Actualité à la Hune

Rolex Sydney Hobart

Ça balance pas mal… en Australie !

Avec 108 partants, la grande classique des antipodes a fait le plein grâce à de superbes unités comme Comanche, Ragamuffin, Ichi Ban, Rambler 88… Mais au final, c’est un TP-52, Balance qui s’impose toutes classes confondues en temps compensé après avoir terminé septième en temps réel ! Le Français Max de Montgolfier (28 ans) est équipier d’avant à bord depuis déjà deux saisons et revient sur cette 71ème édition de Sydney-Hobart marquée par trente-et-un abandons suite à un sérieux coup de vent.
  • Publié le : 03/01/2016 - 00:01

BalanceL’ex-Quest, un TP-52 sur plans Farr qui avait déjà remporté Sydney-Hobart toutes classes en 2008, a été racheté par Paul Clitheroe : Balance termine 7ème en temps réel et premier toutes classes !Photo @ Stefano Gattini Rolex

Voilesetvoiliers.com : Vous venez de remporter la grande classique australienne, Sydney Hobart, à bord du TP-52 Balance, mais vous avez commencé la voile en France ?
Max de Montgolfier :
Mes parents habitent en région parisienne, mais nous venions régulièrement à Carnac en famille. C’est là que j’ai débuté vers quinze ans en catamaran de sport, puis j’ai fait un stage aux Glénan avant de participer aux courses bretonnes en IRC 4, tout en continuant à pratiquer le Hobie Tiger, un Formule 18. Mais je n’avais jamais fait de grandes courses hauturières avant de venir à Sydney. Et toujours comme équipier d’avant…

Voilesetvoiliers.com : Et cela fait cinq ans que vous travaillez en Australie…
M. de M. :
J’avais fait un stage en 2009 pour une entreprise française et en 2010, j’ai fini mes études de commerce à Rouen. Et j’ai été repris par la même société à Sydney à partir d’octobre 2010 dans le secteur de l’assurance crédit. Et j’ai continué à faire de la course…

Max de MontgolfierA 28 ans, Max de Montgolfier peut être fier de sa cinquième participation à la Rolex Sydney-Hobart : numéro sur Balance, le jeune Français est installé en Australie depuis cinq ans et s’entraine deux week-ends sur trois en baie de Sydney.Photo @ DRVoilesetvoiliers.com : Vous vous êtes inscrit à club local ?
M. de M. :
En Australie, il y a des régates toute l’année ! Le club qui organise Sydney-Hobart, le Cruising Yacht Club of Australia, lance des départs quasiment tous les week-ends. Les équipiers qui cherchent un embarquement écrivent leur nom sur un tableau noir et les skippers puisent dans ce réservoir… Je me suis retrouvé en octobre 2010 à faire « grinder » (moulin à café) sur un 60 pieds, ex-voilier du Vendée Globe !

Voilesetvoiliers.com : Et vous avez continué sur ce bateau ?
M. de M. :
J’ai régaté régulièrement dessus, puis j’ai rencontré d’autres équipiers qui m’ont proposé de venir sur un Farr 40, Enigma. Nous avons alors fait tout le circuit monotype pendant deux saisons, dont le Championnat du Monde en février 2011 et même si nous avons fini dernier, c’était une expérience incroyable face à tous ces marins professionnels. En Australie, il n’y a pas de période creuse et les courses au large alternent avec les régates en baie : je peux naviguer deux week-ends sur trois…

Voilesetvoiliers.com : Mais vous changez de nouveau de bateau en 2012...
M. de M. :
Je voulais faire Sydney-Hobart ! Je suis passé sur un Sydney 38, une série monotype bien diffusée en Australie et nous avons gagné sur TSA Management en 2011 dans notre catégorie. Puis la saison suivante, un groupe d’expatriés français qui vivent à Sydney m’a proposé de les rejoindre sur un First 45 loué : Sébastien Guillot, un Carnacois, avait monté un projet sponsorisé par Peugeot Australie et il a pu convaincre quelques coureurs français comme Nicolas Lunven, Julien Villion et Jean-Pierre Nicol de nous rejoindre.

