Actualité à la Hune

Barcelona World Race 2014-15

Jean Le Cam : «Bernard et moi, nous sommes issus de la même filière»

  • Publié le : 23/12/2014 - 00:01

Cheminées Poujoulat, plan FarrS’ils n’auront eu que peu de temps pour préparer ce plan Farr récupéré cet été à la sortie du chantier de transformation qui avait été initié pour Jörg Riechers, les deux skippers savent qu’ils ont entre les mains un bateau bien né, qui a évolué avec la jauge.Photo @ Thierry Martinez Sea & Co

Le 31 décembre, Jean Le Cam prendra le départ de la Barcelona World Race aux côtés de Bernard Stamm, à bord de Cheminées Poujoulat. L’occasion pour le marin breton de terminer ce tour du monde en double qu’il avait dû interrompre lors de la dernière édition, suite au démâtage de son monocoque Président. A eux deux, Jean et Bernard cumulent une sacrée expérience, qui les place parmi les favoris de la course. Interview.  

 

Jean Le CamLe «Roi Jean» possède une grande expérience du large… et de la victoire. Il a bouclé deux Vendée Globe (sur trois participations) et fait partie du club restreint de ceux qui ont gagné trois fois la Solitaire du Figaro. Un co-skipper de luxe, pour le non moins expérimenté Bernard Stamm.Photo @ Jacques Vapillon Sea & Cov&v.com : Jean, comment et quand as-tu été invité à participer à la Barcelona aux côtés de Bernard ?
Jean Le Cam :
Bernard avait cette course dans son programme, mais il n’avait plus de bateau et moi, je n’avais pas de bateau non plus. Il s’est trouvé qu’à un moment, il y a un bateau qui s’est retrouvé sur le marché, du coup on s’est associé pour faire cette course.

 

v&v.com : Tu avais pris le départ de l’édition précédente et tu avais démâté assez rapidement. C’était important pour toi de boucler la boucle ?
J.L.C. : Oui, parce que c’est une course que j’aime bien. Un tour du monde en double, c’est quelque chose que je ne connaissais pas – et que je ne connais toujours pas, puisqu’on s’est arrêté au Cap Vert la dernière fois. Donc l’idée, c’était d’aller plus loin !

 

v&v.com : Vous avez récupéré l’ex-Foncia assez tard et plus ou moins en pièces détachées. Est-ce que vous êtes contents de la machine que vous avez entre les mains aujourd’hui ?
J.L.C. : Oui, c’est un bon bateau et un bateau qui est bien né à l’origine. Il a été construit chez CDK pour Michel Desjoyeaux à l’époque et du coup, on hérite un peu de ses compétences. Avec les améliorations qu’on y a apportées, au final on arrive à faire un bateau qui est correct.

 

v&v.com : Récemment, Jörg y avait fait greffer une nouvelle étrave plus puissante...
J.L.C. : Oui, le gestionnaire du projet Mare avait changé l’étrave du bateau. Ils ont découpé le fond de coque à l’avant et remplacé l’étrave d’origine par une étrave un peu plus volumineuse.

 

v&v.com : Et vous avez déjà pu entrevoir ses performances en entrainement ?
J.L.C. : On va dire que ça ne peut pas faire de mal ! On ne s’est pas beaucoup comparé aux autres, parce qu’on n’a pas eu beaucoup de temps, mais on est sûr que c’est une amélioration certaine.

 

v&v.com : Quel a été votre apport à vous, Bernard et toi ?
J.L.C. : On a changé les safrans, on a mis des hooks dans le mât, on a fait pas mal de petites améliorations.

 

Le Cam – Stamm, duo BWRA la fois autonomes et complémentaires, Jean Le Cam et Bernard Stamm partagent la même culture du large et la même envie de donner le meilleur pour gagner. Photo @ Jacques Vapillon Sea & Co

v&v.com : Sur le plan de navigation, avec Bernard, vous êtes très différents dans vos approches ?
J.L.C. : On est tous les deux issus de la même filière – en gros, le Vendée Globe – même si on a tous les deux des parcours différents. Ça fonctionne très bien. Bernard est peut-être un peu plus impulsif, moi un peu plus raisonné. Et puis Bernard est très fort en informatique, moi je suis plus sur le gréement, sur les voiles, sur les réglages, il y a une vraie complémentarité qui est super.

