Actualité à la Hune

Vendée Globe 2020

Boris Herrmann : «Je ne veux pas seulement participer !»

En 2020, il sera le premier Allemand à participer à l’Everest des mers. Boris Herrmann, âgé de 35 ans, rêve depuis son enfance de boucler le tour du monde en solitaire, sans escale, sans assistance. Sa campagne en vue du Vendée Globe 2020 a débuté il y a quelques semaines et avance en tout cas à vive allure. Avec l’acquisition récente de l’ancien Edmond de Rothschild IMOCA de dernière génération qui portera le nom de Malizia et les couleurs du Yacht-Club de Monaco (et dont l'un de ses équipiers sera Pierre Casiraghi, neveu du Prince Albert), Herrmann vient de s’approcher concrètement de la ligne de départ aux Sables-d’Olonne en novembre 2020. Bien sûr, il reste encore un long chemin à parcourir jusqu’au «jour J», les quatre années à venir seront sans doute intenses pour ce skipper allemand déterminé. C’est le moment idéal alors pour faire le point sur son projet et en savoir plus sur sa campagne. Interview exclusive pour voilesetvoiliers.com du skipper allemand.
  • Publié le : 04/02/2017 - 11:35

Boris HerrmannBoris Herrmann sera le premier Allemand à prendre le départ du Vendée Globe. Ce sera en 2020.Photo @ Marian Chytka

Voilesetvoiliers.com : Boris, tu as acquis Edmond de Rothschild pour participer au Vendée Globe dans quatre ans. Pourquoi as-tu choisi cet IMOCA en particulier ?
Boris Herrmann : Je pense que ce bateau est l'un des meilleurs. En comparaison avec quelques autres IMOCA concurrents dans le Vendée Globe actuel, Edmond de Rothschild est celui qui a eu le moins de problèmes graves. Ce qui me plaît au-delà de cela, c’est toute l’équipe autour du bateau. J’ai confiance en leur travail.

Voilesetvoiliers.com : Ce n’est pas un monocoque à bas prix…
B. H. :
Le prix d’achat du bateau reste confidentiel (selon nos informations, il aurait été vendu un peu plus de 3 millions d’euros, ndlr). Gerhard Senft, entrepreneur immobilier passionné de voile qui est un ami, en a assuré le financement. Le sponsor primordial, c’est le yacht-club de Monaco. En ce moment, nous sommes 
encore en train de chercher d’autres sponsors.

Voilesetvoiliers.com : Quand disposeras-tu du bateau ?
B. H. : Je le prendrai en charge en avril prochain.

Edmond de RothschildEdmond de Rothschild sera prochainement  pris en main par Boris Herrmann et rebaptisé Malizia. S'il n'a pas pu terminer le Vendée Globe, ce plan VPLP-Verdier remporta la Transat Saint-Barth/Port-la-Forêt avec Sébastien Josse en décembre 2015.Photo @ Yvan Zedda/Gitana SA/Vendée Globe
Voilesetvoiliers.com : Et quel est ton programme de navigation pour cette année ?
B. H. : Le point culminant en 2017 sera la Rolex Fastnet Race en août. Cette course sera sans faute à mon programme. Nous voulons aussi amener le bateau à Hambourg et à Monaco. Aujourd'hui, nous ne savons pas encore à quels autres événements nautiques nous participerons.

Voilesetvoiliers.com : Le bateau sera-t-il basé à Hambourg ?
B. H.
 
: Des interventions importantes au niveau technique seront effectuées en Bretagne. En fait, nous sommes une équipe à caractère international qui sera installée à Monaco mais aussi à Hambourg.

Voilesetvoiliers.com : Une équipe internationale ?
B. H.
 :
Des Allemands, des Français et des Monégasques feront partie de notre équipe. Tous les membres impliqués n’ont pas encore été choisis en détail. Un technicien très expérimenté du monde de la course au large sera notre directur technique : Antoine Mermod.

Edmond de Rothschild cargoAprès son abandon lors du Vendée Globe, Edmond de Rothschild était chargé à bord d'un porte-conteneur en Australie, direction l'Europe et son port d'attache de Lorient pour être reconditionné avant son changement de propriétaire en avril.Photo @ Gitana SA
Voilesetvoiliers.com : Comptes-tu effectuer des travaux importants sur ce bateau ?
B. H. : En fait, je ne suis pas inquiet : mon IMOCA de génération 2016 ne sera pas dépassé d’ici quatre ans face aux bateaux qui seront fabriqués précisément pour le prochain Vendée Globe. Néanmoins, nous voulons bien sûr construire des nouveaux foils. Il s’agira de la plus grande modification technique prévue sur laquelle nous voulons travailler à fond. Là, il y aura des changements à faire, un nouveau design… on va voir. Mais auparavant, je veux utiliser le bateau comme il est actuellement.

