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Centres d’entraînements

Le CEM, centre actif

Fêtant sa treizième saison de formation et d’entraînement sur le bassin méditerranéen, le CEM, labellisé Pôle Espoir par la Fédération française de voile et le ministère de la Jeunesse et des Sports, confirme son rôle de découvreur de jeunes talents. A l’image de Pierre Quiroga, nouveau skipper CEM dans le sillage de Xavier Macaire, sacré champion de France Élite Course au Large en solitaire 2015. Camille El Bèze, directrice administrative du Centre d’entraînement Méditerranée, revient sur la genèse de cette structure originale et sur les développements initiés ces dernières années…
  • Publié le : 06/02/2016 - 00:01

Camille El BèzeCamille El Bèze, journaliste voile depuis des décades, a pris en charge la gestion administrative du Centre d’entraînement Méditerranée depuis trois saisons. Photo @ Richard Sprang

Voilesetvoiliers.com : Vous êtes responsable du bon fonctionnement du CEM…
Camille El Bèze 
:
J’ai intégré le Centre d’entraînement Méditerranée (CEM) depuis trois ans et je gère la partie administrative (comptabilité, logistique, accueil…) et la gestion des projets. Nous sommes deux personnes à plein-temps se partageant les tâches, avec Guillaume Rottée qui s’occupe plus particulièrement de la partie sportive. Mais nous sommes assez polyvalents parce que les rôles sont variés et que nous sommes peu nombreux…

Kito de PavantKito de Pavant, à l’origine du CEM après sa Solitaire du Figaro victorieuse en 2002, a toujours été tourné vers le renouvellement en embarquant sur ses différents bateaux Sébastien Col, François Gabart, Yann Régnault…Photo @ Benoît Stichelbaut Voilesetvoiliers.com : À l’origine, le CEM est une idée de qui et comment s’est-elle construite ?

C. E. B. : Kito de Pavant après sa victoire lors de La Solitaire du Figaro en 2002 a fédéré plusieurs coureurs méditerranéens comme Gilles Chiorri, Nicolas Bérenger, Laurent Pellecuer, Marc Emig, Jean-Paul Mouren, Christophe Arthaud… qui cherchaient à s’entraîner puisque c’était la grande époque des centres d’entraînement pour devenir plus performant. Ce regroupement a convaincu le Yacht-Club de La Grande-Motte qui a créé cette structure, avant que le CEM devienne un organisme indépendant. À la base, c’était donc une association vouée à rassembler les skippers méditerranéens en leur proposant des parcours entre trois bouées avec un entraîneur, pour se mesurer et partager leurs connaissances.

Voilesetvoiliers.com : Et cela a regroupé tous les coureurs méditerranéens ?
C. E. B. :
Oui, parce qu’il n’y avait rien ! La région était plutôt axée sur la voile olympique et la voile légère avec Antibes, Hyères, Marseille… Donc au départ, en 2003, c’était essentiellement des solitaires du Figaro. Petit à petit, la structure s’est étoffée en devenant une association avec Franck Citeau comme entraîneur qui était détaché par la mairie (désormais en charge des Nacra 17 pour les jeux Olympiques de Rio de Janeiro).

Voilesetvoiliers.com : Mais cette association s’est structurée au fil du temps !
C. E. B. :
En 2009, cette association reconnue Jeunesse & Sport commence à trouver des subsides auprès des collectivités territoriales, d’abord avec la ville de La Grande-Motte, le Conseil départemental, la Région… Très vite, les Ministes ont rejoint le CEM avec un mode de fonctionnement un peu différent parce que ce ne sont pas des professionnels : les Figaristes ont un programme d’entraînement d’une douzaine de semaines alors que les Ministes ne viennent que certains week-ends à la demande. Le CEM a rapidement eu un label Centre d’excellence régionale par la Fédération française de Voile, puis un label Pôle Espoir en complément du Pôle France-Finistère Course au Large de Port-la-Forêt.

FigaroLe circuit Figaro reste le meilleur support pour mettre en valeur les qualités régatières d’un jeune : comme en Bretagne ou en Vendée, La Grande-Motte avec le département de l’Hérault vise à promouvoir ces nouveaux talents. Photo @ Benoît Stichelbaut

Voilesetvoiliers.com : En revanche, ce n’est pas le même fonctionnement qu’en Bretagne…
C. E. B. 
:
Non. Par rapport aux autres sports où il y a des passerelles entre Pôle Espoir et Pôle France, le transfert est avant tout lié à la capacité des coureurs à trouver des financements ! Et puis il y a cette distance géographique et cette implantation régionale avec des profils de coureurs qui diffèrent sensiblement. Nous sommes censés former des jeunes, c’est pourquoi nous avons accueilli l’Artemis Offshore Academy qui a choisi de s’entraîner à La Grande-Motte il y a cinq ans, et le «Skipper Hérault» représenté pendant trois ans par Xavier Macaire.

