Lionel Lemonchois navigue sur le maxi-trimaran Groupama 3, actuellement en approche du cap Horn.
Photo © Yvan Zedda
Mis à l’eau début septembre à Lorient, Prince de Bretagne a connu une avarie majeure en octobre lorsque le bras avant tribord a cassé en mer d’Iroise dans des conditions de vent et de mer tout à fait praticables. Grâce au bon réflexe d’Hervé Cléris et de son second Christophe Dietsch, le trimaran n’avait ni chaviré, ni démâté. Pris en remorque, le plan Irens/Cabaret avait pu rejoindre Camaret en limitant les dégâts. Ne pouvant réparer pour la Transat Jacques Vabre, les deux skippers et leur sponsor ont réarmé en quatrième vitesse l’ancien multi 50 de Cléris afin de pouvoir s’aligner au départ de la transat en double, qu’ils terminent 4e à 15 jours des vainqueurs après deux escales…
Bien qu’Hervé Cléris n’ait rien à se rapprocher, cet accident a modifié le plan de bataille de son sponsor. A peine revenu du Costa Rica, Cléris apprend début janvier qu’il est mis sur la touche et que son sponsor cherche un nouveau skipper pour le remplacer. Plusieurs navigateurs se sont vus proposer – ou se sont proposés pour certains – le poste de skipper, et c’est Lionel Lemonchois qui a été choisi.
Hervé Cléris est débarqué bien qu'on ne lui reproche rien. Un changement de stratégie de son sponsor lié à l'avarie d'octobre dernier qui a fait prendre du retard dans le programme.
Photo © Loïc Le Bras
Si sportivement et médiatiquement, ce choix se comprend aisément étant donné le palmarès et la notoriété du nouveau skipper, le coup est rude pour Cléris qui a porté ce projet depuis le début.
« J’ai l’impression qu’on m’enlève mon bébé, avoue-t-il aujourd’hui.
On est privé de la récompense de tous nos efforts. » A 62 ans, l’ex-dentiste brestois imaginait finir sa carrière sportive sur la Route du Rhum avec sa nouvelle monture.
« Ça a été une vraie surprise au retour de la Jacques Vabre. Il y a apparemment un changement de cap chez Prince de Bretagne et j’ai été mis devant le fait accompli, sans raison apparente. On me dit qu’on n’a rien à me reprocher, mais voilà… Ce n’est pas très agréable comme situation. »
Un premier rapport d’expertise n’a pas permis de déterminer les raisons de l’avarie de bras. Une deuxième expertise est en cours. En attendant, le trimaran gris a retrouvé le chantier Marsaudon à Lorient où coque centrale et flotteurs ont été préparés pour recevoir des nouveaux bras, différents des premiers modèles réalisés dans les moules du 60 pieds Fujicolor de Loïck Peyron.
« Les moules de Fuji n’étant plus réutilisables, quitte à refaire des moules, autant en profiter pour optimiser un peu les bras, explique Benoît Cabaret, co-architecte du trimaran. Comme nous devons reconstruire avant les résultats finaux de toutes les études, on a globalement opté pour des bras plus costauds qu’avant pour prendre en compte les différentes causes probables de l’avarie. »
Une des pistes probables de l’avarie serait la somme de deux éléments : d’un côté des faces arrière de bras moins résistante sur un multi 50 que sur l’original de 60 pieds car le nid d’abeille, interdit par la classe Multi 50, y est remplacé par de la mousse ; et de l’autre une tension excessive dans les filets accrochés au centre de la face arrière des bras. «Nous allons désormais accrocher les filets en haut du bras, un sur barrot d’UD», poursuit Benoît Cabaret. Avec ces nouveaux bras plus haut et présentant une crosse encore plus marquée, Prince de Bretagne sera plus large de 20 cm que précédemment.
La remise à l’eau est prévue pour fin juin, soit à peine quatre mois avant le départ de la Route du Rhum le 31 octobre de Saint-Malo.
C'est le bras avant tribord qui a cassé en octobre dernier. Du coup, de nouveaux bras en V sont en construction chez Marsaudon à Lorient.
Photo © Loïc Le Bras
L.L.B.
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