Note :
Arrivés vendredi, Pachi Rivero et Antonio Piris (Renault Z.E.) complètent superbement le podium de la Barcelona World Race.
Photo © María Muina (Barcelona World Race)
Depuis lundi dernier, les arrivées se succèdent à Barcelone. Derrière Dick et Peyron, une armada d'Espagnols, surtout, attire les regards : Iker Martinez et Xabi Fernandez (Mapfre), Pachi Rivero et Antonio Piris (Renault Z.E.), Alex Pella et Pepe Ribes (Estrella Damm)... Tous ont fait des erreurs, mais surtout ont montré de beaux atouts, qui leur ont permis de se hisser sur le podium de cette deuxième BWR, et font rêver à un renouveau du plateau IMOCA. Cela arrivera-t-il ?
En remportant la deuxième édition de la Barcelona World Race, lundi dernier, en 93j 22h 20min 36sec, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron (Virbac-Paprec 3) ont démontré leur talent, en même temps que confirmé la domination française dans une discipline du large jugée comme notre spécialité nationale...
Ouf ! Malgré l'immense maîtrise de nos vainqueurs, il s'en est fallu de peu que notre "honneur" soit bafoué... Car avec Ludovic Aglaor (encore en course aux côtés de Gérard Marin, à bord de Forum Maritim Catala), Dick et Peyron sont les seuls rescapés de l'hécatombe qui a décimé nos skippers tout au long de ce tour du monde en IMOCA. Jean Le Cam - qui courait avec Bruno Garcia (Président) -, Michel Desjoyeaux, François Gabart (Foncia), Kito de Pavant, Sébastien Audigane (Groupe Bel) et Michèle Paret - aux côtés de Dominique Wavre (Mirabaud) -, ont en effet été contraints à l'abandon, laissant le champ libre à l'armada de duos étrangers venus s'essayer à la discipline.
Les Espagnols, engagés en nombre grâce à d'opportuns avantages fiscaux accordés aux sponsors, ont particulièrement tiré profit de cette situation, décrochant au final les troisième, quatrième et cinquième places de la course !
La question est donc maintenant de savoir si ces premiers succès vont hélas rester éphémères... Ou offrir un très beau nouveau contingent de skippers IMOCA. Revue des effectifs, dans l'ordre d'arrivée.
Iker Martinez et Xabi Fernandez ont été accueillis en héros à Barcelone... Habitués aux podiums, les deux Espagnols considèrent que leur deuxième place est aussi belle qu'une victoire.
Photo © Nico Martinez (Barcelona World Race)
Classe olympique
Iker Martinez et Xabi Fernandez, 2e
Temps de parcours : 94j 21h 17min 35sec.
Arrivés mardi dernier, moins de 24 heures après Dick et Peyron.
Que le duo espagnol avait du potentiel, personne n'en doutait... Martinez et Fernandez (Mapfre) ont fait le gros de leur carrière dans l'olympisme, en 49er, où ils cumulent (entre autres) trois titres mondiaux et deux médailles olympiques. Avant le départ de la BWR, leur expérience du large n'était pas nulle, puisqu'ils avaient participé aux deux dernières Volvo. Ils ont racheté le Foncia de Michel Desjoyeaux, le skipper français les ayant entrainés un temps. Mais Martinez et Fernandez n'avaient jamais fait de tour du monde en double et sans escale, et ne se sont lancés dans l'aventure que 14 mois avant le départ... Alors, de là à s'imaginer qu'ils signeraient une telle course !
Leurs plus gros coups
Avoir contourné Sainte-Hélène. A la descente, dans l'Atlantique Sud, la flotte hésite à couper l'anticyclone de Saint-Hélène ou à le contourner. Alors que Foncia et Virbac-Paprec 3 se déroutent vers Recife pour une première escale technique, les deux Espagnols sont les seuls à choisir de se décaler dans l'Ouest au lieu de se tanquer dans la molle... Ce qui les fera hésiter et les convaincra de ne pas pousser trop loin. Dommage, car c'est comme ça que Virbac-Paprec 3 et Foncia n'auront pas de mal à les repasser.
Ne pas s'être arrêtés à Wellington. Plusieurs jours de (gros) bricolage ont permis à Martinez et Fernandez de réparer leur dérive endommagée, avant leur passage dans le détroit de Cook... Mais l'on suppose qu'ils déplorent d'autres avaries et pourraient s'arrêter à Wellington pour 48 heures, comme Dick et Peyron ont choisi de le faire. Ils n'en feront rien, se lançant à la poursuite des leaders avec lesquels ils réduiront l'écart jusqu'à une centaine de milles !
