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IMOCA

Tripon met le cap sur le Globe

Il y a moins d’une semaine, Armel Tripon gagnait la première édition des 1 000 milles des Sables en Multi50, course préparatoire à la Route du Rhum à laquelle il participera avec son actuel trimaran Réauté Chocolat. Et cette fois il annonce le lancement d’un projet IMOCA qui doit le mener au départ du Vendée Globe 2020 ! Un projet aussi ambitieux que différent, le vainqueur de la Mini Transat 2003 ayant choisi un chantier et un architecte, renommés certes, mais qui n’ont jamais construit ou dessiné de tels 60 pieds ! Et c’est un Armel Tripon aux anges qui nous présente ce montage inédit.
  • Publié le : 03/05/2018 - 10:00

Armel TriponA 42 ans, Armel Tripon va lancer pour la première fois de sa carrière un bateau neuf qui lui est destiné.Photo @ Pierre Bouras

Voilesetvoiliers.com : comment est né ce projet de Vendée Globe 2020 ?
Armel Tripon :
Il vient du chantier Black Pepper Yachts avec lequel je collabore depuis 2012 pour le développement et la mise au point de ses bateaux de course-croisière. Black Pepper était motivé pour construire un IMOCA. C’est une initiative conjointe. Avec Michel Douville de Franssu, patron du chantier (la présentation de Black Pepper ici), nous sommes très proches. L’histoire est venue de nos échanges au cours de notre travail et de navigations communes.

Voilesetvoiliers.com : Et pourquoi avoir choisi Sam Manuard pour le dessiner ?
A.T. :
L’idée n’était pas d’être original pour être original mais, suite à une navigation avec Sam, je me suis rendu compte qu’il était prêt pour un projet d’une telle envergure ; qu’il avait réuni autour de lui un design team compétent. Il a eu une énergie incroyable pour présenter et défendre le projet. Il a donc assez rapidement emporté notre adhésion. Et puis il a dessiné des Mini 6.50 et des Class40 qui trustent les premières places depuis quelques années. C’est aussi un architecte ET un navigateur. Il a une approche différente des autres cabinets. C’est un plus indéniable.

Plan Manuard TriponLe premier IMOCA signé Sam Manuard sera construit par le chantier d'Orvault (dans la région nantaise) : Black Pepper Yachts. La communication autour du projet sera confiée à Damien Grimont avec lequel Tripon est très lié.Photo @ DR

Voilesetvoiliers.com : A contrario, il n’a pas une grosse expérience des monocoques à foils…
A.T. :
Non, mais il s‘est bien entouré d’une équipe compétente et efficace. Et Sam est bien structuré, talentueux, intelligent. Nos échanges sont très enrichissants.

Voilesetvoiliers.com : Premier IMOCA pour Manuard mais aussi pour le chantier Black Pepper. En termes d‘outillage, de mise en œuvre, de main-d’œuvre spécialisée… allez-vous devoir vous renforcer ?
A.T. :
 Black Pepper est un chantier qui maîtrise la construction carbone high-tech. Un IMOCA c’est évidemment une autre dimension et nous allons nous entourer de compétences reconnues. Nous sommes en train de constituer une équipe de choc !

Code 2Construit par Black Pepper, le Code 2 est une magnifique unité dont la carène est inspirée de celles des IMOCA de dernière génération. Un bateau destiné à la grande croisière et à la course offshore. Avec le projet de Tripon, le chantier nantais lancera son premier IMOCA.Photo @ Joka Gemesi/Black Pepper

Voilesetvoiliers.com : Black Pepper Yachts et Manuard : c’est un projet très différent de ceux des dernières années avec tous ces IMOCA signés Verdier/VPLP et construits chez Multiplast ou CDK. Ne prenez-vous pas trop de risques ?
A.T. : La  vie est une prise de risques. Je n’ai pas l’impression d’en prendre. Je pense être en phase avec ce que je suis. Il s’agit d’un projet sportif ambitieux mais aussi humain qui passe par des rencontres avec Black Pepper, avec Sam. C’est assez sain.

