Les premiers abordent l'océan Indien dans la Barcelona World Race, course décapitée depuis l'abandon de Michel Desjoyeaux et François Gabart puisque Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron (Virbac-Paprec 3) mènent désormais avec 593 milles d'avance. Les deuxièmes sont en approche de l'équateur, Pascal Bidégorry et l'équipage de Banque Populaire V dont l'avance sur le temps de référence du Trophée Jules Verne est en chute libre dans le Pot-au-Noir. Le troisième, Thomas Coville sur Sodeb'O, toujours à Brest, devrait partir samedi, afin de tenter d'accrocher le record du tour du monde en solitaire. Le tout affiche une activité intense autour du globe... chacun avec sa problématique météo.
Note :
Dans les calmes et sous le ciel bleu de l'anticyclone, Michel Desjoyeaux et François Gabart (ici en tête du mât cassé) en profitent pour mettre de l'ordre et renforcer le gréement blessé de Foncia, en route pour Capetown après son abandon.
Photo © Michel Desjoyeaux (Foncia)
Sans mélanger course et record dont les problématiques sont bien différentes puisque dans le premier cas, il s'agit d'arriver premier et peu importe en combien de temps, les tours du monde en cours ont pour point commun de jouer avec les systèmes météo du globe. Examinons ces problèmes dans l'ordre géographique. Cela donne quelques indications sur la tendance de ce que les suivants pourraient éventuellement trouver...
Classement du vendredi 28 janvier à 10h00 UTC
1. Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron (Virbac Paprec 3) à 17 871,5 milles de l'arrivée.
2. Iker Martínez et Xabi Fernández (Mapfre) à 593,7 milles.
3. Alex Pella et Pepe Ribes (Estrella Damm) à 756,8 milles du leader.
Ce jeudi 27 janvier à 01h35 UTC, les leaders Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron sur Virbac-Paprec 3 ont franchi la longitude du cap de Bonne-Espérance et ils sont entrés dans l'océan Indien, bien seuls depuis l'abandon de Foncia. Celui-ci n'en finit pas de susciter moult commentaires sur Michel Desjoyeaux - désolés ou critiques, certains s'étonnant même que le solitaire le plus titré de l'Histoire puisse être aussi un homme comme l'ont confirmé les vacations de ce mercredi et de ce jeudi -, Mich' Desj' dont l'année n'aura décidément pas été bonne, malgré un programme annoncé en fanfare. Dommage aussi pour François Gabart qui ne bénéficiera pas d'un premier passage dans les mers du Sud aux côtés du maître, ce qui aurait été fort précieux pour son prochain Vendée Globe.
Pour ce vendredi 28 janvier à 12h00 UTC, le modèle européen le montre un anticyclone de Sainte-Hélène qui s'étend en travers de tout l'Atlantique Sud, de Rio de Janeiro à Capetown ! L'étiquette des données en haut à droite concerne le point des coordonnées en haut à gauche.
Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis)
Dick et Peyron ont aussi franchi la deuxième porte imposée par la direction de la Barcelona World Race, due à la concentration d'icebergs au Sud du 42°S, sous l'Afrique du Sud et dans les parages des archipels de Crozet, Amsterdam et Kerguelen. Mercredi 26 à midi - au grand dam de certains, dont Jean-Pierre Dick qui déplorait que la position connue des icebergs ne soit pas mieux exploitée - deux autres portes ont été imposées aux skippers : la porte Crozet (par 42° S entre 52° E et 57° E) et la porte Amsterdam (par 42° S entre 78° E et 83° E). Ce tour du monde ne va donc pas ressembler aux précédents car les voiliers de la Barcelona ne pourront pas passer sous l'archipel de Kerguelen, avant de devoir respecter la barrière de sécurité imposée par les services australiens. Avec ces deux nouvelles portes, le parcours est ainsi rallongé d'un peu plus de 200 milles.
Mais c'est surtout la stratégie et la tactique qui vont s'en trouver singulièrement bridées puisqu'il sera peu rentable de descendre sous le 44ème parallèle, les anciens tronçons d'orthodromie devenant de fait des rallonges par rapport aux portes situées au Nord. Celles-ci ont donc l'avantage de préserver des dangers bien réels des glaces dérivantes, en particulier des growlers qui ne peuvent pas être détectés avec fiabilité. Dans le cas de la perturbation à venir, elles auront aussi l'intérêt - dans un premier temps (ce samedi 29) -, de préserver la flotte des vents les plus forts.
Samedi 29 janvier à 12h00 UTC, une dépression musclée atteindra la longitude du cap de Bonne-Espérance. Mais elle ne devrait pas affecter pas trop durement la flotte de la Barcelona au Nord de 43° S. L'étiquette des données en haut à droite concerne le point des coordonnées en haut à gauche.
