Actualité à la Hune

L’œil de Dominic Vittet

Ça s’annonce musclé !

Les marins de la 13e édition de la Transat Jacques Vabre savent qu’ils vont affronter des conditions difficiles les premiers jours de course. Après une sortie de Manche qui s’annonce relativement facile mais fraîche, une grosse dépression va balayer la flotte entre lundi et mardi.
  • Publié le : 04/11/2017 - 15:00

Les marins devront affronter un vent de Sud-Ouest costaud pour aller chercher la bascule de Nord-Ouest au large. Passé ce premier écueil, la descente vers Madère dans de l’air froid, avec des grains de 40 nœuds et des creux de 6 mètres s’annonce sportive !
Si le matériel tient, la descente vers l’équateur devrait être très rapide… Pas étanches s’abstenir !

Gitana 17À peine sorti du berceau, le dernier né de la saga Gitana va devoir affronter des conditions musclées avant de rejoindre les alizés. Le test va être absolument passionnant pour le premier trimaran de course au large volant… à condition de ne rien casser les 3 premiers jours de course !Photo @ Yann Riou/Gitana S.A. Yann Riou/Gitana S.A.

En gonflant  momentanément entre le passage de deux dépressions, l’anticyclone des Açores ramène sur nos rivages un flux venu tout droit du Groënland.
Ce vent de Nord-Ouest froid et chargé de grains qui déboule samedi dans la journée sur la Manche, nous projette bel et bien les deux pieds dans l’hiver. Dans les maisons, les chaudières sont allumées et au Havre, les marins ont embarqué leurs meilleures polaires, leurs gants et leurs bonnets…
Ce petit air frisquet n’est que le hors-d’œuvre d’un début de course bourré d’embûches.

Passés les falaises d’Étretat et la première marque de parcours à virer, les concurrents devront lutter contre la marée au passage de la presqu’île du Cotentin.
Certes, les puissants Ultim, voir même les trimarans de 50 pieds n’ont que faire de ce courant contraire qui ralentit leur marche. Mais le coefficient de 107 attendu dimanche fait beaucoup moins rire les 40 pieds qui vont prendre le flot de plein fouet. Les plus agiles se faufileront sans doute dans les cailloux entre la Pointe de Barfleur et  la rade de Cherbourg pour échapper aux cinq nœuds moyens qui freinent au large de Basse Régnier. Surtout, ne pas tomber en panne de cartographie…
Puis progresser le long de la côte cherbourgeoise jusqu’à enfin attraper la renverse au ras du Cap de la Hague.

Carte de la MancheEn sortant de la Manche, les concurrents devront affronter plusieurs difficultés : Après avoir contourné la bouée d’Etretat, ils feront face au courant de flot au Nord du Cotentin avec des coefficients de 107 ! Les multicoques (trait vert) passeront au large, dans le courant, tandis que les Class40 (trait marron) , voire même les IMOCA, chercheront à raser au mieux la côte pour s’affranchir des 5 nœuds de courant contraire… Manche Ouest, le vent de Nord finira par mollir. En allant vers l’Ouest, ils devront traverser une zone de calmes (ronds bleus) avant de retrouver le Sud-Ouest fraîchissant qui les mènera jusq'au front froid...Photo @ Dominic Vittet
Pendant ce temps, le vent de Nord mollit. Une dépression balaise arrive dans l’Ouest et va bientôt faire basculer le vent au Sud, puis au Sud-Ouest en fraîchissant. Tandis que les gros foncent déjà dans l’Ouest chercher la bascule de Nord-Ouest, la stratégie des Class40 devrait les pousser à naviguer plutôt coté Bretagne, pour flirter avec les roches d’Ouessant, voire même passer par le Fromveur si la marée s’y prête, afin de gagner tout ce qu’ils peuvent au vent, avant que la tempête ne fraîchisse.

Au large du Finistère, les prototypes attaquent dans le dur. Voilà le premier vrai plat de résistance avec ce Sud-Ouest qui fraîchit 30 puis 35 nœuds, tandis que la houle croisée venue d’Islande se fait déjà sentir.

Cap à l’Ouest, dans la nuit noire et sous la pluie à réduire la toile. Ça cogne. Le front froid approche et la transition au Nord-Ouest s’annonce d’autant plus violente que les bateaux vont à sa rencontre, dans l’Ouest. Au passage du front froid dans la nuit de lundi à mardi, ce ne sera pas le moment de dormir. En quelques minutes, le vent basculera du Sud au Nord-Ouest, toujours plus fort pour les premiers. La gifle devrait claquer ses 40 nœuds minimum pour les Ultim, et un peu moins pour les suivants car, en quelques heures, le phénomène ralentit et se comble en s’écrasant sur les côtes européennes.

Stratégie AtlantiqueUne fois sortis de la Manche, (trait rouge), les concurrents vont affronter du vent de Sud-Ouest jusqu’à 35 nœuds avant le passage du front froid (triangles bleus). Passés le front, ils fileront vers le Sud mais dans des conditions musclées avec des rafales pouvant atteindre 40 nœuds et un train de houle de 6 mètres (pointillés roses) venue d’Islande. Aller vite sans rien casser…Photo @ Dominic Vittet
En virant tribord amure après avoir déménagé fissa les centaines de kilos de matériel du bon côté, les écoutes vont choquer, faire gémir le carbone et propulser les carènes, direction plein Sud.
Mais il est encore loin le temps ou les skippers pourront ôter leur ciré. La traîne qui suit le front froid s’annonce très active. Le vent doit s’établir à 25 nœuds au minimum, plutôt 30 avec des rafales à 40 nœuds. La mer, qui a pris son élan deux milles kilomètres plus Nord, soulève une houle de six mètres. Elle déferlera sur les coques et recouvrira les habitacles de tonnes d’eau.

Harnais obligatoire sous peine d’être arraché du cockpit…
Il faudra tenir dans ces conditions dures et instables qui vont durer au moins jusqu’à la latitude de Madère. Surtout ne rien casser avant que le vent ne finisse par adonner au Nord sous peine de rentrer à  la maison plus vite que prévu. Patience.  Le vent va mollir, les grains s’estomper, et la houle s’arrondir jusqu’à faire déjauger les carènes sans effort et apaiser les esprits.

La suite s’annonce glissante. Le Nord-Est semble bien établi à la latitude des Canaries. L’alizé revenu depuis quelques jours souffle fort et devrait permettre une descente express vers l’équateur, au moins pour les premiers.
Espérons qu’une dépression tropicale ne vienne pas perturber la marche ensoleillée des Class40.