Actualité à la Hune

L'analyse de Dominic Vittet

Le Cléac'h vs Thomson : leurs atouts !

Encore une fois, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) a laissé quelques plumes dans cette laborieuse traversée du pot au noir et ne peut compter sur une petite centaine de milles d’avance (91 ce mardi matin) pour assurer la victoire contre Alex Thomson (Hugo Boss). Désormais, les conditions sont réunies pour un sprint final hallucinant, chacun des deux hommes disposant d’atouts majeurs pour croire en leur chance.
  • Publié le : 10/01/2017 - 07:12

Hugo BossHugo Boss, à l’aise dans le petit temps, est revenu sur Banque Populaire dans la traversée du pot au noir. Mais Armel Le Cléac'h est reparti la nuit dernière.Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI/Vendée Globe

La météo jusqu’à l’arrivée

D’abord, les deux leaders vont affronter l’alizé de Nord-Est jusqu’à vendredi. Contre le vent, les machines et les hommes vont souffrir. Ca va cogner, gîter, secouer.
Leur calvaire sera écourté samedi 14 janvier si un anticyclone confirme son extension au large de l’Espagne, poussant vers l’Ouest la dépression qui était annoncée sur leur route et orientant progressivement le flux de Nord-Est au Sud-Est.
Une bonne nouvelle pour les deux prototypes qui, vent de travers, vont sérieusement accélérer la cadence en passant les Açores.
Enfin, pour le dessert de cet incroyable périple, les deux marins devront enrouler une zone de calmes pour rallier l’arrivée…

Les atouts d'Alex Thomson

Mardi 10 janvierRond rouge : la position des 2 leaders ce matin à 6 heures. C’est désormais une course de vitesse, tribord amures jusqu’à l’arrivée ! Photo @ Dominic VittetCirconstance météo invraisemblable, l’ensemble de la remontée d’ici l’arrivée devrait s’effectuer tribord amures !
Une aubaine pour le bateau noir qui pourrait naviguer non-stop sur son foil valide. Non seulement il ne devrait souffrir d’aucun handicap, mais pourrait même afficher une légère supériorité dès que le vent s’affermit et qu’il faut choquer les écoutes.
Pour preuve, la descente de l’Atlantique vers le cap de Bonne-Espérance, où, dans les conditions optimum, le Gallois avait impressionné par sa vitesse en gagnant sur ses adversaires les plus coriaces jusqu’à vingt milles par jour. Est-ce dû au dessin de son foil ou à sa carène plus étroite ? Toujours est-il qu’Hugo Boss semble raffoler des allures débridées, exactement celles que vont rencontrer les deux bateaux à partir de samedi après-midi.

Autre atout majeur du monocoque britannique : la navigation dans le petit temps. En observant de près cette épuisante traversée du pot au noir par les deux leaders, et même si les conditions rencontrées ont été aléatoires, la coque noire et étroite confirme son aisance dans les petits airs. Il n’a cessé de reprendre des milles au Finistérien. Il serait étonnant que le hasard des grains et des risées soit le seul responsable de l’hémorragie subie par Banque Populaire
Ce point fort pourrait lui être à nouveau extrêmement utile entre vendredi soir et samedi midi, dans la rotation très molle du vent qui tournera du Nord-Est au Sud-Est.

Banque Populaire VIIIArmel Le Cléac’h est devant Alex Thomson depuis l'entrée dans l'océan Indien. Va-t-il réussir à contrôler jusqu’au bout le fougueux gallois ?Photo @ Yvan Zedda/Banque Populaire/Vendée Globe

Les atouts d'Armel Le Cléac'h

Certes, en passant le Horn avec 760 milles d’avance, l’idée de finir ce tour du monde de façon moins stressante a pu caresser l’esprit du Breton. Les isobares de l’Atlantique en ont décidé autrement.
Pour cette fin de parcours, le scénario présente, pour la première fois depuis sa traversée insolente du Pacifique, quelques avantages.
En s’éloignant du pot au noir, il devrait attraper des vents plus forts et reprendre quelques milles à Hugo Boss.
Puis, passé la latitude des Canaries, il pourra choquer les écoutes quelques heures avant son adversaire et attraper le vent fort de Sud-Sud-Est qui souffle sur la partie orientale des Açores. L’occasion de donner un coup de fouet à son Banque Populaire VIII qu’il maîtrise si bien dans la brise.
En restant devant, il contrôlera le Gallois et l’obligera à prendre des risques. On ne croque pas un Armel Le Cléac’h en deux coups de cuillère à pot. Même sous la pression, il ne lâchera jamais rien et Alex Thomson ne devra pas compter sur ses erreurs pour renverser la situation.

Espérons qu’aucun incident mécanique ne gâche ce magnifique combat et les 2 600 milles qu’il reste à parcourir.
Dans une projection mathématique, et à vitesse égale, Armel franchirait l’arrivée le mercredi 18 janvier au soir avec 4 ou 5 heures d’avance sur Alex.
Mais si Hugo Boss confirme sa vélocité tribord amure, il coifferait Banque Populaire au poteau…
Les écarts sont si faibles que tout reste possible y compris un mano à mano dans le pertuis vendéen !


(Cette nouvelle analyse matinale est signée Dominic Vittet. Durant tout le Vendée Globe, l’ancien vainqueur de la Solitaire du Figaro, champion de France solitaire ou champion du monde Class40 – entre autres – devenu analyste météo et routeur, nous livre son analyse de l’évolution de la course.)

Classement mardi 10 janvier à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 2 662 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 91 milles du premier
3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 578 milles       
4.       Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), à 1 292 milles
5.       Jean Le Cam (Finistère Mer Vent), à 1 464 milles
 

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.