En faisant le tour de l'anticyclone de Sainte-Hélène par l'ouest, les deux favoris ont mis moins d'une semaine pour reprendre les commandes de la Barcelona World Race après leur escale à Recife. A l'entrée des Quarantièmes Rugissants, le duel continue entre Desjoyeaux/Gabart d'un côté et Dick/Peyron de l'autre. Et ça ne mollit pas : Virbac-Paprec 3 vient de battre le record de la distance parcourue en 24 heures sur un 60' IMOCA avec 516 milles - soit 21,5 noeuds de moyenne !
Note :
Classement du samedi 22 janvier 2011 à 15 h (J+22) :
1. Michel Desjoyeaux / François Gabart (Foncia) à 19 584 milles de l'arrivée
2. Jean-Pierre Dick / Loïck Peyron (Virbac-Paprec 3) à 19,7 milles du leader
3. Alex Pella / Pepe Ribes (Estrella Damm) à 357,3 milles du leader.
Non ! Foncia et Virbac-Paprec 3 n'ont pas de la chance dans leur malheur et ne sont pas partis à l'ouest contraints et forcés par leur escale à Recife, comme certains le laissent entendre. Hier vendredi, lors d'une vacation spéciale avec son ami Jean Le Cam (qui a abandonné le 12 janvier pour démâtage), Michel Desjoyeaux remettait les pendules à l'heure : < C'était déjà la route qui était prévue quand nous avons passé l'équateur. Donc, arrêt ou pas, je pense que l'on serait passé par là. > Et pan ! Dans les dents de tous ceux qui se sont fait piéger à l'Est par l'anticyclone de Sainte-Hélène.
Samedi 15 janvier : alors que Foncia et Virbac-Paprec 3 s'apprêtent à repartir, rien n'empêche les nouveaux leaders de poursuivre leur route au sud-ouest. Mais Estrella Damm oblique d'un coup sa route au sud-sud-est.
Photo © Barcelona World Race
< L'option Ouest était évidente ! >
Une analyse que confirme d'ailleurs le célèbre routeur météo Jean-Yves Bernot. <Pour moi, l'option ouest était évidente ! Dans les schémas classiques qu'on connaît dans l'Atlantique, c'était un schéma de route ouest, à la recherche d'une dépression qui allait se former vers le Brésil. C'était une situation claire. En plus, avec l'histoire des inondations et des glissements de terrain au Brésil, cela signifie qu'une dépression se forme. Je pense qu'ils (les partisans de la voie Est, ndlr) n'ont pas pris assez de recul. C'est toujours pareil, quand tu es en paquet, tu n'oses pas te décaler. T'as toujours peur que les suivants te fassent l'intérieur du virage...>
Mardi 18 janvier : plus de 600 milles d'écart latéral entre le leader, Estrella Damm, à l'est, et Foncia à l'extrême ouest qui, en 8e position, compte alors 347 milles de retard.
Photo © Barcelona World Race
Pour Alex Pella et Pepe Ribes (Estrella Damm), se retrouver soudainement en tête leur a rajouté une pression supplémentaire. Pas facile alors de mettre le cap à 90° de la route comme le raconte Michel Desjoyeaux. <Quand tu te retrouves à empanner et à faire route au 250° sur les côtes brésiliennes, alors que la maison est de l'autre côté, tu te demandes si c'est normal ce que tu fais ! Et puis tu regardes les cartes (météo, ndlr) et là tu te dis "il n'y a pas le choix, il faut y aller" ! >
Oui mais voilà ! Hormis les champions olympiques Iker Martinez et Xabi Fernandez (Mapfre), les autres n'y sont pas allés justement ! <Mapfre a plutôt bien joué, poursuit Bernot. Je suis admiratif. Ils sont partis vers l'ouest au bon moment. Après c'eut été trop tard. Pour faire un mouvement stratégique, il faut avoir de la vitesse. L'erreur que font souvent les marins, c'est d'attendre que ça mollisse pour bouger. Mais une fois que ça a molli, tu ne bouges plus. On ne fait pas de stratégie à vitesse nulle ! C'est une règle de base qu'on oublie un peu vite...>
Plus de 500 milles d'écart en trois jours !
Et c'est à vitesse plus que réduite (60 milles en 24h soit moins de 3 noeuds de moyenne !) que le peloton a vu les deux favoris faire le grand tour de la paroisse à plus de 15 noeuds de moyenne... Samedi 15 janvier, lorsqu'ils sont repartis de Recife après 18h (Foncia) et 15h (Virbac-Paprec 3) d'escale, les deux anciens leaders comptaient respectivement 200 et 272 milles de retard, en 5e et 6e position. Mardi 18 à 15h, Michel Desjoyeaux et François Gabart, dégringolaient à la 8e place avec 347 milles de débours (Virbac-Paprec 3 était alors en mode furtif, et donc non classé). Mais ces trois derniers jours, Foncia et Virbac-Paprec 3 ont collé plus de 500 milles au reste de la flotte ! Et cela risque encore de s'aggraver tout le week-end... A plus de 20 noeuds de vitesse moyenne, le quatuor de tête, Desjoyeaux/Gabart et Dick/Peyron, a enclenché vendredi la surmultiplié et filait deux fois plus vite que le reste de la troupe. Et, en ce samedi 22 janvier au matin, Dick et Peyron battaient le record de la distance parcourue en 60 pieds IMOCA avec... 516 milles, soit 21,5 noeuds de moyenne !
