Actualité à la Hune

La Route du Rhum au jour le jour / J9

Franck Cammas : «Cette victoire est mythique»

Neuf jours, trois heures, 14 minutes et 47 secondes de mer entre Saint-Malo et Pointe à Pitre : c'est hier, peu après 16 heures (heure métropolitaine), que Franck Cammas a remporté la 9e édition de la Route du Rhum, devant Francis Joyon, distancé de 10 heures et 36 minutes, et Thomas Coville, attendu aujourd'hui mercredi. En tête de l'épreuve depuis le cap Fréhel, le skipper de Groupama3 a réalisé une magnifique performance à travers l'Atlantique, sur le trimaran avec lequel il avait battu l'hiver dernier le record autour du monde en équipage. Réactions à chaud d'un homme éprouvé, mais heureux. Et propos de Francis Joyon à son arrivée en deuxième position à Pointe à Pitre.

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  • Publié le : 09/11/2010 - 21:01

Cammas : un visage de vainqueur Le visage creusé, mais les traits illuminés par une joie immense : Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr) > La conférence de presse du vainqueur (extraits)

Le goût de la victoire
<Toutes les victoires sont jolies, celle-ci est mythique et dans cette ambiance... Ce qui se passe depuis ce matin est incroyable. Cette victoire n'était pas vraiment préparée, c'est difficile de la situer sur l'échelle de mes victoires. Au point de vue médiatique et engouement du public, c'est au-dessus de tout. Il y a beaucoup de skippers qui l'ont gagnée, beaucoup qui ne l'ont pas gagnée et je suis très fier de mettre mon nom à ce palmarès. Même ceux qui n'ont pas gagné celle-ci, je suis fier d'être devant eux.>

Champagne pour Cammas Neuf jours, trois heures, 14 minutes et 47secondes, de Saint-Malo à Pointe à Pitre. La moyenne sur l'orthodromie (la route à vol d'oiseau) est d'un peu plus de 16 noeuds. La moyenne réelle sur la route parcourue (4 471 milles) est de 20,39 noeuds. Si ça vaut pas le champagne... Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr) L'ambition vient en régatant
<J'étais parti l'esprit libre. Je n'avais pas d'ambition particulière, sinon relever le défi que je m'étais donné de traverser avec Groupama 3. Après, c'était l'inconnu, car personne ne s'était jamais lancé là-dedans. Une traversée, c'est périlleux, avec Groupama 3, ça l'est encore plus. D'une certaine manière, c'était l'inconnue pour tout le monde, car les Ultimes ne s'étaient jamais confrontés auparavant. Je ne m'attendais pas à être devant au cap Fréhel, je pensais que dans le petit temps, ce serait Gitana. On s'est pas mal croisés le soir en Manche, et après 24 heures, j'étais encore devant et me suis dit : "Tiens , il y a peut-être un coup à jouer, on va essayer d'emmener le bateau de l'autre côté, et de garder la tête". Finalement, la solution est peut-être même d'avoir un bateau encore plus gros, pourvu que la météo le permette. Cela a fonctionné, mais ça aurait pu échouer. "

La route Sud
<Nous étions trois à tenter de faire la route Sud, avec Joyon et Guichard. Je pensais que la porte allait se refermer derrière moi, c'est d'ailleurs passé juste à temps, comme lors du Jules Vernes. Il fallait bien attaquer la première nuit pour ne pas se faire piéger au cap Finistère, le bateau le permettait, même s'il y a eu quelques changements de voile qui m'ont fatigué.
Nous avons travaillé avec les routeurs, Jean Luc Nélias et Charles Caudrelier, pour trouver une route qui me correspondrait. Dans la route Sud, je pouvais sans doute tenir 85% des polaires que j'avait faites. Dans le Nord, on aurait été loin de ces objectifs là. Le choix a été pris tard, à 18 heures le dimanche, au large des Sept Iles, de passer au-dessus du DST, le système de séparation de trafic à Ouessant, pour plonger au Sud. J'étais à l'aise sur cette route, et l'histoire a montré que, sur l'option Nord, les routages sont difficiles à tenir, avec de la mer, des fronts à jouer. Thomas Coville a fait une route beaucoup plus technique que la mienne, c'est évident. Et même si cette option Nord est devenu moins bonne de jour en jour, il est quand même revenu très près.>