N'avoir jamais rien lâché. Leur mélange d'humilité constante et de ténacité sans faille a autant séduit que forcé l'admiration. Même s'ils n'ont pas toujours été menaçants, les Espagnols ont donné à l'esprit de compétition, un nouvel élan.
Ce qui leur a manqué
De l'expérience. Quatorze mois pour découvrir le bateau et tout ce qui va avec, c'est court. L'exemple de Saint-Hélène est pour eux symptomatique de l'expérience qui leur a manqué - ils disent qu'il n'y a pas de hasard si Foncia comme Virbac ne s'y sont pas trompés, avant que Martinez conclut à propos de leur course en général : <Nous avons pris des risques. Cela ne s'apprend pas en restant à terre.>
La nourriture. Les Espagnols, qui ont fait la chasse au poids pour palier un déficit de vitesse dans le petit temps et le médium, ont fini par manquer de nourriture, alors que l'un de leur sac, mal conditionné, a été gâté par l'eau de mer... Leur rationnement s'est donc organisé à partir du Horn et les dernières 24 heures de course, ils étaient à la diète complète.
Leur phrase
<A l'occasion de la prochaine édition de la Barcelona World Race, il faut que nous, les équipages espagnols, montions encore notre niveau d'exigence. Nous disposons maintenant des capacités d'expertise pour tenter l'aventure avec un bateau neuf. Je n'oublie pas que Virbac-Paprec 3, si l'on compte ses temps d'escale, a navigué en gros cinq jours de moins que nous. Mais, si on avait eu un tel bateau cette année, compte tenu de notre manque d'expérience, je ne suis pas certain que l'on aurait fini la course.> (Iker Martinez)
Leurs projets
Iker Martinez et Xabi Fernandez pointent toujours en équipe nationale d'Espagne, en 49er. Si un autre équipage y figure et progresse dans la hiérarchie mondiale, les Spaniards ne manqueront probablement pas de reprendre du service à temps pour les sélections. Ils ont déjà deux médailles olympiques à leur actif (or à Athènes et argent à Pékin) et sont toujours les champions du monde en titre (janvier 2010)... Ils ont encore du pain sur la planche, côté Londres, mais envisagent manifestement de revenir au large.
Difficile d'être plus déchaînés que Pachi Rivero et Antonio Piris qui décrochent la 3e place surprise de cette BWR.
Photo © Jorge Andreu (Barcelona World Race)
Chevronnés
Pachi Rivero et Antonio Piris, 3e
Temps de parcours : 97j 18h 47min 36sec.
Arrivés vendredi dernier.
Non, Rivero et Piris (Renault N.Z.) n'étaient pas le duo espagnol sur lequel on avait le plus misé. Bien que leur bateau répondait d'un très gros potentiel, le palmarès éclectique de l'équipage et un départ en douceur n'avaient pas convaincu... Et pourtant ! On prend le goût à ces choses-là.
Leurs plus gros coups
L'expérience de Rivero. Piris vient de la Coupe de l'America et n'a jamais fait de tour du monde, mais Rivero connaît son sujet. Il a souvent navigué en IMOCA et a notamment couru la précédente BWR... Véritable <Mac Gyver> du bord, il évitera notamment les escales à son équipage.
Un bateau qui va vite. Rivero et Piris naviguent sur l'ex Gitana Eighty de Loïck Peyron et le maîtrisent suffisamment bien pour pouvoir en tirer un bon parti... Et notamment résister au retour de leurs adversaires.
Être un duo fusionnel. Comme Martinez et Fernandez, Rivero et Piris ont la caractéristique de se connaître depuis leur enfance... Lorsque l'on manque un peu de milles sur un tel tour du monde, il semblerait que ce soit plutôt un bon palliatif - en face, un équipage comme celui d'Hugo Boss semble nettement moins efficace.
Ce qui leur a manqué
D'être tout de suite dans le coup. Rivero et Piris ont vraiment trouvé leurs marques dans l'Indien et c'est à ce moment-là qu'ils ont commencé à devenir menaçants... Ce qui veut dire que l'allumage a pour eux été un peu long, les empêchant d'accrocher tout de suite le devant de la course.
Leur phrase
<Cela a été difficile de toujours naviguer à 100%.> (Antonio Piris)
Leur projet
A 47 ans, Piris ne semble pas très chaud à l'idée de repartir pour un éventuel quatrième tour du monde. Quant à Rivero, il semblait à l'arrivée littéralement sur une autre planète !
