vendredi 03 septembre 2010

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Interview d’une fine lame du match-race français

Mathieu Richard : «Notre objectif, cette année : devenir champions du monde !»

  • Par Agathe Armand
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  • Publié le : 20/04/2010 06:41
A Marseille, les heureux vainqueurs du Match-Race France 2010. De gauche à droite, Mathieu Richard, Thierry Briend, Greg Evrard et Olivier Herledant. A Marseille, les heureux vainqueurs du Match-Race France 2010. De gauche à droite, Mathieu Richard, Thierry Briend, Greg Evrard et Olivier Herledant.
Photo © Gilles Martin-Raget
On le connaît peu – et pourtant ! Mathieu Richard est depuis plusieurs années l’un des meilleurs skippers mondiaux de match-race. Dimanche dernier, à Marseille, le Nantais et son équipage ont d’ailleurs remporté le Match-Race France, première épreuve du championnat du monde. Mathieu, 34 ans, est aussi discret à terre qu’efficace sur l’eau. Il nous parle Optimist, J80 et Coupe de l’America.

Mathieu Richard, 34 ans, a été vice-champion du monde de match-race en 2007 et numéro un du circuit mondial de 2007 à 2009. Mathieu Richard, 34 ans, a été vice-champion du monde de match-race en 2007 et numéro un du circuit mondial de 2007 à 2009.
Photo © Gilles Martin-Raget
voilesetvoiliers.com : Tu viens de gagner à Marseille la première épreuve du World Match Racing Tour. Que représente cette victoire ?
Mathieu Richard : Un excellent début de championnat ! Ça permet de se mettre en confiance pour la saison, de marquer des points – et de marquer les esprits.
v&v.com : Tu peux nous présenter ton équipage ?
M.R. :
Nous sommes cinq. Greg Evrard est à la grand-voile et la tactique. Olivier Herledant est régleur mais, à Marseille, il était occasionnellement équipier d’avant. L’équipier habituel, Yannick Simon, n’était pas disponible. Thierry Briend est régleur de génois. Avec Yannick, Greg et Olivier, nous sommes ensemble depuis dix ans. Thierry nous a rejoints en 2006.
v&v.com : Cette année, votre objectif affiché est d’être champions du monde. Que faites-vous pour y parvenir ?
M.R. : Ça fait quelques années maintenant que nous sommes au top-niveau mondial. Nous avons terminé deuxièmes du championnat du monde en 2007, troisièmes en 2008. L’an dernier, c’était un peu moins bon avec une cinquième place. Alors oui, aujourd’hui, notre objectif est de remporter le titre. Nous travaillons tous les domaines – technique, tactique, préparation mentale, préparation physique. Cette année, nous sommes le seul équipage de l’équipe de France à détenir la fameuse Tour Card qui donne accès à toutes les épreuves du circuit. Du coup, des moyens supplémentaires sont mis en place en terme de coaching et de budget.
v&v.com : Qu’est-ce que ça signifie exactement ?
M.R. :
Que nous avons le budget pour nous entraîner à l’étranger si nécessaire. En France, le problème, c’est qu’on n’a pas tous les bateaux du circuit. Il y a des J80, ce qui est très bien pour l’épreuve de Marseille, mais les régates étrangères se déroulent sur des voiliers différents. Du coup, nous essayons de faire des stages à l’étranger et ça coûte un peu d’argent. Côté coaching, la Fédération a détaché un entraîneur spécifique pour notre équipage, Benjamin Bonnaud. Anne-Julie Pelé, notre préparatrice mentale, travaille toujours avec nous. Sur une année, nous nous entraînons trente jours environ sur l’eau. Il faut aussi compter les régates d’entraînement et les briefings où nous travaillons tactique et règles de course.
v&v.com : Tu parlais des Tour Cards, ces cartes distribuées par le World Tour qui donnent accès au championnat. Ce mode de sélection fait polémique (*). Quel est ton point de vue ?
M.R. : Leur nouveau mode de fonctionnement nous a tous un peu surpris. Le World Tour veut essayer de grossir en termes sportif et commercial. Les organisateurs veulent vraiment que ce soit une affaire rentable et médiatisée. Ces aspects financiers nous dépassent un peu ! Un système d’enchères a été mis en place pour attribuer les Tour Cards. Les critères de sélection ne sont plus purement sportifs.