Immense bateau, grand bonhomme Il paraît petit, Cammas, à l'échelle de son trimaran de 31,50 mètres de long et 22,50 mètres de large, conçu pour un équipage de dix hommes aguerris. Mais le marin est grand. Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr) Le pari fou
<Avec Groupama 3, nous avions déjà obtenu ce que nous voulions, avec le Trophée Jules Verne. La Route du Rhum a été un pari. C'était audacieux, mais pas vraiment dangereux de naviguer sur ce bateau, même si les manoeuvres demandaient beaucoup de temps. Lorsque les grains entraient à 45 noeuds, je me dis que j'aurais été moins serein sur un 60 pieds ORMA. J'ai été pris deux fois dans des grains à 45 noeuds, impossible de changer de toile... Dans ces cas-là, on prend la barre, on abat, et on attend que cela se passe. Le problème, c'est qu'on ne sait pas si cela va pas monter à 50 noeuds ; on sait juste qu'on ne peut plus manoeuvrer, et que la seule issue à la situation, c'est que le vent diminue. Plein vent arrière, je n'étais pas fier, mais un peu plus fier quand même qu'à bord d'un 60 pieds, avec lequel j'aurais déjà eu l'étrave sous l'eau. J'avais une confiance énorme dans ce bateau, je sais jusqu'à quelle vitesse il peut aller et quel engagement il peut tenir, et j'étais bien en dessous des performances qu'on atteint sur Groupama 3 en équipage. En solitaire, on prend forcément du plaisir dans toutes les conditions, dans toutes les courses. Pour le coup, là, c'est jouissif de maîtriser une si grosse machine. Avec de la rigueur, de l'engagement, et un bateau très préparé on arrive à atteindre des objectifs incroyables.>


L'avenir
Pour rire, probablement, car cela ne tiendrait pas dans son calendrier (à moins qu'il n'ait eu en tête l'édition 2013) et parce que le bateau est à vendre, Cammas a évoqué la Transat Jacques Vabre.
<Je me dis que ce trimaran est un super bateau de double, mais je ne sais pas encore ce que prévoient les organisateurs de la Jacques Vabre... >
Plus sérieusement : <Nous préparons la Volvo Ocean Race, Course autour du monde en équipage, en 2011-2012, avec le futur monocoque Groupama 4. Nous avons le savoir-faire pour montrer que nous valons bien les Anglo-Saxons, et nous allons essayer de le démontrer. Mais ce sera difficile, car ils ont une vraie culture de ce type de courses.>

> Dix heures plus tard, Francis Joyon prend la deuxième place
Idec au milieu de la nuit A 2 heures 52, heure de Paris, Francis Joyon a franchi en deuxième position la ligne d'arrivée de la Route du Rhum. Son retard sur Franck Cammas est de dix heures, trente-six minutes et une seconde. Dès le début de course, il avait compris < que Franck avait un avion >. Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr) Francis Joyon (Idec) a franchi à son tour la ligne d'arrivée à 2 heures 52, heure de Paris, avec dix heures, trente-six minutes et une seconde de retard sur le vainqueur. Son option Sud lui a permis, dans cette fin de course, de griller la politesse à Thomas Coville (Sodebo), attendu dans la journée en Guadeloupe.

Joyon heureux mais fracassé C'est un homme éprouvé physiquement qui a rallié Pointe à Pitre cette nuit. Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr) Il aurait été évidemment <encore plus heureux> de remporter la Route du Rhum, mais cette deuxième place la ravit, tant Cammas lui a paru intouchable. <J'ai compris rapidement que Franck avait un avion. Dès le premier jour il nous a collé 100 milles, et mes ambitions de victoire se sont un peu envolées à ce moment-là.>

Privé de son grand gennaker, explosé en début de course, le skipper d'Idec a puisé très loin dans ses réserves pour tenir la cadence. <A certains moments, c'était plus dur qu'un record. J'ai passé au moins quatre nuits blanches totales. En record, on arrive toujours à trouver un peu de sommeil. En course, quand il y a des candidats collés à soi, il faut vraiment être à bloc.>