Xavier MacaireChampion de France 2015 en Figaro, Xavier Macaire, issu de la filière Mini-Transat, a été le fer de lance du CEM et du département de l’Hérault pendant trois ans. Photo @ Richard Sprang

Voilesetvoiliers.com : Le CEM a donc glissé de sa fonction d’entraînement de coureurs méditerranéens aguerris à la formation de jeunes talents ?
C. E. B. 
:
En grande partie, oui. Kito de Pavant, Nicolas Bérenger, Laurent Pellecuer, Christopher Pratt, Jean-Pierre Nicol… étaient déjà des solitaires confirmés qui désormais participent comme formateurs. Et certains jeunes qui sont venus apprendre au CEM sont partis au Pôle France de Port-la-Forêt, par exemple les Britanniques Sam Goodchild, Jackson Bouttell, Henry Bomby… qui ont été en immersion totale pendant plusieurs semaines à La Grande-Motte puisqu’ils étaient aussi logés ici.

Voilesetvoiliers.com : Et le soutien de Xavier Macaire, sacré champion de France Élite Course au Large en solitaire 2015 ?
C. E. B. :
Le montage de «Skipper Hérault» a débuté avec l’aide du département en 2011, qui a dégagé un budget d’investissement et de fonctionnement pour acheter un Figaro-Bénéteau et sélectionner un jeune en 2012. Le programme s’inspirait de ce qui se faisait en Bretagne ou en Vendée sur deux ans, en choisissant un jeune talent. Mais Xavier Macaire a continué une année supplémentaire avant de passer la main à Pierre Quiroga cette saison.

Voilesetvoiliers.com : L’activité du CEM dure de janvier à décembre ?
C. E. B. :
En fait, on constate qu’il y a une légère crise de vocation pour le Figaro… En raison des budgets nécessaires, mais aussi à cause d’un manque d’engouement pour le support. Depuis le départ de l’Artemis Offshore Academy en 2014, nous n’avions plus trop de jeunes : c’est la raison pour laquelle nous avons lancé un programme autofinancé de détection et de sensibilisation pour faire découvrir le Figaro à tout un panel de jeunes régatiers de la voile légère ou du match-race qui n’osaient pas frapper à notre porte. Ou qui tentent le Challenge Espoir Bretagne-Crédit Mutuel, mais qui n’ont jamais pratiqué ce monotype ! Nous essayons donc de leur faire découvrir le large et le solitaire…

Groupe BelL’IMOCA Groupe Bel a longtemps été la vitrine des possibilités données en Méditerranée d’accéder à la course au large en solitaire sous l’impulsion de Kito de Pavant.Photo @ Gilles Martin-Raget

Voilesetvoiliers.com : Mais vous aviez déjà proposé ce type de stage à des jeunes qui ont émergé ensuite !
C. E. B. 
:
Certes, François Gabart, Paul Meilhat, Sébastien Col, Yves Le Blévec, Alex Pella, Damien Iehl, Phil Sharp, Philippe Presti, Robert Nagy, Christopher Pratt… sont venus au Centre d’entraînement Méditerranée avant de passer, pour certains, à la vitesse supérieure en Bretagne ! Mais aujourd’hui, nous sommes plus proactifs en sélectionnant des jeunes pour leur proposer réellement une formation et un suivi. Avec la volonté de créer une équipe CEM Jeunes en Diam 24, en Mini-Transat, en Figaro… Et le bateau Skipper Hérault est géré par l’association : Pierre Quiroga dispose du bateau et de la logistique pour la saison 2016, mais il doit trouver par lui-même son budget de fonctionnement.

