Actualité à la Hune

Tour de france à la voile

Bilan d’un grand tour remporté par FDJ !

Ce 40e Tour de France a été formidablement disputé et indécis jusqu’aux deux dernières journées, trois leaders se succédant de Dunkerque à Nice durant les trois semaines de course : Team SFS, Trésors de Tahiti et Fondation FDJ Des pieds et des Mains. C’est ce dernier mené par Damien Seguin et Damien Iehl, qui grâce à une ultime semaine tout en maîtrise, s’est logiquement imposé avant même la super-finale courue ce samedi. Bilan thématique de cette belle 40e édition.
  • Publié le : 29/07/2017 - 23:57

Super finaleLes quatre premiers bateaux sortis des qualifications dans chacun des deux groupes ont eu accès aux finales… Photo @ Jean-Marie Liot/ASO

Une super-finale folle, folle, folle

La super-finale disputée à Nice par les huit premiers du classement dans une bonne quinzaine de nœuds est à l’image de ce TFV : folle ! Cinq bateaux peuvent encore accrocher les places de second et troisième. Mais dès le départ, Team SFS perd toute chance de monter sur le podium en écopant d’un « black flag » pour être parti une seconde trop tôt. Déjà assuré depuis la veille de remporter ce 40e Tour, Fondation FDJ Des pieds et des Mains a décidé de parfaire son triomphe, ce qu’il réalise avec brio en s’imposant de deux petites secondes face à Beijaflore. Grâce à cette seconde place, Valentin Bellet, Guillaume Pirouelle et le Néo-Zélandais Jason Saunders (5e et 4e aux JO de Londres et Rio) arrachent la troisième place au classement général pour un point devant Team SFS. Enfin, Trésors de Tahiti, pourtant pénalisé au départ, effectue un incroyable retour lui permettant de se hisser à la seconde place au classement final. Quel match !

FDJC’est clairement la régularité qui a payé cette année et FDJ l’a confirmé ! Photo @ Jean-Marie Liot/ASO

Deux grands Damien !

Toujours placé lors des régates d’avant saison, les autres favoris n’avaient pas vraiment tort de se méfier de cet équipage éclectique au riche palmarès mené par les deux Damien - Seguin (double médaillé d’or paralympique) et Iehl (déjà triple vainqueur du TFV) - composé des brillants François Morvan Benjamin Amiot et Matthieu Bourdais… et dont la team manager n’est autre que Tiffen Seguin, la femme de Damien. Les habitués du TFV n’ont cessé de rabâcher à juste titre que la victoire se jouerait sur la régularité. Fondation FDJ Des pieds et des Mains en a fait l’éclatante démonstration. Sur 17 manches, il n’a jamais terminé au-delà de la 11e place quand ses adversaires traînaient tous au moins une « bâche », et a effectué une troisième semaine éblouissante (3 ; 1 ; 6 ; 4 ; 2 ; 3 ; 3 ; 1). On peut ajouter que FDJ est le seul des 29 concurrents à s’être qualifié pour toutes les super-finales, profitant aussi du démâtage de Team SFS, puis de la journée « noire » de Trésors de Tahiti lors des stadiums au Grau du Roi-Port Camargue (26e), et enfin du raid annulé à Marseille pour cause de fort mistral ! Mais lors des stadiums, le lendemain au Roucas-Blanc, Seguin, Iehl et Amiot ont été les seuls des trois leaders à se qualifier pour la super-finale remportée par Beijaflore (Valentin Bellet) impérial dans le vent médium haut de rang. Pour Thierry Poirey, coach de Damien Seguin depuis 2010, mais qui sur le TFV était arbitre et ne travaillait donc pas pour son champion, «la valeur ajoutée de FDJ c’est d’abord leur grande régularité, une très bonne communication à bord et cette capacité à gérer la pression. Contrairement à leurs adversaires qui se sont tiré une balle dans le pied, eux ont parfaitement négocié la prise de risque, notamment sur la fin.» Seizième en 2015, dix-septième en 2016, Fondation FDJ Des pieds et des Mains, qui prône la mixité handi-valide visait un top 5 cette année…

SFSHyperrapide, impeccable tactiquement, Team SFS avait… presque tout pour gagner ce 40e TFV. Photo @ Jean-Marie Liot/ASO