ComancheComanche, le plan VPLP-Verdier, s’impose en temps réel pour cette 71ème édition de la grande classique des antipodes : cela faisait dix-sept ans qu’un voilier américain n’avait pas gagné en temps réel Sydney-Hobart depuis la victoire du Maxi Sayonara de Larry Ellison en 1998 !Photo @ Rolex / Stefano Gattini

Voilesetvoiliers.com : Et ce First 45 s’appelait déjà Balance : c’était le bateau de Paul Clitheroe !
M. de M. :
J’ai rencontré le propriétaire et il m’a proposé de rejoindre son équipe… Nous avons fait toute la saison 2013 dont la Sydney-Hobart que nous terminons avec une grand-voile déchirée dans le détroit de Bass. Et l’année suivante, Paul Clitheroe rachète l’ex-Quest, un TP-52 sur plan Farr construit en 2004. Il avait déjà gagné Sydney-Hobart en 2008 quand il avait été racheté par un Australien. Nous avons donc participé à la plupart des régates de la saison 2014 avec ce nouveau Balance, avec la moitié de l’équipe précédente : nous avions besoin de l’expérience des coureurs habitués au TP-52, qui est tout de même une machine complexe.

Voilesetvoiliers.com : En quoi consiste ce circuit ?
M. de M. :
Il y a une série de courses préparatoires à la grande classique du 26 décembre en plus des régates en baie de Sydney. La Blue Water Point Score comprend six courses, dont Sydney-Hobart est la conclusion. Mais auparavant, il y a des épreuves de 200 à 400 milles à partir de fin juillet. Avec notre résultat en Tasmanie, nous remportons aussi ce circuit…

Voilesetvoiliers.com : Et cette 71ème édition de la Sydney-Hobart, comment s’est-elle déroulée ?
M. de M. :
Nous sommes partis avec 20 à 30 nœuds de Nord-Est : c’est donc allé très vite pendant sept heures et le premier soir, juste avant le coucher du soleil vers 20 heures, nous avons vu une énorme masse nuageuse noire devant l’étrave ! Nous avons affalé le spinnaker, pris deux ris dans la grand-voile et mis le foc de brise. Nous sommes passés de 15-20 nœuds sous spi à huit nœuds au près avec un vent de Sud de 35-40 nœuds en à peine trois minutes… Le changement était radical ! Mais la mer n’était pas trop formée au début : c’est lorsque nous avons passé le cap Howe et que nous sommes entrés dans le détroit de Bass que nous avons fait du saute-vagues…

Courrier du LéonDéjà couronné lors des courses du RORC cet été, le chantier JPK peut se targuer d’avoir placé son JPK 10.80 au sommet en Australie : 2ème toutes classes, derrière Balance, et premier IRC 4 sur treize bateaux classés.Photo @ Rolex / Stefano Gattini

Voilesetvoiliers.com : Il fallait choisir son camp, à terre ou au large !
M. de M. :
Nous avons eu la chance de rentrer dans ce coup de vent de Sud quand il faisait encore jour, mais ensuite, il a fallu louvoyer à la côte. Notre navigateur avait choisi cette option alors que d’autres TP-52 étaient partis au large où il y avait plus de courant favorable. Mais la brise a basculé au secteur Sud-Ouest, ce qui nous a permis de faire route directe au près vers la Tasmanie, avec moins de mer et moins de vent (35-40 nœuds quand même) que les bateaux dans l’Est… Nous avions déjà trente milles d’avance sur nos concurrents directs dans le détroit de Bass.

Voilesetvoiliers.com : C’était tout de même un méchant coup de vent…
M. de M. :
Nous avons eu 27 heures de vent très fort avec une mer très cassante : d’ailleurs, nombre de bateaux ont abandonné (31) soit sur problème de voiles déchirées, soit de délaminage de la coque ou de souci de safran… La première nuit, la brise est montée jusqu’à 48 nœuds et c’est resté autour de 35 nœuds toute la journée suivante ! On sautait dans les brefs moments où on allait dans la bannette : la mer était très courte, très hachée et le bateau tombait de quatre mètres du sommet de la vague.