v&v.com : Regrettes-tu, par exemple, que Damien Iehl et son équipage n’aient pas été sélectionnés alors qu’ils sont également en équipe de France et qu’ils étaient pressentis ?
M.R. : Oui, il y a une certaine injustice à ce niveau-là. Damien avait fait une très bonne saison 2009 et il aurait eu sa place sur le World Tour. D’autres équipages lui ont été préférés alors que, sur le papier, ils lui étaient inférieurs d’un point de vue sportif.
Lac de Maine, 1988 : les grands débuts de Mathieu Richard en Optimist ! Lac de Maine, 1988 : les grands débuts de Mathieu Richard en Optimist !
Photo © D.R.
v&v.com : Revenons à ton parcours. Comment es-tu venu au match-race ?
M.R. : Je suis issu de la filière dériveur. J’ai fait de l’Optimist et du 420 à un niveau international. Et après avoir couru en 420, on se dirige vers l’olympisme, la course au large ou le match-race. J’étais à Nantes et l’APCC organisait pas mal d’entraînements en match-race. Ça a commencé comme ça. J’ai testé les entraînements en Class 8 – il y avait un bon niveau dans la région avec Luc Pillot, Marc Bouët ou Marc Guessard. J’ai bien accroché, nous avons monté un équipage et progressé à notre rythme, en gravissant tranquillement les échelons de la hiérarchie mondiale. En parallèle, j’ai beaucoup navigué en Mumm 30 avec l’équipe nantaise. J’ai remporté quatre fois le Tour de France et été champion du monde en 2005. Il y a quelques années, j’ai aussi fait un peu de 60 pieds ORMA avec Banque Covefi et Banque Populaire.
v&v.com : Tu es aussi maintenant tacticien à bord du Class America Aleph ?
M.R. : J’ai effectivement participé au Louis Vuitton Trophy à Nice et à Auckland avec Bertrand Pacé et l’équipe d’Aleph. C’est intéressant et enrichissant. J’espère que ce projet ira loin. Aujourd’hui, mon objectif à moyen terme est de courir la Coupe de l’America. C’est la suite logique d’une carrière dans le match-race et ça avance tranquillement de ce côté-là.
v&v.com : Seras-tu de nouveau à bord lors du prochain Louis Vuitton Trophy, à La Maddalena, en Sardaigne ?
M.R. : Non, malheureusement ! Ça tombe en même temps que l’épreuve de match-race allemande, le Match-Race Germany. Les organisateurs se sont vraiment plantés : les deux événements se chevauchent, impossible de faire les deux ! Cette année, notre objectif est bien d’être champions du monde et nous ne pouvons pas nous permettre de manquer une épreuve.
Mathieu (deuxième à gauche) est aussi le tacticien du projet Aleph, avec Bertrand Pacé. Mathieu (deuxième à gauche) est aussi le tacticien du projet Aleph, avec Bertrand Pacé.
Photo © Bob Grieser
v&v.com : Est-ce que tu vas quand même continuer à naviguer avec Aleph ?
M.R. : Pour le moment, c’est un projet en pleine construction et on ne sait pas très bien où ça va. Si ça se consolide et que ça se poursuit sur la durée, oui, mon souhait est de continuer avec eux dès la fin de l’année !
v&v.com : D’ici là, quel est ton programme ?
M.R. : Le World Match-Racing Tour, clairement ! Il y a dix épreuves dans l’année. Il en reste neuf : Allemagne, Corée, Portugal, Suède, Danemark, Suisse, Vietnam, Bermudes et Malaisie. Nous allons d’abord faire un stage fin avril avec l’équipage de Damien Iehl en J80. Ce n’est pas du tout le support de l’épreuve allemande, qui se disputera en Bavaria 35 Match, mais ça permettra de garder le rythme et notamment de travailler les aspects réglementaires. Nous partirons ensuite en Allemagne pour deux jours d’entraînement avant l’événement.
v&v.com : Pour conclure, quel serait ton rêve de sportif ?
M.R. : Remporter la Coupe de l’America après avoir gagné le titre de champion du monde de match-race ! (Il éclate de rire). Les deux, tant qu’à faire !
A.A.

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