On s'attendait à ce que Alex Pella et Pepe Ribes finissent premier équipage espagnol... Mais, loin de paraître aigris, ils se contentent finalement d'une 4e place.
Photo © María Muina (Barcelona World Race)
D'un rien
Alex Pella et Pepe Ribes, 4e
Temps de parcours : 98j 20h 45min 59sec.
Arrivés samedi dernier.
Un bon bateau - l'ancien de Dick - et une sérieuse campagne d'entraînement ont bombardé Alex Pella et Pepe Ribes comme de sérieux clients de cette BWR... Mais les deux Espagnols, commettant une belle erreur stratégique dans la descente de l'Atlantique avant de jouer de malchance, n'ont pas été tout à fait à la hauteur de nos espérances...
Leurs plus gros coups
Deux ans de préparation. Des heures de nav', Ribes et Pella en ont bouffées, en deux ans de préparation avant de se lancer dans la BWR. D'autant qu'ils courent sur Virbac-paprec 2, le bateau qui a remporté la précédente édition et que c'est Jean-Pierre Dick lui-même qui le leur a transmis avec mode d'emploi détaillé. Résultat, ils étaient très attendus.
Le Pacifique. Si tôt reparti de Nouvelle-Zélande - en 8e position, le duo se coltine un gros cyclone dans lequel il parvient à faire le dos rond et à préserver le bateau... Après ça, il réalise une superbe descente sur le Horn qui leur permet de recoller aux autres.
Ce qui leur a manqué
Du nez. En tête dans l'Atlantique Sud, après que Foncia et Virbac-Paprec 3 se sont déroutés vers le Brésil, Pella et Ribes ont choisi de couper l'anticyclone de Sainte-Hélène. Fatal.
Du genou. Ribes blessé au genou, c'est Pella qui a dû assurer toutes les manoeuvres sur la plage avant... De quoi se sentir seul, parfois.
De la réussite. La rupture de leur étai a été un sale coup pour les Espagnols, au moment d'entrer dans le Pacifique. Car l'escale à Wellington semble leur avoir coûté plus cher que les 48 heures d'arrêt obligatoires... Pella souligne que cela a cassé leur rythme de course, qui jusque là été bon.
Leur phrase
<Cette régate est bestiale et fantastique à la fois. La meilleure à laquelle il m'a été donné de participer.> (Alex Pella)
Leur projet
Alex Pella ne cache pas son énorme ambition de s'aligner sur le prochain Vendée Globe. Il a le bateau et l'équipe... Et travaille dur pour boucler son budget. Quant à Pepe Ribes, il parle d'une prochaine participation à la BWR, mais avec un nouveau bateau !
Qu'ils sont beaux, ces deux-là, enlacés devant Barcelone pour mieux contempler leur succès ! Herrmann et Breymaier finissent 5e, discrets mais efficaces.
Photo © Jorge Andreu (Barcelona World Race)
Culottés
Boris Herrmann et Ryan Breymaier, 5e
Temps de parcours : 100j 3h 13min 25sec.
Arrivés dimanche.
Boris Herrman (l'Allemand) et Ryan Breymaier (l'Américain) sont jeunes et, si le premier a remporté la Portimao Global Ocean Race en 2009 et le second compte dans l'équipe technique de Roland Jourdain, on ne sait guère comment coter cet équipage... Qui navigue sur l'ex Veolia, plutôt obsolète, de Jourdain. Pourtant, le duo a prouvé qu'il en avait sous le pied !
Leurs plus gros coups
Le rythme. Malgré un bateau jugé moins performant, l'équipage se jette dans la Barcelona World Race avec ferveur et sans complexe... Et ne prend pas de temps pour se mettre dans le rythme. Le duo germano-américain s'avère d'un genre discret, mais efficace.
Le match avec Mirabaud. Dans l'Indien, Herrmann et Breymaier ont le culot de suivre Wavre et Paret (Mirabaud) dans leurs belles plongées Sud et les remontent gentiment... Après une navigation à vue, version match-race, dans des conditions dégueulasses, les deux garçons ont le cran de lâcher un ris et les chevaux qui vont avec... et s'envolent.
La 4e place. En ne s'arrêtant pas en Nouvelle-Zélande, comme leurs prédécesseurs Estrella Damm et Groupe Bel, les deux skippers prennent la 4e place pour tout un océan.