Voilesetvoiliers.com : Quant à ton programme de navigation d’ici le Vendée Globe 2020…
B. H.
 :
En plus des courses connues de la classe IMOCA, comme la Route du Rhum, la Rolex Fastnet Race, la Transat Jacques Vabre... nous voulons également participer à quelques épreuves du Royal Ocean Racing Club. L’idée, c’est de naviguer vraiment beaucoup. Dans les années à venir, nous serons toujours en route.

Voilesetvoiliers.com : Qui sera alors ton équipier lors de la Transat Jacques Vabre en novembre prochain ?
B. H.
 :
Pour l’édition de 2019, ça sera Pierre Casiraghi (neveu du Prince Albert de Monaco, ndlr). Quant à 2017, notre participation n’est pas encore sûre. Si une opportunité se présente de s’aligner autant sportivement que financièrement avec un bon coskipper, nous serons sur la ligne de départ !

Pierre CasiraghiBoris Herrmann navigue déjà beaucoup avec Pierre Casiraghi, ces derniers temps en GC32. Celui-ci sera son équipier lors de la Transat Jacques Vabre 2019. Photo @ Marian Chytka

Voilesetvoiliers.com : Passons à ta préparation en vue du Vendée Globe…
B. H.
 :
Je fais du Cross Fit, je cours et je vais parcourir beaucoup de milles en participant à de nombreuses régates. Au niveau des compétences nautiques et de la météorologie, je me sens prêt. Maintenant, il faut que je connaisse parfaitement le bateau.

Voilesetvoiliers.com : L’accent est mis sur la perfection…
B. H.
 :
En ce qui concerne mes ambitions sur le Vendée Globe, je ne veux pas seulement participer. Ca, c’est sûr !

Voilesetvoiliers.com : Comment t’est venue l’idée de participer à cette course autour du monde ? B. H. : A l’âge de 17 ans, j’ai lu le livre de Pete Goss, Close to the Wind. Depuis ce temps-là, le Vendée Globe ne sort pas de ma tête (Pete Goss participa au Vendée Globe 1996-1997 à bord d’Aqua Quorum, devenant un héros de cette troisième édition lors de son opération de sauvetage réussie de Raphaël Dinelli, ndlr).

Voilesetvoiliers.com : En Allemagne, le Vendée Globe n’est pas aussi populaire qu’en France…
B. H.
 :
J’aimerais absolument continuer à éveiller l’intérêt des Allemands pour la course au large à travers mon projet. Je veux tout partager avec les personnes qui s’y intéressent. Cela me ferait plaisir. Alex (Thomson, ndlr) a été un grand exemple pour moi lors de cette édition avec toutes ses vidéos !

Boris HerrmannEn 2015, Boris Herrmann était à bord d'IDEC Sport lors de la tentative manquée de battre le Trophée Jules Verne.Photo @ IDEC

Voilesetvoiliers.com : En parlant de l’édition actuelle du Vendée Globe, que penses-tu de la performance des IMOCA à foils ?
B. H.
 :
On peut aller encore beaucoup plus loin ! Développer des nouveaux foils, des nouveaux concepts. C’est ça qui est formidable dans la classe IMOCA. Et pourquoi pas des safrans en forme de «T», les «T-Foil rudders» ? Un jour, nous verrons un IMOCA naviguer entièrment hors de l'eau. C’est la destinée de cette classe. (Notre «Photo à la Hune» publiée mardi montre le Mini 747 en vol, totalement sorti de l’eau. Boris prévoit qu’une telle image sera également possible pour les IMOCA, ndlr.)

Voilesetvoiliers.com : Rétrospectivement, ne regrettes-tu pas de ne pas avoir été à bord d’IDEC Sport pendant le Trophée Jules Verne remporté par Francis Joyon et son équipage ?
B. H.
 :
Tout d’abord, je suis très heureux pour les gars (il était à bord du trimaran lors de la tentative ratée en 2016, ndlr). C’est magnifique et vraiment très inspirant. Francis nous a démontré que, si on sait exactement ce qu’on veut et si on a le courage d’essayer encore et encore, contre tous les grands sceptiques, on finira par réussir à un moment donné. C’est précisément ce courage que je veux garder à l’esprit pour ma propre campagne. Il y a toujours des grands sceptiques et des grands «experts» donneurs de leçon !

1er prix : «Dans les mers du Sud», par Boris HerrmannMarin, Boris Herrmann est aussi un photographe avisé comme le prouve ce cliché baptisé "Dans les mers du Sud". Lumière, cadrage, intensité... tout y est dans cette image qui a remporté le prix de la meilleure photo de la Barcelona World Race 2010-2011.Photo @ Boris Herrmann Neutrogena/BWR