Chinese WhisperChinese Whisper, ex-Jethou, est un 62 pieds sur plans Judel/Vrolijk, bien connu en Méditerranée pour ses victoires à la Copa del Rey, au Championnat du Monde des Maxi et à la Giraglia : il s’impose facilement parmi les IRC 0 devant Ichi Ban, Comanche, Maserati, Rambler et Ragamuffin 100, la moitié de la classe ayant abandonné…Photo @ Rolex / Stefano Gattini

Voilesetvoiliers.com : Et comme souvent, le vent est tombé en arrivant au Sud de la Tasmanie…
M. de M. :
En fait, c’est la remontée de la rivière Derwent qui pose problème : si on arrive de nuit, il n’y a pas un poil de vent ! En fait pour le classement toutes classes, presque tout se joue dans les derniers milles… Nous sommes arrivés pour ces quarante derniers milles en plein jour avec une jolie brise sous Code 0 à seize nœuds, alors que Teasing Machine, le bateau français d’Éric de Turckheim qui était en pole position pour la victoire « overall », est resté planté pendant une dizaine d’heures pour faire les dix derniers milles…

Voilesetvoiliers.com : Numéro Un sur un TP-52, c’est physique !
M. de M. :
En fait, c’est plus de l’endurance pour enchaîner les changements de voile : nous sommes deux sur la plage avant et il a fallu pas mal manœuvrer cette année. Il faut juste récupérer rapidement. C’était ma cinquième participation à Sydney-Hobart et j’ai eu la chance d’embarquer sur des bateaux de plus en plus grands, ce qui m’a permis une bonne progression au fil des saisons. Surtout que la course est vraiment dure : on part en short, on se fait secouer comme un prunier dans le détroit de Bass et on termine trempé en polaire tellement il fait froid… Parfois même, il neige sur Hobart !

Equipage BalancePaul Clitheroe et son équipage lors de la remise de la Rolex qui sacre le vainqueur toutes classes de Sydney-Hobart : le Français Max de Montgolfier avec Evans, Slinn, Cribb, Keddie, Scott-Perry, Brewer, Taylor, Dock, Craig, Brown, Green.Photo @ Stefano Gattini Rolex

Voilesetvoiliers.com : Vous avez su bien après votre arrivée que vous aviez gagné toutes classes !
M. de M. :
Nous avons rapidement su que nous étions premiers de notre classe, mais il a fallu patienter une journée et demie pour savoir que nous étions aussi vainqueur « overall » : c’était la cerise sur le gâteau. L’objectif du propriétaire était avant tout d’être le premier parmi les neufs TP-52 au départ, puis de faire un bon score dans notre catégorie IRC 1… Finalement, on arrive septième en temps réel et premier de notre classe ! Seuls trois TP 52 ont terminé et le deuxième était relégué à deux heures…

Voilesetvoiliers.com : On imagine que le propriétaire et l’équipage étaient ravis !
M. de M. :
Surtout qu’on se démarque des autres gros bateaux comme Comanche, Ichi Ban, Rambler ou Chinese Whisper : tous à bord sont amateurs, même si certains ont une sacré expérience à l’image de Mike Green (37ème Sydney-Hobart) et Adam Brown (27ème Sydney-Hobart) qui étaient les deux barreurs avec le propriétaire. Et puis Paul Clitheroe dépense sans compter pour que Balance soit à son optimum, mais aucun équipier n’est payé.

Voilesetvoiliers.com : Au programme ces prochaines semaines ?
M. de M. :
Je vais convoyer le bateau avec d’autres équipiers pour rentrer à Sydney la semaine prochaine, puis nous devrions recommencer le même programme de courses que cette saison, à partir de mars car le propriétaire fait un break… Et il y a quelques optimisations à faire sur Balance. Je vais continuer sur la plage avant : ce bateau est génial ! Et l’équipage est devenu une grande bande de copains…

BalanceBalance à l’entrée de la rivière Derwent, réalise un superbe parcours sur les 628 milles entre Sydney et la Tasmanie en s’imposant largement devant le JPK 10.80 Courrier du Léon.Photo @ Kurt Arrigo/Rolex