Voilesetvoiliers.com : Le prochain Vendée Globe va rompre avec les tendances précédentes : vous faites un Manuard ; il y aura aussi un ou deux plans Kouyoumdjian ; Guillaume Verdier signe des IMOCA sans le cabinet VPLP. Un foisonnement passionnant !
A.T. :
On était peut-être arrivé à un point de saturation. L’IMOCA c’est de la course Open. Il fallait revenir à des projets plus ouverts et variés. On s’inscrit dans cette tendance. Cela rend le jeu plus intéressant. Et la stimulation entre les cabinets d’architecture sera, comme pour nous coureurs, plus riche. Mon bateau sera vraiment différent. Il est encore trop tôt pour dévoiler ces éléments de différenciation car nous sommes encore en phase de définition des carènes. L’ancienne génération était celle de bateaux à dérives sur lesquels on avait adapté des foils. Cette fois, ceux de la génération à venir seront des foilers dès la conception. Une étape est franchie en vue du Vendée Globe 2020.

Plan Manuard AïnaEn Class40, on ne compte plus les victoires des plans Manuard, comme ici le Mach 40.3 Aïna Enfance & Avenir qui a remporté la dernière en date au terme des 1 000 milles des Sables. Le bateau de Tripon sera le premier IMOCA de cet architecte.Photo @ Christophe Breschi/1 000 milles des Sables

Voilesetvoiliers.com : Quel est le planning ?
A.T. :
Nous sommes en phase d’étude des plans. La construction va démarrer en juillet 2018 pour une mise à l’eau en juillet 2019. Il faut un an peu ou prou entre la construction du moule et le lancement du bateau. Nous sommes dans un timing idéal. Il y a une Transat Jacques Vabre en 2019, une transat retour de cette dernière, la Transat anglaise en 2020 suivie, là encore, du retour. Nous allons accumuler quatre transats plus des navigations d’entraînement. Le timing est bon.

Voilesetvoiliers.com : Qui finance ce projet et combien ?
A.T.
 :
Ça je ne peux pas encore vous le dire ! (rires) Pour la bonne raison que tout cela est encore en discussion. Il y a un projet de construction ; le projet sportif se monte. C’est suffisamment bien avancé pour annoncer néanmoins le lancement de ce projet. Je suis serein.

Voilesetvoiliers.com : Pour vous c’est un retour en IMOCA après bien des déboires…
A.T. :
Avec du recul je n’ai plus envie de parler de déboires mais d’expérience. C‘en était une ; elle a été douloureuse à un moment donné. Maintenant nous allons la faire fructifier.

Tripon RéautéLa semaine dernière, Amel Tripon gagnait à bord de son Multi50 Réauté Chocolat la première édition des 1 000 Milles des Sables.Photo @ Christophe Breschi/1 000 milles des Sables
Voilesetvoiliers.com : Après cet ancien projet IMOCA avorté, vous avez fait un rapide passage en Class40 ; actuellement vous naviguez en Multi50. Et retour en IMOCA…
A.T. :
Je n’ai jamais eu de tels plans de carrière (rires) ! J’ai toujours rêvé d’être au départ du Vendée Globe. Mais c’est la beauté de la vie : on va de rencontres en rebondissements. Quand j’ai lancé l’actuel projet Multi50 (avec le rachat de l’ancien Actual, devenu Chocolat Réauté, ndlr), je pensais plus à un Ultim ensuite ! Mais là, c’est fabuleux. C’est un rêve éveillé. Le Vendée Globe représente le Graal, la quête absolue… Je ne peux que sortir des phrases banales sur le sujet. Mais c’est avant tout un projet sportif indéniable : tourner autour de la planète en bateau reste extraordinaire. Passer le cap Horn… J’ai goûté à la voile avec les récits de Moitessier, de Poncet et Janichon, de Patrick Van God… puis de la Whitbread. Il faut que j’aille voir le cap Horn et les mers du Sud !

Manuard TriponPour l'heure il ne s'agit que d'une vue 3D générale du bateau, les études de carène étant toujours en cours.Photo @ DR

Voilesetvoiliers.com : Allez-vous pouvoir mener sereinement de front votre saison en Multi50 – dont la Route du Rhum - et cette construction ?
A.T. :
C’est dense ! Mais c’est aussi la première fois que je fais construire un bateau neuf. Ce n’est pas anodin de mener un projet aussi ambitieux. Et quand je vois les compétences rassemblées autour, je suis impressionné. Je viens de disputer les 1 000 milles des Sables et à aucun moment je n’ai pensé au futur IMOCA. J’ai rassemblé une belle équipe technique. Pour l’instant cela se gère bien !

For Humble Heroes TriponA bord de l'IMOCA For Humble Heroes, Armel Tripon termina à une belle quatrième place au terme de la Route du Rhum 2014. Suite à un désaccord avec son partenaire, leur collaboration cessait en 2015.Photo @ Th. Martinez/Sea&Co