Photo © Navimail/Météo-France (Olivier Chapuis)
Cependant, elles auront aussi l'inconvénient de ne pas laisser les coureurs libres de leurs trajectoires. Cela peut devenir problématique voire dangereux dans certaines configurations isobariques mal anticipées par les navigateurs ou mal prévues par les modèles numériques de prévision. En réalité, le véritable problème sera d'éviter les cellules anticycloniques et leurs calmes car dès dimanche, la dépression va plonger sur le 55ème parallèle (par 30° E) tandis qu'un anticyclone grossit par 40° S et 80° E. Les calmes menacent d'autant plus que lundi 31 janvier, les modèles prévoient la jonction entre l'anticyclone du Sud de l'Afrique et celui au coeur de l'océan Indien, la pétole s'étendant alors dans les Quarantièmes pas rugissants du tout... où la vitesse promet de jolis yo-yo.
Après le passage de la dépression ce samedi, cela permettra au moins à Kito de Pavant d'achever de se remettre. On a appris ce jeudi qu'il était tombé dans la soute à voiles de Groupe Bel avant le Pot-au-Noir et qu'il s'était ainsi fêlé deux côtes. Cela lui a valu deux semaines très douloureuses et des manoeuvres en solitaire pour Sébastien Audigane. Heureusement que ce dernier est un colosse, du genre qu'on aime avoir à bord. Ça tombe bien (sans mauvais jeu de mot pour Kito) !
Temps de référence à battre : 48 jours, 7 heures, 44 minutes et 52 secondes (soit 18,76 noeuds sur les 21 760 milles de la route théorique), record établi du 31 janvier au 20 mars 2010 par Franck Cammas et l'équipage de Groupama 3.
Avance sur le record le jeudi 27 janvier à 16h00 (heure française) au 5ème jour de la tentative : 62,4 milles (en forte baisse ! Elle n'était plus que de 27 milles à 18h00 UTC).
À l'approche de l'équateur, le Pot-au-Noir - attaqué sur le 30ème méridien W -, fait fondre l'avance sur Groupama 3 de Pascal Bidégorry et ses treize équipiers de Banque populaire V, depuis jeudi 27 au matin. Cette journée de jeudi a été très éprouvante. À la vacation de midi, il restait 120 milles pour en sortir... mais la vitesse tombait entre 3 et 5 noeuds au moment de celle-ci. Si les cumulonimbus étaient bien là, ainsi que la pluie, les grains de vent étaient absents.
À l'approche de l'équateur, le Pot-au-Noir - attaqué sur le 30ème méridien W -, fait fondre l'avance de Banque populaire V sur Groupama 3 depuis jeudi 27 au matin. Cette journée de jeudi a été très éprouvante. À la vacation de midi, il restait 120 milles pour en sortir...
Photo © Banque Populaire
Au vu de la position à 16 heures (heure française) ce jeudi, l'équateur devrait vraisemblablement être franchi dans la nuit de jeudi à vendredi, voire vendredi matin, et le temps de référence établi par Groupama 3 en 5 jours, 19 heures et 7 minutes, le 6 février 2010, sera difficile à battre (même si ce n'est pas impossible : au vu des données de 15h00 UTC, il fallait assurer près de 14 noeuds de moyenne, ce qui est ridicule pour ce bateau... à condition qu'un peu de vent rentre ; au même moment du record, Groupama 3 était à 30 milles de la sortie du Pot-au-Noir par 4° N, même s'il devait encore rencontrer une ligne de cumulonimbus sur le 2ème parallèle).
Mise à jour le vendredi 28 janvier à 09h40 : j'avais oublié le temps de référence établi par Groupama 3 le 11 novembre 2009 lors de sa tentative avortée : ces 5 jours, 15 heures et 23 minutes ne sont pas battus par Banque populaire qui a franchi l'équateur ce vendredi 28 janvier à 05h56 (heure française), après 5 jours, 17 heures, 44 minutes et 15 secondes, soit le deuxième chrono sur Ouessant/équateur.
Entre le Cap Vert et l'entrée dans cette zone de convergence intertropicale, le vent avait été plutôt mieux établi que ne le laissaient croire les modèles numériques de prévision. Cela a permis de rester en avance (celle-ci était encore de plus de 200 milles au matin de jeudi), laquelle avait oscillé autour de 250 milles dans les jours précédents. Compte tenu des différences de potentiel des deux trimarans (Groupama 3 ne mesure < que > 31,50 mètres), c'est relativement peu. Mais correct si l'on considère les difficultés de la fenêtre utilisée, le passage du cap Finisterre ayant été musclé - comme prévu - en guise de mise en coques...
Mardi 25 janvier, le sillage du plus grand trimaran de course du monde en dit long sur le potentiel de cette extraordinaire machine à fabriquer du vent... dans un alizé un peu désordonné sous un ciel couvert mais plutôt mieux établi que sur les modèles.
