), arrivé le 25 janvier à 16 h 13'09''. Temps de course : 80 j 03 h 11'09''. 
Retard sur le premier : 5 j 23 h 35'23''. Moy. : 12,74 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 138,6 milles parcourus).
6.       Jean Le Cam (Finistère-Mer Vent), arrivé le 25 janvier à 17 h 43'54''. Temps de course : 80 j 06 h 41'54''. 
Retard sur le premier : 6 j 03 h 06'08''. Moy. : 12,73 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 115,7 milles parcourus).
7.       Louis Burton (Bureau Vallée), arrivé le 2 février à 8 h 47'49''. Temps de course : 87 j 21 h 45'49''. 
Retard sur le premier : 13 j 18 h 10'03''. Moy. : 11,60 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 13 nœuds sur le fond (27 477,3 milles parcourus).
8.       Nándor Fa (HON, Spirit of Hungary),  arrivé le 8 février à 11 h 54'09''. Temps de course : 93 j 22 h 52'09''.
Retard sur le premier : 19 j 19 h 16'23''. Moy. : 10,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 12,4 nœuds sur le fond (27 851 milles parcourus).
9.       Eric Bellion (CommeUnSeulHomme), arrivé le 13 février à 17h 58'20''. Temps de course : 99 j 04 h 56'20''.
Retard sur le premier : 25 j 01 h 20'34''. Moy. : 10,3 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,8 nœuds sur le fond (28 048 milles parcourus).
10.    Arnaud Boissières (La Mie Câline), arrivé le 17 février à 09h 26'09''. Temps de course : 102 j 20 h 24'09''.
Retard sur le premier : 28 j 16 h 48'23''. Moy. : 9,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,4 nœuds sur le fond (28 156 milles parcourus).
11.       Fabrice Amedeo (Newrest - Matmut), arrivé 18 février à 10h 03'00''. Temps de course : 103 j 21 h 01'00''.
Retard sur le premier : 29 j 17 h 25'14''. Moy. : 9,8 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,1 nœuds sur le fond (27 712 milles parcourus).