Actualité à la Hune

L'analyse de Dominic Vittet

Thomson peut-il encore mettre le feu ?

La passe d’armes au large de Rio se termine. Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) a repris magnifiquement le contrôle des opérations mais aura quand même laissé près de 700 milles dans sa remontée au large des côtes sud-américaines. L’écart entre les deux hommes, stabilisé autour de 140 milles ce mardi matin, peut laisser entrevoir d’autres confrontations. Surtout à l’approche du pot au noir… Il reste quelques possibilités à Thomson pour redevenir menaçant ; le Gallois qui ne doit pas non plus oublier la menace de Jérémie Beyou, 3e à moins de 600 milles d’Hugo Boss.
  • Publié le : 03/01/2017 - 07:08

Banque Populaire VIIILa tête dans sa bulle, Armel Le Cléac'h continue de maîtriser stratégiquement et tactiquement son rival. Encore quelques chausse-trappes à éviter…Photo @ Olivier Bourbon/Banque Populaire

Comme on pouvait le supposer le week-end dernier, Armel Le Cléac'h, en stratège aguerri, a favorisé des longs bords vers l’Est jusqu’à obtenir un angle d’attaque suffisant pour laisser sur sa gauche la côte brésilienne. Parallèlement à cet investissement obligatoire, il s’est replacé devant l’étrave d’Alex Thomson (Hugo Boss) et a fait d’une pierre deux coups : il garde le parfait contrôle de la course et oblige le gallois à naviguer dans sa roue. Face à cette tactique irréprochable, reste-t-il un trou de souris pour Alex Thomson ?

mardi 3 janvierSituation générale le mardi 3 janvier 2017 à 6 heures. Photo @ Dominic Vittet

En se rétractant, le cœur de l’anticyclone de Sainte-Hélène (les pointillés en orange indiquent sa position dimanche) a laissé place à l’alizé sur toute la zone, de Rio jusqu’au Nord de Recife.
En tournant autour du centre de la haute pression, le vent souffle du Nord-Est au large de Copacabana, alors qu’il s’oriente au Sud-Est sur les plages de l’état du Pernambouc.
Cette diffusion du vent en éventail, effet de site bien connu des marins, va permettre aux deux skippers de passer la pointe Est du continent américain sur un seul bord (voir le tracé des routages sur le dessin ci-joint ; bleu pour Banque Populaire, noir pour Hugo Boss). La situation sera même un peu plus confortable pour le bateau noir qui, en passant dans cette zone quelques heures plus tard, bénéficiera d’un angle encore plus favorable jusqu’à l’équateur, donc un peu plus rapide.
Bon an, mal an, l’écart des deux bolides à l’approche du pot au noir devrait rester assez proche de celui d’aujourd’hui et nous offrir encore un peu de suspens. Pourquoi pas jusqu’aux Sables-d’Olonne ?

Quels atouts restent-ils à Alex Thomson ?

D’abord, toute la traversée des alizés jusqu’à l’équateur, puis au-delà dans l’hémisphère Nord va se faire en tribord amures, donc sur le bon foil pour le Gallois. Ces conditions de navigation vont perdurer au moins jusqu’au 10 janvier, le temps pour les prototypes d’attraper une dépression qui circule dans l’Atlantique Nord ou de commencer à faire le tour de l’anticyclone des Açores.
En une semaine, Hugo Boss serait capable de reprendre quelques dizaines de milles en vitesse pure au Finistérien.
Ensuite, il ne faut pas oublier la traversée du pot au noir qui s’annonce. Lors du match aller, il y a presque deux mois, les conditions nous ont prouvé combien elles pouvaient être aléatoires et donner quelques sueurs froides aux protagonistes.

La progression aux alentours du 30e Ouest (à l’extrémité Ouest de la zone grisée) garantit aux skippers un passage mieux venté vers le Nord. Mais ils entrent dans l’hémisphère Nord face au vent, en luttant contre les alizés du Nord-Est, dans des allures inconfortables et lentes.
Alex Thomson, n’ayant plus grand-chose à perdre, pourrait tenter quelque chose : profiter des vents de Sud-Est au large du Brésil pour se décaler petit à petit vers l’Est (trait rose) et couper le pot au noir dans une partie plus risquée. Si l’opération réussit, il bénéficierait d’un meilleur angle de sortie dans les alizés de l’hémisphère Nord, ce qui le rendrait plus rapide que Banque Populaire et lui offrirait peut être une opportunité d’attaque…

Hugo BossHugo Boss et son skipper vont-ils pouvoir forcer un destin qui semble écrit d’avance ?Photo @ Mark Lloyd/Hugo Boss

Beaucoup de conditionnel dans tout cela, mais pourquoi pas ? Dans cette quête du Graal, pas de quartier et chacun son rôle.
Le leader doit exercer un marquage à la culotte en regardant dans son rétroviseur et en cherchant à se placer en permanence entre son dauphin et la ligne d’arrivée, sans omettre de choisir la meilleure route.
L’outsider va - ou doit - tout tenter pour faire basculer le destin. Il doit chercher les failles, profiter de chaque opportunité et prendre des risques. Après tout, l’écart avec Jérémie Beyou (moins de 600 milles ce matin) est suffisant pour qu’il s’autorise quelques balles en dehors du terrain. Mais pas trop.
Les deux philosophies sont très différentes mais vont demander aux hommes et au matériel de donner le meilleur d’eux-mêmes après plus de 57 jours de course.
Alex Thomson va-t-il mettre le feu et faire trembler le granit finistérien ? Allez Armel et Alex, faites nous rêver !

(Cette nouvelle analyse matinale est signée Dominic Vittet. Durant tout le Vendée Globe, l’ancien vainqueur de la Solitaire du Figaro, champion de France solitaire ou champion du monde Class40 – entre autres – devenu analyste météo et routeur, nous livre son analyse de l’évolution de la course.)

Classement mardi 3 janvier à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 4 447 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 136,3 milles du premier

3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 714,6 milles       
4.       Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), à 1 438,4 milles
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), à 1 482,4 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.