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Interview de l’architecte du trimaran BMW-Oracle Racing
Vincent Lauriot-Prévost : «On n’avait pas imaginé notre trimaran avec une aile !»
- Par Hervé Hillard
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- Publié le : 12/11/2009 20:24
Sur une patte sous son aile ! Notez le carénage en toile très visible sur le bras arrière, la disparition de la dérive et du safran de la coque centrale, celle du trampoline. Et l'apparente facilité de cet exercice de haute voltige.Photo © Gilles Martin-Raget (BMW-Oracle Racing)
Ils ont aussi conçu BMW-Oracle Racing, le trimaran géant de Larry Ellison. Le voici maintenant doté d’une immense aile rigide. Qu’en pensent-ils ? Interview à San Diego d’un Vincent Lauriot-Prévost assez impressionné !
Associé à Marc Van Peteghem, et travaillant aujourd’hui à Paris et Vannes avec une équipe d’une dizaine d’architectes navals, Vincent Lauriot-Prévost est l’un des spécialistes incontestés du multicoque… qui gagne !Photo © Gilles Martin-Raget (BMW-Oracle Racing)
Vincent Lauriot-Prévost : Alors, pas du tout ! Avec VP-LP, on était parti comme «chief designers» d’un bateau conçu en deux mois et construit en sept ! Et c’est cette version qui été mise à l’eau à Anacortes. Ensuite, Mike Drummond et l’équipe d’Oracle ont pris en main la phase optimisation et nous avons glissé sur un rôle de conception générale et d’intégration des nouvelles idées dans le projet.
V.L.P. : Oui, elle est beaucoup plus puissante, elle développe plus de portance, moins de traînée. A surface équivalente, le rendement est nettement amélioré ! Par ailleurs, l’aile a une autre vertu très intéressante : elle rend les virements et les empannages d’une fluidité que je ne connaissais pas encore en multi, c’est impressionnant !
V.L.P. : Une aile seule engendre peu d’efforts structurels. Pour un voilier, les efforts sont surtout dépendants de la grand-voile, dont on veut tendre la chute pour lui donner une forme correcte, et des voiles d’avant, dont on veut raidir le guindant, l’un n’allant pas sans l’autre.
Cela dit, pour faire rivaliser en théorie une aile avec une voile classique, il faudrait compenser la perte de surface de l’aile seule par un rendement non atteignable sans faire une aile géante. Reste que les premiers essais ont l’air encourageants sur la performance, mais aussi sur la précision du vrillage qu’on peut donner à l’aile quelle que soit la force du vent – chose impossible sur une grand-voile classique, où sa forme et son creux sont dépendants de la pression, de la tension des lattes, de l’orientation des renforts, un casse-tête !
J’ajoute que la structure de l’aile a été conçue, comme la structure de la plate-forme, par nos fidèles ingénieurs de Brest menés par Hervé Devaux, et ce n’était pas de la tarte de partir dans l’inconnu en si peu de temps sur une pièce aussi grande !
V.L.P. : Non, car ce moment de redressement est fonction du poids et de la largeur du bateau. Si le poids de l’aile est similaire à celui d’un gréement classique avec mât, bôme, étais et garde-robe de voiles d’avant, cela ne change rien. Et les deux gréements sont alors interchangeables. Ce qui semble être le cas…
V.L.P. : Oui, c’est vrai que le bateau en version «aile» est un peu sur le nez, car il doit rester compatible avec la version «classique», que l’on garde en secours. Et cette compatibilité passe par un compromis en terme d’équilibre à la barre ; la position des dérives étant fixe, l’équation équilibre en assiette/équilibre à la barre est un point crucial pour tout multicoque. La compatibilité de deux gréements aussi différents sur la même plate-forme nécessite des adaptations qui seront mises en œuvre dans les semaines qui viennent.
V.L.P. : Il n’y a pas une semaine sans que les éléments évoluent. Et il n’y aura pas de baisse d’intensité jusqu’aux régates.
V.L.P. : Oui, désolé, j’y suis obligé. Ne m’en veux pas. On ne peut pas tout dire. Pas maintenant, en tout cas.
V.L.P. : Tu fais une bonne remarque à propos du sloop ! Quoi qu’il en soit, oui, on peut rajouter les voiles d’avant que l’on veut, la plate-forme est conçue pour ce genre d’efforts. Les essais le diront, les conditions de navigation également.
V.L.P. : Oui, au portant, sans voile d’avant supplémentaire, l’aile pourrait quand même manquer de surface.
Sacrée rencontre… BMW-Oracle Racing – même sous son gréement classique – bord à bord avec la réplique de la célèbrissime goélette America, ça vous donne un joli raccourci de 150 ans d’histoire d’architecture navale et de progrès techniques. Seul point commun : la passion !Photo © Gilles Martin-Raget (BMW-Oracle Racing)
V.L.P. : Sur des voiliers de course au large, on y est pas encore, car se pose bien sûr le problème de la réduction de voilure. Sur un bateau de régate comme BMW-Oracle, la fourchette de vent prévue par la compétition, très étroite, permet de concevoir la surface idéale. Et on peut au besoin diminuer la puissance de la partie haute de l’aile, comme on vrille une voile – mais ça a ses limites !
Lorsqu’on fera des records de l’Atlantique avec des prévisions de vent encore plus fiables que celles déjà montrées par les traversées de Groupama 3 et Banque Populaire V, on pourra concevoir un bateau dédié à une fourchette de vent étroite en force et en direction sur un seul bord – peut-être un prao à aile rigide, pourquoi pas ?
Pour les voiliers de croisière, il y a déjà eu des projets avec une aile rigide. Le problème reste la complexité, la fiabilité, et l’aspect «marin» de ce gréement… Cela posé, BMW-Oracle a récemment navigué avec la réplique de la goélette America. Et je pense qu’il y a 150 ans, personne n’aurait pu prévoir un bateau comme ce trimaran ailé !
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