Les «boulettes» de Team SFS

Dès les premières régates, on se demandait bien qui allait pouvoir enrayer la marche en avant de Team SFS managé par Lionel Péan (1er Français vainqueur de la Whitbread, course autour du monde en équipage). Au-dessus du lot dès Dunkerque avec 100 points pris sur 100 possibles, toujours placés ensuite, leaders confortables, Sofian Bouvet, Noé Delpech, Achille Nebout et Gauthier Germain auraient pu (et dû) gagner le tour, forts de six victoires en 17 manches. Ce n’est pas que sur l’eau qu’ils l’ont perdu mais à terre. Pénalisé à Arzon Le Crouesty pour avoir utilisé un mouillage hors jauge de 2 kg, puis victime d’un démâtage à Roses lors du raid alors qu’il était une fois de plus dans le groupe de tête - le lashing mal assuré tenant le hauban bâbord ayant glissé – Team SFS qui disputait son 1er TFV a sous-estimé l’importance de l’équipe à terre, et son équipage n’a manifestement pas assez vérifié le Diam avant chaque course, se mettant un peu trop les pieds sous la table. Cette erreur de jeunesse leur a sans doute coûté le podium, mais quelle aisance sur l’eau notamment lors des raids ! Enfin, à Nice, alors qu’il est virtuellement deuxième du TFV, un rappel individuel dans la super-finale ruine tous les espoirs de l’équipage, qui termine quatrième au final, un petit point derrière Beijaflore. Dur !

Le pari raté des « limonadiers »

Ils avaient écrasé le tour l’an dernier, menant du 1er au dernier jour et remportant l’édition 2016 avec un score ahurissant de plus de 880 points. Toujours aussi fringuant lors des Grands Prix d’avant saison, Lorina Limonade - Golfe du Morbihan se voyait bien prendre sa propre succession… mais un début de tour cauchemardesque à Dunkerque (accrochage, disqualification) avec une dernière place lors de stadiums a d’entrée de jeu ruiné leurs chances de doublé. Guère détendus, Quentin Delapierre et Matthieu Salomon, avec Kevin Péponnet, Bruno Mourniac et Corentin Horeau (ce dernier ayant remplacé Quentin Ponroy parti avec les Tahitiens) ont couru après le score mais n’ont pas démérité pour autant. Loin de là ! Ils font partie des rares équipages avec Team SFS, Trésors de Tahiti, Beijaflore, Team Mojito – Golfe du Morbihan, Vivacar.fr Cefim et Fondation FDJ Des pieds et des Mains à avoir remporté au moins un acte… mais face au niveau terriblement élevé cette année, cela n’a pas été suffisant. Les protégés de l’ancienne championne de match racing, Claire Leroy, et de l’expérimenté Hervé Gautier dont on ne compte plus les participations au TFV, accrochent néanmoins une sixième place à Nice, derrière Oman Sail, et loin de leurs ambitions. N’empêche, un coureur préférant qu’on ne cite pas son nom, n’hésite pas à dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : « ils ont quand même été arrogants et pas toujours très fair-play sur l’eau, profitant de leur ascendant, manœuvrant parfois dangereusement et virant de manière très agressive ! »

BeijafloreBeijaflore qui visait le top 5 termine 3e au finale après une remarquable fin de TFV. Photo @ Jean-Marie Liot/ASO

Tahiti : un goût de paradis !

Autour de Teva Plichart, skipper de Trésors de Tahiti, l’équipage le plus cool du TFV composé de Pierre Pennec, Quentin Ponroy et Manutea Mahai, a réalisé des prouesses, prouvant qu’une petite équipe bien managée et solidaire pouvait viser haut. Arrivés en tête en Méditerranée, ils ont fini par craquer au Grau du Roi. «On avait pour objectif de rentrer secrètement dans les trois premiers vu le niveau du tour cette année avec SFS, Lorina Limonade, FDJ, Beijaflore ou Oman, explique Plichart. On avait une équipe jeune avec des gens découvrant la voile, hyper motivés, et des pros ravis d’être là. Bref il y avait une bonne symbiose. On a navigué avec beaucoup d’humilité et essayé de progresser à chaque étape. Il faut admettre aussi que l’on a eu un peu de réussite jusqu’à Port Camargue. Nous avons régaté sans pression avec cet objectif de faire au mieux troisième, le reste étant du bonus !» Et grâce à une dernière super finale, et bien aidés par la disqualification de Team SFS, les Tahitiens terminent seconds au final ! Que du bonus.

OmanLes Omanais menés par les talentueux Thierry Douillard et Mathieu Richard, terminent cinquièmes au final. Photo @ Jean-Marie Liot/ASO

«Du très haut niveau !»

