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Atlantique Nord sur un cata de 20 pieds non habitable
Moreau et Lequin : un certain goût de l’inutile ?
- Par Manon Borsi
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- Publié le : 24/09/2009 08:01
C'est beau comme une carte postale et ça sent l'aventure folle. C'est le cas : Benoît Lequin et Pierre-Yves Moreau ont traversé le Nord de l'Atlantique Nord sur un catamaran de 20 pieds non habitable. L'enfer !Photo © Laurent Apollon (Octo Finances)
Benoît Lequin (à gauche) et Pierre-Yves Moreau (à droite) partagent les mêmes envies et le même goût du défi. Ils se connaissent depuis l’âge de 17 ans, lorsqu’ils naviguaient ensemble au Centre Nautique des Glénans.Photo © Martin Coudriet
Juste la peau tannée des mecs qui passent leur vie en mer, les lèvres gercées par le large et les mains trop sèches qui les démangent encore une semaine après, comme si elles transpiraient tout le sel qu’elles ont absorbé.
Parce que ça n’avait jamais été fait et que c’est justement ce temps de référence qu’ils voulaient établir… A croire que ces deux-là travaillent à réhabiliter l’inutile, dans sa dimension noble, comme quand il faisait l’étoffe des aventuriers.
Ils l'ont fait ! Après quatre ans de préparation, Benoît Lequin et Pierre-Yves Moreau ont traversé le Nord de l'Atlantique Nord sur un cata de 20 pieds non habitable ! Ils auront parcouru les 3 628 milles séparant New-York de Lorient en un peu plus de 18 jours, à 8,7 nœuds de moyenne.Photo © Nicolas Rouget (Octo Finances)
Pierre-Yves Moreau : Pour nous, ce n’est pas tant la traversée en elle-même que l’ensemble du projet qui nous tenait à cœur et dans lequel nous nous nous sommes épanouis. La conception et la construction du bateau, puis la navigation, tout ça tenant dans un petit budget. Beaucoup de séries s’essoufflent parce que les budgets sortent très élevés à mesure que les bateaux deviennent hyper techniques, hyper spécialisés… On le voit bien sur la Mini : il y a quelques années, des constructeurs amateurs arrivaient encore à se placer parce que les compétences techniques n’étaient pas si élevées, mais aujourd’hui, cela devient de plus en plus pointu. Tout est tellement professionnalisé ! On espère que notre initiative ouvre une nouvelle voie pour des skippers qui rêvent encore de construire leurs propres bateaux pour faire du raid ou du parcours hauturier. Parce qu’on a prouvé que c’était encore possible. (Avec "seulement" 90 000 euros financés par leur sponsor, sans compter les heures pour la construction du 20 pieds "sacrifiées" par les équipiers eux-mêmes, ndr.)
Benoît Lequin : On a eu beaucoup de coureurs comme Thomas Coville, Steve Ravussin ou Marc Guillemot qui nous ont encouragés, dit que nous avions accompli un truc génial ; peut-être qu’un jour, des coureurs comme eux s’intéresseront à ce genre de projet et s’y mettront. C’est vrai que le bateau est petit, mais le projet en lui-même est vachement important, parce que traverser l’Atlantique sur un aussi petit voilier, c’est aussi dur, voire plus dur que sur un gros.
P-Y.M. : Ce qui est passionnant, c’est que l’on se pose une multitude de questions : comment l’on va s’alimenter, comment va-t-on avoir de l’eau à bord – parce qu’il y a des problèmes de poids à bord –, est-ce que l’on va pouvoir porter une combinaison pendant toute la durée de la traversée ?
Déjà auteurs du record du Sud de l'Atlantique Nord en 2007, Lequin et Moreau ont apporté quelques modifications à leur cata pour attaquer le Nord : structure renforcée, siège de barre, tente isotherme...Photo © D.R. (Octo Finances)
B.L. : Ben, on aime bien être au large, déjà ! Tous les deux avons déjà fait des transats…
P-Y.M. : Le goût de la difficulté.
B.L. : Oui. La difficulté, qu’est-ce que c’est ? Se retrouver face à soi-même. Se débrouiller tout seul, c’est un truc super !
