vendredi 03 septembre 2010

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3 Questions à Francis Joyon

«Nous allons ajouter des foils à Idec»

  • Par Manon Borsi
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  • Publié le : 21/11/2009 00:13
Aussi rude ait été la remontée de l'Indien pour son record entre la France et l'île Maurice, Francis Joyon est ravi ! Aussi rude ait été la remontée de l'Indien pour son record entre la France et l'île Maurice, Francis Joyon est ravi !
Photo © Franck Faugère (DPPI / IDEC)
Le soleil décline derrière les palmiers de l’île Maurice et Francis Joyon émerge du lagon, masque de plongée et tuba à la main.
N’y aurait-il la corne blanchie et épaissie de ses pognes de géant et quelques crevasses, tous ignoreraient qu’il est arrivé la veille au soir de son périple de 26 jours de mer entre la France et l’île de l’océan Indien.
A 53 ans, le navigateur abonné aux records en solitaire est frais comme un jeune homme, guilleret et disponible, et la flamme qui pétille dans ses prunelles en dit long… Non, ce nouveau record – La Mauricienne – qu’il vient d’étalonner n’est pas vain, quoi qu’on en ait dit ! Et aussi difficile s'est avérée cette remontée de l’Indien, aussi instructive est-elle… Preuve par trois (questions).

v&v.com : Que t'as apporté ce record de La Mauricienne, dans la perspective de tes prochains objectifs ?

Francis Joyon :
Une des raisons d’être de cette Mauricienne était qu’elle constitue un entraînement à la Route du Rhum... Un tour du monde complet ne peut pas être proprement qualifié d’entrainement à la Route du Rhum parce que tu es obligé de ménager le bateau, de garder un petit 10 % de marge. Entre la France et l’île Maurice, j’ai pu me permettre de dépasser ça, parce que le challenge n’était pas si important et que s’il y avait eu un problème, cela n’aurait pas été dramatique. En plus, sur une durée plus courte, je pouvais vraiment me permettre de demander 100 % du potentiel du bateau. Sur la Route du Rhum, demander 100 % du bateau, c’est ce qui se fait. Tu n’as pas le droit à une marge.
Le parcours de La Mauricienne m’a en outre permis de tester Idec sur des allures que je n’avais pas connues sur mon tour du monde : en particulier, j’ai eu du 40 nœuds au près et ça, c’est un truc qu’on a régulièrement sur une Route du Rhum. Je ne suis pas sûr de comment passent des trimarans de très grande taille, type 60 pieds, dans une très forte mer… Mais j’étais intéressé de voir comment se comporte Idec qui est un peu plus court. J’ai pu analyser ça, trouver les meilleures combinaisons de voilure pour faire passer le bateau, le mener à la limite de la sécurité – il levait toutes les cinq minutes –, toutes ces choses que l’on fait sur une Route du Rhum et ce type de courses. Pour ce qui est du petit temps, je serai forcément pénalisé face à d’autres bateaux, comme les 60 pieds dont le rapport de poids est plus intéressant, plus extrême… Mais durant mon tour du monde, je ne m’étais jamais permis de démonter mes bas-haubans pour étarquer mes gennakers max jusqu’au près, comme si c’était des solents – voilà, j’ai travaillé ça. J’ai trouvé aussi des combinaisons de voiles, notamment en mettant des gennakers hyper-plats pour avoir plus de surface jusqu’au travers…
En vue d'une nouvelle tentative de record de l'Atlantique et de la Route du Rhum, le trimaran Idec de Joyon va entrer en chantier... Au programme, allègement, foils et probablement encore quelques petites surprises. En vue d'une nouvelle tentative de record de l'Atlantique et de la Route du Rhum, le trimaran Idec de Joyon va entrer en chantier... Au programme, allègement, foils et probablement encore quelques petites surprises.
Photo © Franck Faugère (DPPI / IDEC)
v&v.com : Idec entre maintenant en chantier… Quelles sont les modifications à venir ?
F.Y. :
Y’a pas de secret, on va faire un chantier d’optimisation du bateau chez Marsaudon, cet hiver. J’ai déjà rempli une page de travaux. Il y aura de petites choses qui vont être faites pour essayer de gagner un petit peu de poids… Et puis la modification la plus visible sera l’ajout de foils (Joyon prononce "foïles".) Par rapport à mon expérience du 60 pieds, je sais que les foils sont extrêmement payants au niveau de la vitesse, beaucoup plus qu’un mât basculant. Mais cette évolution a toujours été envisagée : dès la conception du bateau, on avait prévu ça, renforçant sa structure à l’emplacement théorique des foils. Oui, on savait qu’un jour ou l’autre on y viendrait, quand il s’agirait d’augmenter la performance du bateau – et là, avec le record de l’Atlantique l’année prochaine, puis la Route du Rhum, c’est complètement justifié.

v&v.com :
Sodebo est plus performant qu’Idec et maintenant que Thomas Coville peaufine son expérience en participant au Jules Verne, tu dois vraiment les craindre, non ?

F.Y. :
Sodebo est un concurrent redoutable. C’est un bateau plus grand, un peu plus toilé, un peu plus ci, un peu plus ça. Donc, si tu veux, il faut aussi lutter en amenant Idec à un niveau de performance comparable. Mais malgré notre déficit de longueur et de surface de voile, on a quand même quelques avantages : la coque a été bien construite, elle est très légère, mais est restée rigide. Sodebo fonctionne un peu différemment d’Idec, sa coque est plus rustique – ce qui peut être un avantage aussi –, mais moi je vais rester avec mon design qui a fait ses preuves sur le tour du monde.
Pour ce qui est de la participation de Thomas au Jules Verne (Thomas Coville a été recruté comme barreur à bord de Groupama 3, skippé par Franck Cammas. Hélas, le trimaran géant, qui s'était élancé le 4 novembre, a été contraint d'abandonner sa tentative lundi dernier, ndr) pour moi, cela ne va pas lui apporter grand chose sur le plan de l’expérience, du moins pour ce qui est des épreuves solitaires à venir en multicoque. Après, s’il veut faire La Mauricienne, oui, ça lui apportera de l’expérience (éclats de rire). Oh, ce n’est pas très gentil, ça. Et pas très vrai… Plus synthétiquement, en solitaire, on n’a pas vraiment le temps de barrer, hélas : on est tout le temps sur les réglages, sur la météo… Et en équipage, c’est exactement le contraire : on passe son temps à barrer. Je dirais presqu’on nuit au fonctionnement solitaire en naviguant en équipage. Pour progresser en solitaire, il faut naviguer en solitaire. Il n’empêche que cela reste un plaisir de naviguer en équipage : c’est plus facile, si tu es avec des gars qui sont bien coordonnés, tu as le plaisir de la voile sans le stress, ni la peur du chavirage, ni des risques liés à la navigation…
M.B.

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