Actualité à la Hune

Course au large

Beyou le stakhanoviste

Voilà une semaine, il en terminait avec la Solitaire du Figaro à Dieppe. Her, il a pris le départ du Tour de France à Dunkerque (11e du premier raid au programme) tout en préparant la mise à l’eau de son 60 pieds IMOCA. 2015 ou les douze travaux de Jérémie Beyou !
  • Publié le : 04/07/2015 - 00:01

Jérémie Beyou portraitFigaro Bénéteau, Diam 24, 60 pieds IMOCA : Jérémie Beyou enchaîne les embarquements en cette année 2015.Photo @ Alexis Courcoux

Pourtant tout n’avait pas débuté au mieux. Lors du Spi Ouest-France, un ménisque usé jusqu’à la corde lui faisait subitement défaut. Opération le 28 avril, des semaines de rééducation et voilà le triple vainqueur de la Solitaire du Figaro obligé de revoir sa préparation tout en continuant à afficher son ambition de devenir le premier marin victorieux à quatre reprises.

Au final, une Solitaire loin des objectifs du skipper de Maître Coq« Je n’ai pas pesé sur la course, cela me déçoit un peu, expliquait-il au lendemain de l’arrivée. La Solitaire, c’est comme une bonne recette de cuisine. Être bien préparé ne suffit pas, il faut que tous les ingrédients soient là. La forme athlétique, bien sentir les coups, le petit plus en vitesse… et ça je ne l’ai pas eu tout le temps. Pendant quatre semaines, j’ai arrêté de naviguer pour me concentrer sur mon genou. Quinze jours avant le départ, je marchais encore avec des béquilles. Mentalement c’était bien car je n’ai pas stressé. Mais je n’ai pas pu faire les petits ajustements avec les voiles neuves que tu effectues habituellement deux ou trois semaines avant le départ. Je suis parti en manque de repères fins. Du coup, tu as la tête dans les réglages et tu la sors difficilement car tu ne vas pas vite, tu tâtonnes. Résultat : je suis passé à côté des petits recalages que je sens bien habituellement. »

Dommage pour le vainqueur sortant qui visait, à défaut d’un nouveau sacre, de terminer sur le podium. « Je suis quatrième : objectif non tenu. Quatrième c’est tout de même un bon résultat. Il y a des gars qui ont fait leur carrière là-dessus.  Moi, lors des trois dernières années, je fais 5, 1 et 4.  Les trois devant étaient meilleurs que moi ; c’est logique. »

Maitre  CoQ Solitaire du Figaro 2015À bord de son Figaro Bénéteau, Maître CoQ, Beyou s'est classé quatrième de la Solitaire 2015. Une déception pour le triple vainqueur de l'épreuve.Photo @ Alexis Courcoux

La Solitaire du Figaro-Éric Bompard cachemire 2015 terminée, le Figaro Bénéteau est remisé. Au mieux jusqu’en 2017.
Cap sur Dunkerque où il retrouve son équipage du Diam 24, Maître Coq bien sûr.  « J’enchaîne sur le Tour. J’ai une équipe étoffée (Pierre-François Dargnies, Dimitri Deruelle, Olivier Herledant et Christopher Pratt). Je ne disputerai peut-être pas toutes les étapes. On mettra le meilleur équipage à bord et on a un super barreur avec Dimitri Deruelle, alors autant en profiter."
Et quel intérêt de cette parenthèse Diam 24 pour un garçon qui vise avant tout actuellement les bons résultats en solo ?

« On y va pour se mesurer aux autres, affronter des gens meilleurs que nous dans cet exercice-là. C’est se mettre aussi en danger, comme sur la Solitaire d’ailleurs mais sur un plan différent. Au Figaro, tout le monde veut ta peau ; sur le Tour, nous ferons partie des outsiders. C’est un schéma intéressant. »

Diam 24 Maitre CoqDimitri Deruelle sera à la barre du Diam 24 Maitre Coq, skippé par Beyou, lors du Tour de France à la Voile.Photo @ Didier Ravon

Et pendant qu’il ira croiser le fer le long des côtes de France, son équipe technique peaufinera son monocoque de 60 pieds ! Mise à l’eau prévue fin juillet. Trois supports en un mois et un programme déjà chargé qu’il a décidé d’étoffer.

« Initialement, on avait pas prévu de disputer la Transat Jacques Vabre (départ du Havre le 25 octobre) pour se garder une année de chantier et faire des économies dans le but éventuel d’implanter des foils. Mais finalement on y va ! »

Et avec quel équipier ? « On l’annoncera à la mise à l’eau ! Mais en disputant cette course, l’idée est de se préparer pour le Vendée Globe 2016, de se confronter aux autres bateaux, de tirer des enseignements et de lancer des modifications en fonction de ce que nous constaterons. Parallèlement, nous menons des études sur les foils pour qu’à l’arrivée nous soyons prêt à appuyer sur le bouton en fonction de la géométrie déjà arrêtée et de nous décider si nous les faisons ou pas. »

Mis à l’eau en 2010, Maître Coq, plan VPLP-Verdier, n’a pas été conçu pour être équipé de foils. La tâche s’annonce donc ardue.  « Cela implique des modifications lourdes. Nous avons fait une boucle de charge, cela veut dire réétudier la structure du bateau, le mât, le gréement, la bôme, les winches… tout y passe. Les études sont lourdes et très chères. L’implantation de foils est un gros dossier et en plus il y a tous les dégâts collatéraux possibles. Il ne faudra rien oublier et ne pas se planter pour que la fiabilité demeure avant tout. C’est faisable et devrait permettre de rester dans le coup face aux bateaux neufs. Maintenant, les foils aujourd’hui en traînée c’est pas bien du tout. Le problème n’est pas la puissance développée mais savoir comment les gérer quand tu n’en as pas besoin. On espère avoir la réponse à la fois dans nos études autant que grâce à la Jacques Vabre. »
Le timing de nouveau sera des plus serrés. « On lance la construction des pièces pendant la Transat BtoB (course retour vers la France). Tout doit être prêt quand tu rentres juste avant Noël et là tu prends la tronçonneuse pour découper le bateau. Nouvelle mise à l’eau fin mars. »  Huit mois avant le Vendée Globe. Il n’y aura rien de trop.

 

Retrouvez en vidéo un entraînement musclé à bords du Diam 24 Maître Coq, qui se termine en chavirage.

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