> La suite de la course

Rhum 2010 : le passage du front pour les IMOCA Premiers à passer le front tropical, Veolia Environnement et PRB - grâce à son positionnement Ouest - ont été les premiers à virer hier soir, et à renvoyer en tribord amures. Photo © Cartographie Route Du Rhum En IMOCA, Roland Jourdain (Veolia) était toujours en tête mercredi matin, devant un Armel Le Cléach (BritAir) à une quarantaine de milles. Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec3), sur une trajectoire Sud, comme Armel, a soufflé la troisième place à Vincent Riou (PRB). Les monocoques se préparaient à traverser un front violent, en bordure de la dépression tropicale Tomas.

Chez les Ultime 50, Lalou Roucayrol (Région Aquitaine/Port Médoc) a logiquement pris le commandement, doublant Franck-Yves Escoffier (Crêpes Whaou 3) et Yves Le Blevec (Actual) qui avancent très lentement depuis leur grave avarie respective. Lionel Lemonchois, deuxième sur Prince de Bretagne, a repris sur Roucayrol plus de 100 milles en 24 heures. La chasse est bien lancée !

Classement inchangé chez les Class 40, toujours emmenés par Thomas Ruyant (Destination Dunkerque). Nicolas Troussel (Crédit Mutuel de Bretagne), cinquième depuis lundi, a un peu ralenti sur son option Sud.

En catégorie Rhum, Pierre-Yves Chatelin a annoncé son abandon après son arrivée à Horta (Açores). Le skipper de Destination Calais avait été le leader jusqu'à ses ennuis électriques, auxquels sont venus s'ajouter des problèmes de dos, et le médecin lui a déconseillé de repartir. Andrea Mura (Vento di Sardegna) mène toujours la flotille désormais réduite à huit unités.


> Les classements du jour (10 novembre, 7h40)

Ultime
1. Franck Cammas, Groupama 3, en 9 jours 3 heures 14 minutes 47 secondes.
2. Francis Joyon, Idec, en 9 jours, 13 heures, 50 minutes et 48 secondes.
3. Thomas Coville, Sodebo.

60 IMOCA
1. Roland Jourdain, Veolia Environnement.
2. Armel Le Cléac'h, Britair.
3. Jean Pierre Dick, Virbac-Paprec 3.

Multi 50
1. Lalou Roucayrol, Région Aquitaine/Port Médoc.
2. Lionel Lemonchois, Prince de Bretagne.
3. Philippe Laperche, La Mer Révèle nos Sens.

Class40
1. Thomas Ruyant, Destination Dunkerque.
2. Yvan Noblet, Appart City.
3. Samuel Manuard, Vecteur Plus.

Classe Rhum
1. Andrea Mura, Vento di Sardegna.
2. Luc Coquelin, Pour le Rire Médecin.
3. Julien Mabit, monopticien.com.


> La phrase du jour

<Je n'avais pas d'ambition particulière, sinon relever le défi que je m'étais donné de traverser avec Groupama 3>. Franck Cammas, vainqueur de la Route du Rhum en Ultime et toutes catégories confondues.


> Les chiffres du jour

> 20,39 noeuds de moyenne sur l'eau, pour Franck Cammas qui aura couvert 4 471 milles sur l'Atlantique, rallongeant son chemin de près de 25 % par rapport à la route directe.

> 22 000 internautes sont suivi en direct sur Internet l'arrivée de Cammas.

> A ce sujet, il est étonnant de voir ce que Franck... amasse : selon Hervé Nougier, de la société Streamlike, qui a assuré la diffusion des vidéos du Rhum et du direct, l'arrivée de Groupama 3 représente 146 jours de visionnage cumulé !


> L'image du jour
La marche triomphale vers Pointe à Pitre C'est toujours un petit miracle que ces arrivées se déroulent sans anicroche. Comme à chaque arrivée de Route du Rhum, le vainqueur a été accompagné depuis le canal des Saintes jusqu'à la ligne d'arrivée par une foule incroyable de bateaux spectateurs. Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr)

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