Actualité à la Hune

Louis Vuitton America's Cup World Series 2015

La Cup est - enfin ! - repartie

Ils sont six - cinq challengers et un defender - en ordre de marche et à la conquête de la Coupe de l’America. D’ici la 35e édition, disputée à l’été 2017, dans l’archipel des Bermudes, six épreuves courues sur AC 45 sont prévues, la première ayant lieu à Portsmouth dans le Nord-Est du Solent du 23 au 28 juillet. État des lieux à la veille de cette première confrontation tant attendue.
  • Publié le : 22/07/2015 - 00:01


Louis Vuitton America"s Cup World Series 2015Les équipes américaines, anglaises et japonaises liment déjà les eaux du Solent avant les premières régates prévues vendredi.Photo @ Ian RomanQuintuple vainqueur de la Coupe de l’America - dont trois fois de suite entre 1995 à 2003 ! - Russel Coutts, aujourd’hui directeur général d’Oracle Team USA et donc patron de l’épreuve, s’est fait des cheveux blancs ces derniers temps ! Et ça se voit. Il a eu beau changer et assouplir le règlement, abaisser la taille des catamarans de 62 à 48 pieds, repousser les échéances de versements des droits d’inscription… le Néo-Zélandais a été houspillé çà et là, à commencer par ses anciens compatriotes. Accusé de brader le plus vieux trophée sportif du monde, il a dû faire face à une rafale de critiques, nombre d’acteurs influents de la Coupe - qui eux évidemment savent toujours tout sur tout ! - ne l’ayant pas ménagé. Seuls son employeur Oracle et Artemis Racing, sont montés au créneau pour le défendre, bientôt rejoints par Ben Ainslie et Franck Cammas, bien trop contents de ce revirement leur permettant d’en être ! Et en bon Samaritain, Russel a proposé l’aide logistique et technologique des Américains, un package architectural… Mais qu’on ne se leurre pas, Oracle développe son futur bateau, sachant parfaitement que ses adversaires - notamment les Anglais, Français et Japonais – rattraperont difficilement leur retard… même sur des multicoques quasiment monotypes !

Six concurrents seulement

Louis Vuitton America"s Cup World Series 2015Alors que les premiers équipages engagés dans les AC World Series s'entraînent, ils croisent, dans la magie du Solent, les vénérables voiliers engagés dans les régates classiques de Cowes qui se déroulent juqu'au 24 juillet.Photo @ ACEA / Gilles Martin-RagetN’empêche, l’ancien champion olympique en Finn à Los Angeles rêvait de réunir une dizaine de syndicats pour la 35e édition, et a tout tenté pour y parvenir. Il devra se contenter de six… c'est déjà deux de plus qu’en 2013, mais loin des ambitions affichées. Suite à l’abandon des épreuves initialement prévues à Auckland, Team New Zealand a d’abord grogné, menaçant de tout arrêter, avant de virer l’emblématique Dean Barker à qui Coutts avait symboliquement laissé la barre en 2000 lors de la dernière régate à Auckland, et ce, afin de parachever la raclée par 5 à 0, infligée par Black Magic aux Italiens de Luna Rossa. Justement, ces derniers, fous furieux de ce revirement et de cette modification drastique des règles, ont tout simplement choisi de se retirer sans préavis… Les Kiwis ont bien failli les imiter, avant de se rétracter pour continuer contre vents et marées. Controversé au sein de son pays, le boss Grant Dalton a vacillé mais tenu, lâchant du lest, donnant les pleins pouvoirs sportifs à Glenn Ashby, le « Dieu » du Class A… et l’homme qui avait évité aux Kiwis de chavirer à San Francisco lors de la finale, en choquant l’aile dont il était le régleur ! Mais la notoriété et le potentiel des Kiwis n’étant plus à démontrer, Toyota, partenaire historique il y a 25 ans, a décidé de revenir soutenir le syndicat. Enfin, on ne sait pas si le retrait de Prada, sponsor des Italiens, a permis le retour de Louis Vuitton dans la partie, donnant son nom aux AC World Series, mais qu’importe ! Le retour du géant français du luxe, qui a donné son nom aux éliminatoires des Challengers durant plus de trente ans, est une bonne nouvelle, garantissant un savoir-faire et une certaine idée de la culture de la conquête au pichet d’argent. Quant aux champagnes Moët et Chandon (du même groupe LVMH), ils viennent aussi d’annoncer leur présence comme partenaire.

Des stars de la voile olympique à tous les étages !

Venons-en à la course ! De tous temps, les médaillés olympiques sont venus goûter à la Coupe de l’America, à commencer par l’Américain Dennis Conner – neuf participations et quatre victoires, à Jochen Schumann - trois titres olympiques - ou encore Lowell North, John Kostecki, Thierry Péponnet, Luc Pillot et tellement d’autres ! À Portsmouth, cette année, la voile olympique brille plus que jamais de tous ses feux. L’avènement des voiliers à foils est clairement une aubaine pour les funambules spécialistes du catamaran, du 49er comme du Moth… mais les grands du Laser ou du Finn ont aussi été charmés, sans doute trop heureux de voler après tant d’années à se traîner tout en souffrant au rappel. Jugez plutôt.