Photo © Bpce
Enfin, comme on l'a vu à propos de la Barcelona World Race (voir ci-dessus) et comme cela était déjà visible la semaine dernière l'anticyclone de Sainte-Hélène s'annonce costaud et très étendu et il semblerait que son contournement par l'Ouest, le long du Brésil, soit l'option retenue pour l'instant par Pascal Bidégorry, Juan Vila (navigateur) et Marcel Van Triest (routeur). À moins qu'un trou de souris ne se dessine et que le gros chat bleu ne décide de couper le fromage...
La carte preiso pour samedi 29 janvier à 00h00 UTC sur la base du réseau de jeudi 27 même heure, montre l'anticyclone qui s'étend du coeur de l'Atlantique jusqu'aux îles Britanniques en passant par les Açores. Sur son flanc oriental, un vent favorable devrait conduire Coville jusqu'à l'alizé.
Photo © Météo-France
Record du tour du monde en solitaire
Temps de référence à battre : 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes (soit 15,84 noeuds sur les 21 769 milles de la route théorique selon le WSSRC, mais ce calcul est erroné, la moyenne serait de 15,76 noeuds sur 21 769 milles et de 15,75 noeuds sur 21 760 milles), record établi du 23 novembre 2007 au 20 janvier 2008 (heure française) par Francis Joyon à bord d'Idec.
Les samedis se suivent et ne se ressembleront peut-être pas pour Thomas Coville et Sodeb'O qui a annoncé jeudi 27 au matin qu'il larguerait les amarres samedi 29 janvier à 8 heures pour franchir la ligne de départ vers midi (heures françaises). En effet, la situation isobarique est intéressante avec un anticyclone qui s'étendra alors du coeur de l'Atlantique Nord aux îles Britanniques, en passant par les Açores, tandis qu'une dépression s'évacuera sur le fond du golfe de Gascogne et l'Espagne. Cela devrait générer un bon flux de Nord-Est qui pourrait tenir pratiquement jusqu'à ce que l'alizé prenne le relais, relativement Nord et dans une configuration plus favorable que pour la fenêtre empruntée par Pascal Bidégorry.
Coville devait partir samedi 22 janvier mais il n'en a finalement rien fait, ayant décidé au dernier moment de ne pas prendre le même train que Banque populaire V parce que le job aurait été trop risqué en solitaire, là où quatorze hommes sur un bateau huit mètres plus long ont donc vécu quelques heures pénibles au cap Finisterre (40 mètres de coque centrale pour Banque populaire V et 32 mètres pour Sodeb'O). Thomas n'étant à Brest que depuis le 14 janvier, il pouvait se permettre d'être un petit peu plus exigeant que ses collègues, présents depuis deux mois et demi.
Samedi 22 janvier, Thomas Coville était dans l'hélico pour voir partir Pascal Bidégorry et l'équipage de Banque populaire V. Ce samedi 29 janvier, il devrait être sur l'eau.
Photo © Yvan Zedda (Sea & Co / Sodeb'O)
Cela dit, le départ serait < raisonnablement musclé >, ce qui est appréciable à froid, avec vingt à vingt-cinq noeuds de vent réel au portant, et le nombre d'empannages pourrait être limité avant le 30ème parallèle... sous réserve que la zone de basses pressions au Sud-Ouest des Canaries ne stagne pas et ne perturbe ainsi le rétablissement de l'alizé sous l'anticyclone. Cette fenêtre intéressante pourrait alors permettre d'atteindre l'équateur en sept jours environ alors que Francis Joyon avait mis 6 jours, 16 heures et 58 minutes.
Le 17 janvier 2009, Thomas avait mis 2 jours, 7 heures, 13 minutes et 37 secondes de plus que le record de Francis Joyon. En 59 jours, 20 heures, 47 minutes et 43 secondes, Coville avait néanmoins réalisé à l'époque le quatrième meilleur chrono autour de la planète, derrière Joyon et les équipages de Bruno Peyron et de Steve Fossett. Alors qu'il faisait partie de l'équipage détenteur du Trophée Jules Verne sur Groupama 3, Thomas Coville devrait ainsi entamer ce samedi son troisième tour du monde en à peine plus de deux ans !
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Vos commentaires
Merci pour tous les excellents articles météo publiés sur ce site : tempête Xynthia, analyses durant les courses, phénomènes rares, c'est toujhours fouillé et compréhensible à la fois.
Mise à jour ! Banque Pop a franchi l'Équateur à 5h56 ce vendredi matin, après 5j17h44min15s de navigation depuis son départ de Ouessant. Alakaluf
Mise à jour (bis) ! Départ de Brest confirmé pour Thomas Coville, samedi matin 8h. Les modèles sont vraiment bien calés, et apparemment, ce sera viril !
bel article . Merci