De chaque côté de l'anticyclone
Propulsés par un thalweg dépressionnaire au sud de l'anticyclone de Sainte-Hélène, les deux leaders bénéficiaient d'un fort flux de nord-ouest d'une trentaine de noeuds quand le peloton, toujours au nord de l'anticyclone, se contente de moitié moins de vent de nord-est... A ce train, les écarts pourraient rapidement dépasser les 500 milles avec le quatrième. La seule "chance" des poursuivants s'appelle finalement l'île de Gough. Cette nouvelle marque de parcours, imposée par la direction de course le 11 janvier pour éviter une zone d'icebergs en Atlantique Sud, pourrait empêcher le duo de tête de filer avec sa dépression actuelle. Les écarts pourraient alors jouer à l'élastique sans pour autant permettre au gros de la flotte de revenir titiller les premiers.
Les meilleurs sont toujours devant !
A l'entrée des Quarantièmes Rugissants, le mano a mano se poursuit donc entre les tandems Desjoyeaux/Gabart et Dick/Peyron. Et sauf avarie, ce duel a de grande chance de se poursuivre pendant toute la traversée des mers du sud. Actuellement cinquièmes, les médaillés espagnols Martinez/Fernandez, les seuls à avoir contourné également par l'ouest l'anticyclone de Sainte-Hélène, devraient rapidement s'emparer de la troisième place. On retrouve donc à nouveau les favoris aux avant-postes. Mistoufle en Méditerranée et escale technique pour réparer n'y font rien. Les meilleurs sont toujours devant ! Et malgré leurs nombreux soucis techniques sur la Route du Rhum et en ce début de Barcelona World Race, les deux derniers-nés de la classe Imoca (deux plans VPLP-Verdier faut-il le rappeler) sont clairement aussi à l'aise dans les petits airs méditerranéens que dans les dépressions du Grand Sud. On peut se poser des questions en revanche sur les possibles avaries (ou état de fraîcheur des marins) de deux équipages pourtant expérimentés qui peinent dans cette descente de l'Atlantique. Groupe Bel (Pavant/Audigane) et Mirabaud (Wavre/Paret) surprennent par leurs mauvaises options stratégiques. Est-ce lié à un problème à bord comme la perte d'une voile essentielle aux allures portantes ? En tout cas, les occasions de revenir sur les leaders ne vont pas se multiplier.... Surtout avec d'aussi redoutables duos que sont Desjoyeaux/Gabart et Dick/Peyron. Le bras de fer continue...
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17/01/2011 - 00:03
Jean-Pierre Dick : «Mon préparateur mental m’apporte énormément»
Quel que soit leur domaine, nombre de sportifs de haut niveau font appel à la préparation mentale. Le skipper de Virbac-Paprec 3, Jean-Pierre Dick, de formation vétérinaire et HEC, ancien dirigeant d’entreprise, venu sur le tard à la voile professionnelle, s’est entouré d’un des meilleurs spécialistes qui soit, Jean-Marc Lhabouz. Rencontre et interview croisée sur les pontons 48 heures avant le départ de la Barcelona World Race.
14/01/2011 - 04:00
Sale temps pour Foncia et Virbac
Abandon de Le Cam et Garcia (Président), escale technique au Brésil pour Desjoyeaux et Gabart (Foncia), pas de retour en mer pour l'Anglais Thomson, changement de podium... Et une nouvelle avarie qui frappe cette fois-ci les leaders, Dick et Peyron (Virbac-Paprec 3) et les force eux aussi à faire escale ! La deuxième semaine de la Barcelona World Race a été plus que chargée ! Autant dire que le classement ne tient plus qu'à un fil et que le suspens est relancé, en amont d'un anticyclone de Sainte-Hélène pas facile à anticiper...
12/01/2011 - 16:02
Gros plan sur l’étrave de Foncia
Voilà la crash-box de Foncia qui a sans doute souffert dans un choc avec un OFNI, dimanche dernier. Elle a rempli son rôle de fusible et la peau de carbone, elle, a disparu. Desjoyeaux et Gabart devraient perdre une vingtaine d’heures lors de la réparation de leur 60 pieds au Brésil.
12/01/2011 - 00:11
Michel Desjoyeaux : «Nous avons embarqué un spi sur enrouleur !»
Et si ce fameux spi sur enrouleur était la nouvelle arme absolue et une de ces innovations dont il a le secret ! Quelques heures avant de quitter Barcelone pour un nouveau tour du monde, cette fois en double avec de François Gabart, Michel Desjoyeaux, malgré les nombreuses sollicitations, prend le temps qu’il faut. Comme à son habitude, il adore dévoiler quelques petites surprises – un spi sur enrouleur, par exemple. Interview réalisée le 30 décembre dernier à la nuit tombante, tranquillement installés sur un sac à voile (de convoyage, rassurez-vous !) à deux pas de Foncia.
11/01/2011 - 10:14
Avaries pour Président et Foncia
Les premières casses ont survenu sur la Barcelona World Race, alors que la flotte surfe dans les alizés : Le Cam et Garcia (Président) ont démâté ; Desjoyeaux et Gabart (Foncia) sont contraints à une escale technique au Brésil.
Vos commentaires
Très bien .Bel exposé sur les options météo et états d'âme .