 

v&v.com : Bernard me disait que vous étiez tous les deux capables de tout faire. Mais si vous n’êtes pas d’accord sur une option ou la façon de faire une manœuvre, qui a le dernier mot ?
J.L.C. : Sur une manœuvre de toute façon on s’entend, on est là pour être efficace, on n’est pas là pour dire un tel ou un tel a raison, il faut que la manœuvre se fasse le mieux possible, donc après on en discute et on apporte des améliorations. On a chacun sa façon de faire, mais il y en a, de temps en temps, qui sont bonnes à changer – pour l’un comme pour l’autre – pour arriver à un optimum.

 

v&v.com : Vous en discutez, vous confrontez vos méthodes ?
J.L.C. : Ah oui, tout le temps. Le double, pour ça, c’est très enrichissant.

 

v&v.com : Un mot sur le plateau : vous vous situez comment par rapport aux autres concurrents ?
J.L.C. : Ce sont les autres qui nous situent ! Nous, on a deux gros concurrents : Hugo Boss et Neutrogena. Et il y a GAES, derrière. Ce sont des équipages qui sont beaucoup plus internationaux que ce qu’on connaît en France, où tout le monde se connaît. Là, sur Hugo Boss, il y a Pepe Ribes qui est super bon, Guillermo Altadill sur Neutrogena… Il y a un certain nombre de skippers qui ne sont peut-être pas très connus chez nous, mais qui le sont au niveau international.

 

v&v.com : On a vu que les portes des glaces avaient été très critiquées la dernière fois, notamment par Loïck Peyron. Est-ce que le choix de les remplacer par des zones d’exclusion te paraît une bonne chose ?
J.L.C. : Oui, ça paraît plus logique, je pense que c’est une bonne chose.

 

v&v.com : Et l’abandon du passage par le détroit de Cook ?
J.L.C. : Moi j’aurais bien aimé passer par le détroit de Cook, mais voilà le parcours est comme ça, alors disons qu’on mettra moins de temps. C’était l’occasion de découvrir un parcours un peu différent, là c’est quasiment le parcours du Vendée Globe.

 

v&v.com : Vous avez tablé sur un tour en combien de jours ?
J.L.C. : Le dernier record, c’était 92 jours, je crois. Ça va dépendre essentiellement de la sortie de la Méditerranée et l’entrée dans la Méditerranée. Mais je ne sais pas – on verra à la fin !

 

v&v.com : Le Vendée Globe 2016, ça se précise un peu pour toi ?
J.L.C. : Si je trouve un partenaire, je serai peut-être au départ, sinon ce sera difficile.

 

v&v.com : Et pour l’instant, pas de nouveau de ce côté-là ?
J.L.C. : Non.

 

 

………..
Jean Le Cam en quelques dates
1959 : Naissance à Quimper.

1982 : Record de l’Atlantique sur Jet Services II avec Patrick Morvan.
1984 : Vainqueur Route de la Découverte avec Philippe Poupon.
1994 : Vainqueur Transat AG2R avec Roland Jourdain.
1994, 1996 et 1999 : Vainqueur de la Solitaire du Figaro.
2005 : 2e au Vendée Globe sur Bonduelle.
2006 : 2e à la Route du Rhum sur VM Matériaux.
2008 : Participation au Vendée Globe 2008-09. Chavirage au large du Cap Horn.
2010 : Participation à la Barcelona World Race avec Bruno Garcia. Abandon après démâtage au large du Cap Vert.

2013 : 5e au Vendée Globe sur Synerciel. Vainqueur Transat Jacques Vabre avec Vincent Riou sur PRB.