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Volvo Ocean Race 2011-12
Fric, com’, marketing et… sport
Bah, il faut s’y faire ! Dès que les rumeurs de candidatures françaises se seront confirmées, la Volvo Ocean Race va directement nous concerner. Plus le choix. Pour la prochaine édition 2011-12, on sera dans le bain. Alors, comme vendredi 9 octobre ont été publiées nouvelle jauge et instructions de course, autant potasser tout de suite. Hervé Le Quilliec, "shore manager" de l’équipe d’Ericsson victorieuse sur la dernière édition, débroussaille pour nous le terrain d'une course résolument... spéciale.
- Par Manon Borsi
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- Publié le : 26/10/2009 07:57
Publiée dans un document plutôt béton, nécessairement, la nouvelle jauge des VO 70 est ici reprise de manière synthétique. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir.)Photo © D.R. (Volvo Ocean Race)
Hervé Le Quilliec a suivi plusieurs Volvo Ocean Race : en 2008-09, il était le "shore manager" de l'équipe Ericsson.Photo © D.R.
v&v.com : Quels sont les principaux changements apportés dans ces publications ?
Hervé Le Quilliec : Cela va déjà conduire à un changement de mentalité ; les prochains projets Volvo Ocean Race ne ressembleront plus, comme dernièrement, à ceux que l’on trouve sur des circuits comme celui de la Coupe de l’America. Si on lit la nouvelle jauge sans être concerné, certains points peuvent sembler de l’ordre du détail. Mais lorsque l’on doit monter un projet, ils s’avèrent primordiaux. Je pense à la limitation du nombre de voiles, du nombre de journées de navigation en 2010 (limitation à 110 jours de navigation en 2010, ndr), à l’interdiction totale de construire deux bateaux neufs pour le boat testing… Ce sont des changements importants.
«Les équipes qui vont partir aujourd’hui sur la Volvo
tourneront sur des budgets de 17 ou 18 millions d’euros.»
H.L.Q. : D’abord, aujourd’hui, il n’y a personne qui s’entraine, aucune équipe n’est constituée ; alors, bien sûr que les marins qui ont déjà fait une VOR auront plus d’expérience. Mais dans tous les sports, c’est la même chose. Un skipper de la Volvo qui voudrait courir le Vendée Globe serait aussi très en retard sur Michel Desjoyeaux.
H.L.Q. : Reprenons l’histoire au début. Dans un premier temps, les changements de règles étaient motivés par une histoire de communication : il était important que le message diffusé par la Volvo corresponde à une volonté de limiter les coûts. S’il n’est pas possible de diminuer les budgets, au moins il s’agit de les plafonner. Donc : plus de grosse équipe qui arrive avec un budget de 35, 40 ou 50 millions d’euros, deux bateaux neufs, 50 personnes embauchées et qui navigue à temps plein un an et demi avant la course… Parce qu’on n’aura plus intérêt à faire ça, ne serait-ce que parce que le nombre de voiles neuves est limité à 15 et qu’elles s’usent… Côté communication, il est aussi important que dans l’imaginaire des gens une équipe ne puisse plus tuer la course, en étouffant la concurrence avant le départ, comme cela été le cas avec Ericsson. Arrivé à ce point-là de la réflexion, la crise économique a éclaté ; cette volonté de diminuer les coûts est alors devenue une obligation, une demande des sponsors. Ceux qui étaient motivés pour rempiler ont demandé à ce que soit respectée une enveloppe de 15 à 20 millions d’euros. A mon avis, les équipes qui vont partir aujourd’hui tourneront sur des budgets de 17 ou 18 millions d’euros. On espère aussi que cette baisse des coûts attire plus d'équipes.
H.L.Q. : Non, c’est plutôt une combinaison de toutes ces limitations, du nombre de coques, de voiles, d’espars, de jours de navigation… Dans l’absolu, l’économie ne se fera pas sur les recherches de design car il y en aura toujours beaucoup, mais au niveau de la production et des coûts de fonctionnement. Pour donner un exemple : lorsque vous naviguez sur deux bateaux, vous faites des comparaisons de performances qui conduisent à des évolutions ; la dernière fois, certaines équipes ont ainsi fait construire dix ou douze safrans. Maintenant, il n’y en aura plus que deux paires autorisées à être construites.
«Ce n’est plus la course autour du monde dans le grand Sud parce qu’aujourd’hui
on dépend à 100 % du sponsoring.»