Ce qui leur a manqué
De la quille. Peu avant son passage du Horn, l'équipage constate que son vérin de quille commence à donner des signes de faiblesse... Bientôt, il n'est plus possible d'utiliser que 70% de son potentiel et certaines allures deviennent compliquées ; Estrella Damm qui cravache derrière n'a pas de mal à le passer, lors de la remontée de l'Atlantique.
Leur phrase
<Le fait de constater que l'on pouvait quand même basculer la quille jusqu'à 75% de son potentiel, ou quelque chose comme ça, nous est apparu, non pas comme un miracle, mais comme une sacrée chance, malgré tout. Cet incident et sa conclusion nous ont vraiment motivés pour continuer et voir comment on pouvait s'adapter à cette situation.> (Ryan Breymaier)
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Sont encore attendus à Barcelone : Dee Cafari et Anna Corbella (Gaes Centros Auditivos), Wouter Verbraak et Andy Meiklejohn (Hugo Boss), Gérard Marin et Ludovic Aglaor (Forum Maritim Catala), Jaume Mumbru et Cali Sanmarti (We are water), Juan Merediz et Fran Palacio (Central Lechera Asturiana).
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08/04/2011 - 09:02
Rivero et Piris (Renault Z.E.) complètent le podium !
C’est vendredi matin que Pachi Rivero et Antonio Piris ont complété le podium de la 2e Barcelona World Race. A bord de Renault Z.E. (ex-Gitana Eighty de Loïck Peyron), les deux Espagnols ont bouclé leur tour du monde en double en 97 jours 18 heures, derrière Dic-Peyron et Martineez-Fernandez.
05/04/2011 - 13:52
Martinez et Fernandez, splendides deuxièmes !
A 11h17, Iker Martinez et Xabi Fernandez (Mapfre) ont franchi la ligne d’arrivée de la Barcelona World Race, moins d’une journée derrière Dick et Peyron et dans une pétole toute aussi collante.
04/04/2011 - 22:24
Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron : la victoire de deux grands champions !
Après 93 jours 22 heures et 20 minutes de course (12,9 noeuds de moyenne réelle), Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron (Virbac-Paprec 3) ont remporté lundi midi la deuxième édition de la Barcelona World Race. Jean-Pierre Dick signe ainsi un joli doublé après sa victoire avec l'Irlandais Damian Foxall en 2008. A peine le temps de souffler pour Loïck Peyron. Son frère Bruno et l'équipe d'Energy Team l'attendent avec impatience. La conquête de la Coupe de l'America est déjà là, avec un premier grand challenge à relever : trouver le financement dans les prochaines semaines !
04/04/2011 - 20:43
Victoire de Dick et Peyron : «A chaque fois, le timing était bon»
Lundi 4 avril à 12h20 (heure française), Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron ont remporté la 2e édition de la Barcelona World Race en 93 jours 22 heures 20 minutes et 36 secondes. Réactions à chaud de Jean-Pierre Dick.
04/04/2011 - 12:22
Dick et Peyron vainqueurs en 93 jours !
A Barcelone en ce lundi 4 avril à 12 heures 20, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron (Virbac-Paprec 3) ont remporté la 2e Barcelona World Race en 93 jours, malgré deux arrêts au Brésil et en Nouvelle-Zélande. Le 2e, Mafre (Iker Martinez-Xabi Fernandez), est 200 milles derrière.
Vos commentaires
Joli panorama des équipes arrivées à ce jour.Beau coup de l'Espagne ,pays après tout bordé comme la France au 4/5ème de côtes.L'auteur est encore au top de l'information sur les parcours de tous ces coureurs .Bravo!
Un bon article, il est cependant regrettable que celui ci ne souligne que les conditions financières pour expliquer les résultat des équipages espagnoles. Après de bon résultat en série olympique (tornado, 49er...), une présence sur les deux dernières volvo, et le développement du inshore avec la participation au Audi MedCup, il semble normalement que le développement de la voile en Espagne touche l'IMOCA. Deplus je pense que la voile espagnol a bénificiée des même apports que le reste du sport en Espagne, et que l'éclosion des marins s'inscrit dans celles des footballeurs, basketteurs et autres tennismen.
Moui. Pour ce qui concerne la Barcelona World Race, l'aspect financier - et notamment une certaine forme de "défiscalisation" - explique le nombre d'engagés espagnols (y compris la présence de Jean Le Cam !), et donc, presque statistiquement (et sans vouloir leur retirer le moindre mérite) leurs résultats à l'arrivée. Question à mon avis cruciale : y aura-t-il une 3e édition de la Barcelona ? Dans les mêmes conditions ? Avec le même plateau ? J'en doute. Mais je souhaite avoir tort. Yen'