Louis Vuitton America"s Cup World Series 2015Oracle Team USA débute à Portsmouth la longue route qui le mènera à défendre la Coupe aux Bermudes e 2017Photo @ ACEA / Gllles Martin-RagetChez Oracle Team USA, grandissime favori de ce premier acte des Louis Vuitton America’s Cup World Series, officie Tom Slingby, champion olympique en titre sur Laser. L’Australien est à la fois tacticien, coach et second barreur… quand James Spithill n’est pas là ! Chez Artemis Racing (où sont notamment présents les Français Loïck Peyron, Julien Cressant ou Mick Kermarec), on retrouve Nathan Outerridge. Également Australien, le phénomène a décroché l’or olympique à Londres en 49er, et est à la barre du catamaran suédois, dirigé par un certain Ian Percy, médaillé d’argent en Star le même été, et qui doit encore avoir du mal à digérer de n’avoir pas marqué son adversaire suédois lors de l’ultime manche alors qu’il avait l’or autour du cou !

Chez Land Rover BAR, le skipper se nomme Ben Ainslie. C’est simple, le Britannique cumule cinq médailles consécutives aux Jeux (Laser et Finn), dont quatre en or ! Mieux encore que le légendaire Danois Paul Elvström. Quant aux Kiwis, ils ont recruté comme barreur le jeune prodige Peter Burling (24 ans) champion du monde en titre de 49er et de Moth à foils, vice-champion olympique à Londres… et invaincu depuis deux ans sur tous les grands championnats. Et ce n’est pas notre Franck Cammas national, également engagé dans une préparation olympique en Nacra 17, qui nous contredira… même si, pour aller à Rio, il lui faudra d’abord battre Billy Besson et Marie Riou, triples champions du monde, et qui eux aussi naviguent sur une autre planète. Reste l’équipage japonais désormais mené par Barker qu’on ne présente plus. Le grand Dean n’est pas venu les mains vides. Il a emmené avec lui l’Anglais Chris Draper, médaillé de bronze aux JO en 49er… plus quelques mercenaires kiwis qui ont choisi de déserter le pays, autant attirés par les yens que par ce défi ambitieux.

Trois favoris, trois outsiders

Si l’on veut être pragmatique, on ne voit franchement pas qui pourrait empêcher les Américains d’Oracle Team USA de l’emporter dans les eaux du Solent !

Louis Vuitton America"s Cup World Series 2015Artemis Racing fait clairement partie des favoris désormais.Photo @ ACEA / Gilles Martin-RagetOn exagère un peu, car en fait Artemis Racing, et dans une moindre mesure Team New Zealand, possèdent les atouts et l’expérience pour faire de même… Les trois syndicats sont en avance. Ils ont fait leur marché chez ce qui se fait de mieux à tous les postes, et ont plus navigué que les autres sur les nouveaux AC45 munis de foils. Thierry Fouchier, seul Français de l’histoire à avoir remporté la Coupe (en 2010 sur Oracle BMW), attaque sa sixième campagne, cette fois avec Team France Groupama. Le régleur de l’aile du cata vert et orange ne dit pas autre chose : « On va vite le savoir et ce, à mon avis, dès la grosse semaine d’entraînement sur place ! Logiquement, les Américains, les Suédois et les Néo-Zeds sont un petit cran au-dessus. Nous, par rapport à eux, on n’a que très peu utilisé la machine. Je pense que nous serons sensiblement au même niveau que les Anglais et les Japonais. Je suis confiant vu notre équipage. »
Rien qu’au sein du Groupama Team France, aux côtés de Franck Cammas et Thierry Fouchier, on trouve Arnaud Psarofaguis (tactique), Devan Le Bihan (numéro un) et Arnaud Jarlegan (régleur de voiles d’avant), tous des redoutables spécialistes ! Début des hostilités vendredi 24 juillet avec les manches d’entraînement. Et comme la météo annonce des vents d’Ouest entre 18 et 20 nœuds, ça va dépoter !

Louis Vuitton America"s Cup World Series 2015Depuis lundi, l"équipe Groupama Team France vole elle aussi à l"entraînement dans le Solent.Photo @ DR

Un AC 45 comment ça marche ?

L’équipage est le plus souvent composé de cinq gaillards obligatoirement casqués et équipés de protection : barreur, régleur de l’aile, tacticien-stratège, régleur de voiles d’avant et numéro un. Le régleur de l’aile joue sur trois paramètres : camber (cambrure),  twist (vrillage) et traveller (chariot d’écoute) pour gérer la portance et la puissance de l’aile. C’est au près, l’AC45 assez lourd ne volant pas, que barreur et régleur échangent systématiquement. Le tacticien place l’AC45, et est le seul à pouvoir se « sortir les yeux » du bateau pour observer le plan d’eau. Au portant, tout va si vite, que le barreur se concentre exclusivement sur le pilotage du bolide ! Reste le régleur des voiles d’avant - le foc au près et le gennaker au portant - aidé par le numéro un au winch. Et Dieu sait si l’AC45 est un engin dynamique !

Programme

Le programme des Louis Vuitton America’s Cup World Series de Portsmouth se décompose ainsi :

-    Jeudi 23 juillet : ouverture du village de la compétition au public, parade nautique, démonstration des équipes engagées et conférence de presse.
-       Vendredi 24 juillet : deux manches d’entraînements en flotte de 13 h 30 à 15 heures.
-       Samedi 25 juillet : deux régates officielles en flotte de 13 h 30 à 15 heures.
-       Dimanche 26 juillet : deux régates officielles en flotte de 13 h 30 à 15 heures.