P-Y.M. : S’il n’y avait que des moments où le bateau glisse avec 10 nœuds de vent, cela nous lasserait. Mais il y a des situations qui deviennent plus compliquées, où le vent forcit, où c’est plus dur, desquelles on tire une grande satisfaction. Et puis, il y a ce côté «aventure» : même si on essaie de répondre avant le départ à toutes les questions qu’on s’est posé, sur l’eau arrivent des choses imprévues. L’avarie survenue au début de notre parcours, quand notre flotteur arrière tribord s’est désolidarisé du bateau, peut sembler une situation irrémédiable…
B.L. : Mais pour nous, trouver une solution à un problème, c’est passionnant.
P-Y.M. : A accomplir une traversée pareille, on se sent vivre.
v&v.com : Pierre-Yves, vous qui étiez du record de Banque Populaire V, comment comparez-vous ces deux traversées, justement ?P-Y.M. : Banque Pop’, c’est un projet formidable. Techniquement, c’est vraiment la voile du futur : sur ce multi, on navigue toujours au-dessus de 40 nœuds. C’est intéressant aussi parce qu’il y a énormément de problèmes techniques et mécaniques qui sont liés à la taille du bateau et aux efforts qu’il encaisse. C’est une navigation d’équipage qui se passe super bien, parce qu’elle est super organisée – ce qui est obligatoire pour faire tourner 14 personnes… Mais dans mon cœur, ça n’a rien à voir avec une traversée sur Octo Finances. Sur Banque Pop’, c’est aussi plus facile parce qu’il y a un moment où l’on va s’autoriser la relâche, ne serait-ce que parce que l’on sait que le quart de sommeil est organisé. Tandis que sur notre 20 pieds, c’est toujours un peu limite.
B.L. : Quand on entre dans une situation météo chaude, il y a un peu d’improvisation. Comme pour notre arrivée dans le Golfe de Gascogne, on se demande comment on va se débrouiller sur les quatre prochains jours. Même en allant se coucher pendant une heure, on est dans une vigilance permanente.
P-Y.M. : C’est un travail de tous les instants et c’est cela qui est usant. Si l’on ne barre pas bien, c’est la catastrophe : le bateau se couche, dessale et ne se redresse pas tout seul comme un quillard.
Toujours la même histoire : Moreau et Lequin ont longtemps attendu la meilleure fenêtre météo pour partir de New-York, en suivant les conseils de leur routeur Christian Dumard. Avant de partir, ils louperont la première (PYM l'a prise avec Banque Pop 5), puis laisseront passer l'ouragan Bill.Photo © Laurent Apollon (Octo Finances)
P-Y.M. : Quand tout se passe bien, on dort cinq heures par jour. Mais sur les quatre derniers, on n’a pas fermé l’œil. On a eu énormément de vent avec de très grosses vagues dues au fetch et on a dû être hyper vigilants… A chaque manœuvre, on devait faire hyper gaffe. Sur la ligne d’arrivée, c’est très symptomatique que l’on dessale. Cela a été la seule fois de la traversée, parce que l’on était hyper fatigués et déjà euphoriques. D’ailleurs, on a tout perdu parce que l’on a vraiment manœuvré en vrac et que rien n’était plus attaché !
v&v.com : D’autres équipages vont-ils pouvoir s’attaquer à votre record ?
B.L.: Ce qui est certain, c’est que l’on signe une première : la traversée du Nord de l’Atlantique Nord ne s’est jamais faite sur un catamaran de 20 pieds non habitable. Maintenant, on serait super fiers que du monde s’aligne sur nous et surtout s’intéresse à ce genre de projet.
P-Y.M. : Par contre, à ceux qui se présenteront, on leur dira de d’abord faire leurs écoles.
v&v.com : Et un autre record, comme celui de la traversée du Pacifique ?
P-Y.M. : Honnêtement, on n’a pas très envie de traverser le Pacifique à 2,5 nœuds de moyenne…
B.L. : Non, aujourd’hui, nous mettons notre 20 pieds en vente, pour que d’autres puissent s’y essayer si ça leur dit. De notre côté, on rêve maintenant de tour du monde, en solitaire ou en équipage, pour ça on n’est pas encore fixés… Enfin, aujourd’hui on nous voit un peu comme des aventuriers un peu barrés, mais c’est aussi comme cela que l’on voyait les pionniers de la Mini… Alors pourquoi pas inventer le même genre de course calquée sur notre traversée sur un 20 pieds non habitable ? Des Italiens nous ont déjà contactés à ce propos…
Retrouvez plus de détails sur le projet de Pierre-Yves Moreau et Benoît Lequin en lisant ici, "New-York-Lorient en catamaran de sport : La folie des grandeurs !".
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