H.L.Q. : Ça reste à voir… Pour l’heure, c’est une volonté, mais ce n’est pas encore inscrit dans la règle. Mais enlever deux étapes en Europe serait très facile. En 2009, ont été fait un stop en Irlande, deux en Suède et un en Russie… Les étapes suédoises par exemple pourraient sauter.
H.L.Q. : Ils se sont malgré tout rendu compte qu'il y avait eu trop d'étapes en Europe… Quoi qu'il en soit, les choix des villes d’escale dépendent à la fois de la provenance des bateaux – si les Néo-Zeds viennent, ils vont vouloir une étape à Auckland – et des marchés visés. Les sponsors demanderont quoi qu’il arrive une escale en Chine. Peut-être une en Inde – ce que je ne crois plus – et une aux Emirats. On peut difficilement éviter l’Afrique du Sud. S’il y a un sponsor américain, il y aura probablement une escale – et de toute façon, les marchés sont intéressants là-bas… Dans l’absolu, je ne pense pas qu’on puisse vraiment passer de dix étapes à six. Alors les coûts ne seront pas beaucoup diminués sur ce poste… S’ils le sont ! Ce n’est pas vraiment là que l’on économise deux millions d’euros !
«On ne va pas non plus faire Le Cap, Auckland, le Horn pendant 150 ans !»
H.L.Q. : Oui. Le choix des étapes dépend de beaucoup de choses – les gens ne s’en rendent pas compte, mais –, cela dépend de la volonté des sponsors qui vont insister pour certaines, des conditions que vont poser certaines villes, des critères météo combinés au calendrier… L’architecture d’un tour du monde, c’est difficile à dessiner. Il y a des contraintes financières, logistiques… Mais il y a toujours des discussions sur le parcours et puis on revient au bon sens.
H.L.Q. : Non, j’ai peu entendu de coureurs se plaindre. L’étape entre Qingdao et Rio était certes trop longue ; elle aurait dû être coupée, s’arrêter en Nouvelle-Zélande ou en Australie… Oui, si, c’est vrai, il y a une exception : l’étape entre Singapour et Qingdao était une aberration. On était au mauvais endroit, au mauvais moment, mais ça, l’organisation l’a compris. (Un temps.) Bien sûr, il y a des gens pour dire «ce n’est plus la course autour du monde dans le Grand Sud.» Ben oui. Ce n’est plus la course autour du monde dans le grand Sud parce qu’aujourd’hui on dépend à 100 % du sponsoring et les sponsors veulent aller voir leurs marchés. Et c’est la même chose dans tous les sports : en tennis, il y a des tournois à Shanghai, en Formule 1, des épreuves en Chine, aux Emirats Arabes… Le monde a évolué.
H.L.Q. : Oui, c’est vrai que pour la Volvo, il s’agit d’un réel changement de parcours. Mais en 2006 déjà, la discussion était claire : soit on change l’itinéraire de la course, soit il n’y a plus de course. Si on y réfléchit, on le comprend. De toute façon, les VO 70 sont des bateaux tellement difficiles qu’ils procurent des émotions quelle que soit l’allure ou la météo. Dès 25 nœuds de vent et trois mètres de creux, à bord, c’est déjà sport. Il n’y a pas besoin de plus pour être mouillé et souffrir. Le parcours par les Emirats et l’Inde est aussi ardu, mais pour d’autres raisons… Et puis, on ne va pas non plus faire Le Cap, Auckland, le Horn pendant 150 ans !
H.L.Q. : Cela a été pris en compte par les architectes. Il ne s’agit plus seulement de portant dans de la mer. Il y a plus de près, plus de pétole… Il faut des bateaux différents.
H.L.Q. : Oui, relativement. Le changement de quille et de bulbe n’est pas compliqué à faire, ni très coûteux. Mais c’est sûr que des bateaux qui ont été faits pour une jauge n’auront jamais des lignes aussi performantes que les nouveaux, construits selon la nouvelle règle ; mais ils sont modifiables sans problème.
H.L.Q. : L’idée est clairement de revenir sur une course qui se joue au large. Dans la dernière édition, trop d’importance était donnée aux In-port. L’évolution est aujourd’hui radicale : les étapes comptaient coefficient deux contre un pour les In-port, on passe maintenant à un ratio de cinq pour un. Il ne sera d’ailleurs plus possible, comme avant, de changer l’équipage et la configuration du bateau pour les In-port ; cela limitera les coûts d’autant et évitera que l’on se concentre davantage sur ces manches que sur les étapes au large. En somme, les In-port deviennent des exhibitions à ambitions commerciales et médiatiques.
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