vendredi 03 septembre 2010

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Record La Mauricienne

Joyon étalonne en 26 jours

26 jours, 4 heures et 13 minutes. En coupant la ligne jeudi soir, à la tombée de la nuit tropicale, Francis Joyon a établi le temps de référence en solitaire du nouveau record de La Mauricienne, entre Port-Louis en Bretagne et Port-Louis à Maurice. 10 304 milles, presque un demi tour du monde, parcouru à 16,40 nœuds de moyenne sur son trimaran Idec… Pas si mal, compte tenu des sales surprises réservées par l’Indien, mais peut mieux faire. Récit sur le vif – et sur place !

  • Par Manon Borsi
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  • Publié le : 14/11/2009 01:34
Joyon est arrivé sur les côtes mauriciennes jeudi après-midi et est monté Nord jusqu'à Port-Louis, longeant des paysages magiques à la tombée du jour. Joyon est arrivé sur les côtes mauriciennes jeudi après-midi et est monté Nord jusqu'à Port-Louis, longeant des paysages magiques à la tombée du jour.
Photo © Franck Faugère (DPPI / IDEC)
En direct de Port Louis, île Maurice.
25 jours. C’était le temps approximatif que Francis Joyon pensait faire sur ce nouveau record entre la France et l’île Maurice, après avoir extrapolé sur les 57 et quelques qu’il avait fait pour son tour du monde en solitaire.
Il en aura mis 26.
26 jours, 4 heures et 13 minutes. Le prix payé à cause d’une remontée de l’océan Indien durant laquelle le skipper du trimaran Idec en a soupé… Lui qui, au départ, se réjouissait parce qu’il ne la connaissait pas, l’aura finalement trouvée garce.
Du temps de la Route des Indes, on disait : «Celui qui a les clés de Maurice, a la route des Indes.» Aujourd'hui, Joyon établit le temps du record à 26 jours, 4 heures et 13 minutes. Du temps de la Route des Indes, on disait : «Celui qui a les clés de Maurice, a la route des Indes.» Aujourd'hui, Joyon établit le temps du record à 26 jours, 4 heures et 13 minutes.
Photo © Franck Faugère (DPPI / IDEC)
Pourtant, jeudi à la nuit tombée, franchissant la ligne d’arrivée mouillée au large des collines émeraude qui dominent Port-Louis, au Nord-Ouest de l’île, Joyon ne boudait pas son plaisir. Les derniers milles, sprintés à plus de 20 nœuds le long de la côte mauricienne, sous une lumière mordorée, l’auront ravi.

«Je me suis aperçu que les fichiers météo sont d’une fiabilité totalement douteuse dans cette partie de l’océan !»

Sous le feu des projecteurs, entouré de journalistes et acclamé, le regard perdu dans les étoiles de l’hémisphère Sud, Joyon confie quelques minutes plus tard : «Sur mon record du tour du monde, j’ai mené mon bateau à 90 % de son potentiel. Là, j’étais à 100 % tout le temps, parce que, quand on en est à établir un temps de référence et qu’on voit que la météo n’est pas très favorable, il faut se donner encore plus, dans l’idée où celui qui suivrait aurait une météo beaucoup plus favorable.»
Routé par Jean-Yves Bernot, Joyon était parti de Port-Louis en Bretagne le samedi 17 octobre, dans un flux de Nord-Nord-Est pas des plus simples… Mais le skipper breton a cette réputation d’être parfois si impatient de décoller ! Son météorologue corrige : «Il est parfois plus intéressant de partir dans des conditions correctes plutôt que d’attendre d’hypothétiques conditions meilleures. Surtout qu’il n’est guère possible de reculer trop loin en novembre, pour ce parcours.»
De fait, Idec a avalé le golfe de Gascogne en une journée, doublé Madère et les Canaries le 20 octobre, les îles du Cap Vert le 21 et touché l’alizé. Est descendu en escalier pour passer sous l’anticyclone, a franchi l’équateur en une semaine, puis a encore contourné l’anticyclone de Saint-Hélène pour finalement toucher une dépression dans le Sud. Et au passage du cap de Bonne-Espérance, il avait donc bien un peu d’avance sur ses tablettes… «La route des Indes a été traditionnelle jusqu’à Bonne-Espérance, commente Joyon. On va dire qu’elle ressemblait pas mal à un départ de tour du monde… Et ensuite, y’a un truc bizarre, c’est qu’il a fallu que je mette le cap sur les Kerguelen pour remonter sur l’île Maurice après (ton amusé). Il a fallu faire un très grand détour dans le Sud avant de remonter contre les vents et contre les calmes.»
Les accélérations d'Idec sont proprement hallucinantes ! Au moindre souffle, il dégomme et dégage, déposant toute son escorte en un instant ! Les accélérations d'Idec sont proprement hallucinantes ! Au moindre souffle, il dégomme et dégage, déposant toute son escorte en un instant !
Photo © Franck Faugère (DPPI / IDEC)
Ah, cet océan Indien ! De bulle anticyclonique en bulle anticyclonique, les heures se sont étirées à languir, au point que le skipper de l’un des trimarans les plus rapides de la planète désespérait, quelques jours avant son arrivée : «Je pense avoir battu le record de lenteur. De ma vie, je n’avais jamais fait 80 milles par jour sur un multicoque.»
A son arrivée à Port-Louis, il confirme et ajoute : «J’ai un peu de mal dans les calmes plats… Parce que ça veut dire aussi beaucoup de houle, le bateau qui est ébranlé, les voiles et les cordages qui s’abiment, tout qui s’use. Et ça pendant 40 ou 45 heures de suite où le bateau n’a pas dépassé la vitesse de 2 nœuds. C’est quelque chose que je n’avais jamais connu… C’est assez épuisant pour les nerfs.»
Les derniers rayons de soleil se sont étirés sur la course d'Idec, jeudi, et Joyon a passé la ligne officielle du record aux premières secondes de nuit. Les derniers rayons de soleil se sont étirés sur la course d'Idec, jeudi, et Joyon a passé la ligne officielle du record aux premières secondes de nuit.
Photo © Franck Faugère (DPPI / IDEC)
Et c’est en tirant des bords, au gré de son inspiration pour les nuages, qu’il a retrouvé l’alizé pour terminer son épopée. «Je me suis aperçu que les fichiers météo sont d’une fiabilité totalement douteuse dans cette partie de l’océan.» Doux euphémisme.
Il en aura finalement coûté à Joyon 1 300 milles de plus que les 9 000 escomptés.
10 304 milles parcourus à une vitesse moyenne de 16,40 nœuds. Plus de 26 jours de mer… Un demi tour du monde, à peu de chose.
Et Bernot d’en conclure que sa performance ne serait probablement pas difficile à battre…
M.B.

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