C’est Billy Besson, quadruple champion du monde de Nacra 17, et co-skipper d’Occitanie Sud de France avec Pierre Leboucher vice-champion du monde de 470, qui le dit. Billy avait participé en Méditerranée au premier TFV version Diam 24 en 2015 avec Vincent Riou sur PRB. «En deux ans, il y a eu une énorme évolution. Il y avait à l’époque de grosses écuries qui ont montré la voie, et aujourd’hui, de plus petites équipes ont vraiment été dans le coup. On a bien ressenti ça sur l’eau entre les dix à douze équipages pouvant gagner. Les placements n’étaient plus les mêmes et les vitesses des bateaux aussi. C’était beaucoup, beaucoup plus dur ! Même ceux qui ont le plus navigué – je pense à SFS ou Lorina Limonade – n’ont pas gagné. Cette année, il fallait un peu plus de fraîcheur, un peu plus de maturité notamment sur les départs en stadiums. Le «cut» a été bien plus difficile, car on passait de quinze bateaux par groupe à quatre (soit huit au total). C’était très difficile d’entrer en finale, et si j’ai vraiment aimé ce nouveau format, j’ai eu du mal à m’y faire.» Team Occitanie Sud de France mené par Pierre Leboucher et Billy Besson a terminé à la onzième place, loin de ce qu’il vaut, mais cinq places devant New Territories barré par le Portugais Hugo Rocha, vice champion olympique de 470.

Coaching à tous les étages

On se serait vraiment cru lors de Semaines olympiques vu le nombre de semi-rigides veillant sur leurs ouailles avant entre et après les manches. À part quelques équipages amateurs ou Fondation FDJ Des Pieds et des Mains sans réel coach (Jean-Jacques Dubois a conseillé FDJ avant le départ du TFV), la plupart des équipages ont sollicité d’anciens champions et/ou des entraîneurs nationaux, des météorologues, des coureurs tels que Philippe Mourniac, Pierre Mas, Franck Citeau, Baptiste Meyer, David Lanier, Nicolas Lunven, Hervé Gautier, Daniel Souben… Et la mutualisation a fonctionné à plein cette année, plusieurs équipages se partageant ces experts.

MojitoLorina Mojito - Golfe du Morbihan, vainqueur incontestable dans la catégorie « jeunes » Photo @ Jean-Marie Liot/ASO

Des « mojitos » plein de brio

L’an dernier, Team Mojito – Golfe du Morbihan s’était incliné lors de la dernière course face à Team France Jeunes (Robin Follin) pour la victoire au classement « jeunes ». Cette année, Solune Robert (de retour des Bermudes où il a participé à la Red Bull Youth America’s Cup), Riwan Perron, Charles Dorange, Louis Flament et Tim Mourniac, n’ont pas fait de quartiers, remportant le classement avant même de quitter Marseille. Cet équipage de 20 ans de moyenne d’âge, issu du multicoque de sport et qui cumule treize podiums mondiaux, a impressionné par sa vitesse, sa maîtrise tactique et sa fraîcheur, et le fait de s’entraîner avec les «limonadiers» depuis deux saisons, a forcément été un bel atout. Chez les amateurs, Homkia Les Sables-d’Olonne Agglomération (Emeric Dary) a mené tout le tour avec beaucoup d’intelligence, et n’a rien lâché face Team Installux Aluminium (Charles Hainneville) pourtant mené par des jeunes champions qui n’ont d’amateurs que le nom ! C’est dans le dernier bord de la super-finale en rond argent que les Vendéens ont arraché leur victoire.

La bonne étoile météo !

La météo a été plus que favorable. Temps estival à Dunkerque avec un léger thermique, brise à Fécamp (et donc un ris dans la GV), petits airs à Arzon-Le Crouesty, médium à Jullouville et les Sables-d’Olonne et jamais une goutte de pluie ni une dépression en Mer du Nord, Manche et Atlantique. Il a fallu attendre Roses, en Espagne, pour avoir le premier grain orageux, et Le Grau du Roi-Port Camargue pour naviguer enfin dans du baston ! Seul le raid prévu en rade de Marseille, à trois jours de la fin, a dû être sagement annulé à cause d’un violent mistral. Et à Nice réputé pour ses brises erratiques, un bon petit flux de Sud-Est a permis un final splendide. Globalement, depuis l’arrivée d’ASO et du Diam 24, il semble y avoir une bonne étoile côté météo !

BriseAucun chavirage à déplorer cette année… mais quelques jolies figures libres ! Photo @ Jean-Marie Liot/ASO

Démontage remontage top chrono !

Le TFV se joue désormais aussi sur cet aspect essentiel ! L’expérimenté Laurent Berjon, responsable technique de Beijaflore Sailing, affirme qu’avec un peu de méthode et à cinq on peut remonter un Diam 24 en une heure chrono, débarquement du matériel compris… avant d’ajouter que leur temps de référence pour le chargement sur la remorque cette année est de 4 minutes et 59 secondes ! Ce qui semble certain, c’est que Beijaflore a été le plus rapide de tous les concurrents pour ce qui est du montage démontage sur cette édition 2017 ! Mais il convient de préciser que les cinq brillants navigants Valentin Bellet, Julien Villion, Guillaume Pirouelle, Jason Saunders et Valentin Sipan ont systématiquement mis la main à la pâte.

