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Trophée Jules Verne - Interview du skipper de Groupama
Franck Cammas : «Pour battre le record, il faut pouvoir marcher à 30 nœuds avec de la mer de face»
- Par Didier Ravon
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- Publié le : 08/01/2010 07:01
Les dix de Groupama. Debout de gauche à droite : Bruno Jeanjean, Franck Cammas, Fredéric Le Peutrec, Jacques Caraës, Steve Ravussin, Ronan Le Goff, Lionel Lemonchois, Thomas Coville, Loïc Le Mignon et Stan Honey.Photo © Yvan Zedda (Groupama)
Après deux tentatives avortées, Franck Cammas, skipper de Groupama 3, espère avoir conjuré le sort, et attend la bonne fenêtre météo pour repartir autour du monde.Photo © D.R. (Groupama)
Franck Cammas : Pour pouvoir battre les 50 jours d’Orange II, il faut pouvoir aller très vite, même si les conditions de mer ne sont pas bonnes. Lorsque l’avarie s’est produite – la cloison du bras arrière sur le flotteur bâbord s’est cassée –, nous avions une mer courte et cassante avec des vagues de face de 1,50 mètre. Pour pouvoir rester dans le bon système météo, c’est-à-dire en avant de la dépression qui devait nous emmener jusqu’en Australie, il faut pouvoir marcher à 30 nœuds. Sinon, le front te dépasse et part sans toi. Donc, on devait attaquer malgré les conditions. Et ça n’a pas tenu. De toute façon, pour espérer pouvoir battre le record, on se doit d’aller à ces vitesses et, du coup, la structure est très sollicitée.
F.C. : Pendant que Groupama 3 rentrait en convoyage de Capetown, nous avons eu le temps de revoir les choses et de travailler avec Vincent Lauriot-Prévost, l’architecte, et Hervé Devaux, en charge des calculs de structure. Outre la réparation effectuée à Capetown, nous avons décidé de renforcer les cloisons arrière, ainsi que le fond du flotteur derrière le bras, car nous avons aussi découvert des fissures en fond de coque.
F.C. : Pas simple, en effet ! Nous avons installé une tente autour du flotteur. D'autant que pour immobiliser Groupama le moins longtemps possible, nous avons choisi de ne pas le sortir de l’eau. L’équipe technique a beaucoup bossé.
F.C. : Groupama 3 ayant déjà effectué plus de 15 000 milles – un aller-retour France Afrique du Sud –, et afin de ne pas prendre de risques, nous avons aussi décidé de changer tout le gréement dormant. Mais comme nous n’avons pas voulu démâter, ça n’a pas été une opération facile. Enfin, c’est fait et tout est ok.
Cette «loupe» sur la photo montre l’endroit où Groupama 3 a subi son avarie en novembre dernier, au niveau de la crosse sur le flotteur bâbord.Photo © Yvan Zedda (Groupama)
F.C. : Oui, juste avant de repartir pour la Bretagne, une nuit, on a volé tous nos effets personnels – cirés, bottes, combinaisons de survie – ainsi qu’un écran d’ordinateur. Si l’on ajoute que le générateur était HS, et qu’il a fallu en faire venir un d’Europe, on peut dire qu’on a eu notre dose de malchance. J’espère qu’on a mangé notre pain noir (rires)…
F.C. : Oui, nous venons juste de recevoir les vêtements techniques aujourd’hui. Ce ne sont pas des ensembles que tu trouves chez le ship du coin, et il fallait aussi les marquer.
F.C. : On le sera vraiment en milieu de semaine prochaine, mercredi 13 à Lorient, notre base. L’avitaillement est fait, mais il doit être chargé à bord. On pourra débuter notre stand-by. Si le vent souffle du Nord au Sud-Ouest, on pourra facilement gagner Brest et Ouesssant. J’espère être à Brest dès que possible, car si on a du vent de Nord-Ouest fort comme la dernière fois, on ne pourra pas «monter» sereinement. Et puis, une fois là-bas, on peut être plus réactif si une fenêtre météo se présente.
F.C. : Bien sûr. On fait un point quotidien par mail avec Sylvain Mondon de Météo France, notre routeur, et l’on se passe un coup de fil.
F.C. : Il y a une bonne fenêtre samedi 9… mais, nous, on ne sera pas prêts. Les routages donnent une petite semaine pour l’équateur. C’est donc assez rapide.
F.C. : C’est de pouvoir partir vite, donc avec des vents portants, afin d’atteindre l’équateur au plus vite – en moins d’une semaine –, et de viser un point qui permette de bien se positionner par rapport à l’anticyclone de Sainte-Hélène.
F.C. : Absolument. Soit tu pars avec du gros temps portant – ce que nous avons fait en novembre – et il ne faut pas casser dès le début dans le golfe de Gascogne. Soit tu pars avec un flux de Nord à Nord-Est, et il faut pouvoir franchir la dorsale (anticyclonique) au niveau des îles Canaries. Ça peut se jouer à deux heures près. La porte peut se refermer et tu peux rester coincé dans la pétole, donc perdre d’entrée de jeu près de deux jours. C’est l’un des risques, car le routage une semaine avant n’a pas cette précision-là.
F.C. : J’ai entendu dire qu’ils pourraient donc bien prendre cette fenêtre et y aller. Les opportunités n’ont pas été si nombreuses jusqu'ici.
Groupama 3 a d’abord été partiellement réparé dans le port du Cap – surplombé par la fameuse montagne de la Table – avant d’être convoyé vers son port d’attache à Lorient.Photo © Alain Paulhac (Groupama)
F.C. : Nous regardons tous les deux de notre côté ce qui se passe, mais on fait chacun notre truc. Nous n’avons pas d’obligations mutuelles. Si Banque Pop’ n'y va pas ce samedi, il y a des chances que nous partions plus tard ensemble, car ensuite, il y a peu de probabilités avant plusieurs jours. Nous verrons bien…
F.C. : Début février.
F.C. : Nous déclenchons le code vert 96 heures avant le départ. Ça laisse quatre jours à l’équipage pour regagner le bateau. Les gars ont l’habitude. La dernière fois, Ronan est arrivé le jour du départ à une heure du matin. Ensuite, c’est moi qui décide de l’heure où nous quittons le quai. De toute façon, tout est prêt à bord, et l’équipage n’a pratiquement rien à apporter. Sauf Steve Ravussin, qui est chargé des vivres frais.
F.C. : Pas vraiment (rires) ! J’ai bossé d’abord avec les architectes afin de préparer le chantier à Lorient et les réparations, puis ensuite jusqu’au 22 décembre sur notre projet Volvo 70, et notamment la mise en place de l’équipe. Ça avance bien ! J’ai juste fait un break à la montagne pour Noël, avant de venir accueillir l’équipage à Lorient le 29 décembre.
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