DémontageOn a peu parlé de l’importance du montage et démontage des Diam 24. Et pourtant… Photo @ Morgan Bove/ASO

Impeccable comité de course

«Mention Très Bien» pour l’expérimenté Christophe Gaumont et son équipe ! Pierre Mas, directeur de projet de Beijaflore, comme la majorité des coaches et équipages est unanime quant à la remarquable prestation du comité de course, des mouilleurs, des pointeurs. Réactif, à l’heure, anticipant les changements de vent… et impressionnant quant au timing ou les réductions de parcours lors des arrivées de raid et super-finales afin de rester dans le direct TV, il n’y a pas grand-chose à ajouter sur la prestation du comité de course ! Quant au jury présidé par Corinne Aulnette et composé de douze arbitres répartis sur six bateaux, soit trois paires par groupe lors des stadiums, il n’a pas chômé, traitant environ 200 « calls » (pénalités) en arbitrage direct sur l’eau. « Ce qui a été le plus chaud ce sont ces passages de bouée à laisser à bâbord où avec la nouvelle règle de l’ISAF, les bateaux à l’extérieur doivent laisser de la place à ceux à l’intérieur. C’était parfois un joli merdier ! » explique l’ancien champion du monde de FD Thierry Poirey de l’ENVSN, l’un des douze arbitres. Un vieil habitué du TFV ajoute : «globalement le jury a été bon. Il n’y avait pas de « divas » et le triumvirat « Gaumont-Aulnette-ASO » est rodé et fonctionne bien

VillageASO a beaucoup investi et réussi son pari. Le TFV est redevenu une grande épreuve populaire. Photo @ Morgan Bove/ASO

Vivement le direct à la télé !

Animé à terre par Olivier Ligné et en mer par Loïc Le Bras et son invité, le « live » sur le site et la page Facebook du TFV chaque jour de 15 heures 30 à 16 heures 30, puis retransmis en « replay » le lendemain en fin de matinée sur la chaîne l’Équipe (du groupe ASO) a été un vrai succès ! Il y avait des moyens du rythme de la spontanéité, et autant de sujets pertinents et joliment montés. L’Équipe TV voulait faire du vrai direct cette année, mais les organisateurs et la réalisation ne se sentaient pas encore assez prêts. Erreur ! Ils ont pourtant prouvé qu’ils avaient largement la capacité de le faire.

FDJUn grand classique : les vainqueurs du TFV se jettent dans la grande bleue ! Photo @ Jean-Marie Liot/ASO

Ils ont dit
 

Damien Seguin, co-skipper vainqueur du TFV 2017
«Je voudrais remercier Damien (Iehl), Benjamin (Amiot) et François (Morvan) et toute mon équipe technique. C’était un tour difficile. Ce n’était pas forcément du stress mais c’était compliqué car c’est beaucoup de fatigue. Nous avons été réguliers sur l’eau, on n’a pas eu de problème matériel. C’est une belle victoire collective. C’était une édition très relevée. On s’est entraîné dur dès le mois de février. Ça a donné une énorme bataille entre les dix premiers de la flotte. Cette victoire sur le tour a une saveur particulière car c’est mon premier titre en équipage ! Quand je me suis lancé dans cette aventure c’était un très gros challenge. Grâce à tout le monde, on a réussi à monter un super-collectif. Nous sommes arrivés sur le tour soudés et on a monté notre niveau de jeu au fur et à mesure.»

Sofian Bouvet, quatrième du TFV 2017 sur Team SFS
«Sur notre démâtage, ça ne sert à rien d’épiloguer et de savoir qui est le responsable. C’est arrivé au mauvais moment. C’est sans doute ce manque d’expérience du TFV qui nous a coûté, car on s’est sans doute un peu trop reposé sur l’équipe technique et on se devait de vérifier derrière et surveiller les petits détails. En terme de navigation pure, on n’a pas fait tant d’erreurs que ça. On reste sur une place honorable. Ce qui m’a dérangé, c’est ce point de pénalité que nous avons eu car nos préparateurs étaient passés devant tout le monde une nuit sachant qu’ils pensaient qu’ils étaient derniers… J’ai trouvé ça sévère, car ce n’est pas sur l’eau que ça s’est joué. Quant à l’ancre, c’est la règle et c’était à nous de gérer certes, mais c’est très limite vis-à-vis du constructeur qui fournit le matériel. Je n’allais pas aller vérifier le poids de notre ancre par rapport à celle des autres, et j’ai trouvé que ces 9 points étaient une sanction sévère. D'ailleurs mon père qui est architecte naval (Luc Bouvet ; ndlr) a calculé que 2 kg représentaient 0,3 % du poids du bateau avec son équipage...»

 

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