Franck CiteauFranck Citeau, ancien représentant du Tornado aux jeux Olympiques d’Atlanta 1996 avec Fred Le Peutrec, fut entraîneur du CEM avant de devenir coach de l’Équipe de France olympique en Nacra 17.Photo @ Dominic Bourgeois

Voilesetvoiliers.com : Les stages de la saison passée que vous renouvelez cet hiver sont destinés à qui ?
C. E. B.
 :
La sélection sur dossier (quarante-trois) a permis de mélanger les profils avec des coureurs issus du haut niveau olympique, des jeunes atypiques mais hypermotivés, comme Aymeric Decroocq venu en plein hiver 2015 de Dunkerque et qui a été sacré skipper Bretagne-Crédit Mutuel Espoir pour 2016… Mais la plupart viennent du grand Sud grâce à Philippe Mourniac qui a été un «détecteur», des Pyrénées Orientales à Paca, plus quelques coureurs des plans d’eau intérieurs du côté de Lyon : Achille Nebout, Pierre Quiroga, Marc Mallaret, Yvan Thellier, Marc Soler, Jean Mattei, Manuel Aguilar…

Voilesetvoiliers.com : Il y a eu aussi le projet de Kito de Pavant sur le Tour de France à la Voile…
C. E. B. :
Made in Midi est vraiment un projet de Kito de Pavant, le CEM n’y participe qu’en détectant de jeunes talents. Notre idée directrice est que les «anciens» forment les «nouveaux» en les invitant sur leurs bateaux : cela crée des échanges très riches parce que tout le monde apporte quelque chose ! Gwen Gbick, Michel Cohen, Alexia Barrier, Laurent Pellecuer, Sébastien Planche, Laurent Camprubi… prêtent leur bateau pour former des jeunes. C’est la marque de fabrique du CEM : le parrainage, le tutorat, le soutien technique.

Voilesetvoiliers.com : Les stages que le CEM organise l’hiver durent combien de temps ?
C. E. B. :
Ils sont regroupés sur trois jours : accueil le vendredi avec une journée théorique puisque certains n’ont jamais mis les pieds sur un habitable ! Le week-end est vraiment consacré à la navigation avec quinze heures sur l’eau… Un départ le samedi avec un petit parcours en équipage réduit (trois à bord : deux stagiaires, un coureur), puis une épreuve de nuit jusqu’à 2 heures du matin. Le dimanche, de nouveau un parcours de manœuvres pour repartir chacun chez soi le soir. Ces sessions sont autofinancées par le CEM, mais une fois que ces stages ont permis de découvrir de nouveaux talents, nous essayons de leur proposer des navigations grâce à notre réseau pour courir en Mini-Transat, en Figaro, en IRC…

Pierre QuirogaPierre Quiroga, issu de la voile légère, s’est progressivement intégré au circuit monotype des Open 5.70, des Longtze et des J-80 avant de s’investir sur le circuit Figaro.Photo @ Daniel Hillaire

Voilesetvoiliers.com : Pierre Quiroga est désormais le nouveau «Skipper Hérault» !
C. E. B. 
:
Il est venu la saison dernière avec une forte motivation pour participer à la Generali Méditerranée l’automne dernier, puis s’est inscrit au Challenge Espoir Bretagne-Crédit Mutuel et finalement a remporté la sélection du CEM. Notre plan d’action décidé en 2014 est clairement orienté vers les jeunes.

Made in MidiPrésent dès la première édition du Tour de France à la voile sur Diam 24, Made in Midi a permis à de jeunes régatiers de se faire la main sur un support technique et parfois volage…Photo @ Jean-Marie Liot

Voilesetvoiliers.com : Mais en dehors de ces actions, le CEM accueille d’autres coureurs !
C. E. B. 
:
Historiquement, il y a eu des coureurs qui sont venus nous voir, notamment issus du multicoque. Nous avons ainsi accueilli le projet suisse Hydros pour la Petite Coupe de l’America pendant deux ans : ils ont navigué pendant six mois à La Grande-Motte ! Les GC-32 sont aussi venus tester leurs premiers foils… Ces actions sont également en accord avec la politique de la ville qui organise le Salon des multicoques en avril depuis cinq ans. Franck Citeau, qui a animé le CEM pendant plusieurs années, est désormais entraîneur des Nacra 17 pour les jeux Olympiques de Rio de Janeiro : l’Équipe de France olympique est donc venue à La Grande-Motte, surtout qu’il y a eu le championnat d’Europe en 2014… Nous avons aussi entraîné les M-2 suisses et nous pensons accueillir les Diam 24 en préparation au Tour de France à la Voile.

Voilesetvoiliers.com : Au programme cette saison ?
C. E. B. 
:
Nous aurons huit Figaristes dont un Suédois et un Espagnol, avec douze semaines de stage entre novembre 2015 et mars 2016. Et nous devrions accueillir sept Ministes pour douze week-ends d’entraînement en collaboration avec les Catalans qui montent une base à Barcelone avec Anna Corbella. Et le CEM a fait l’acquisition d’un Diam 24 pour le Tour de France à la Voile 2016 avec un équipage jeune. Enfin, cinq stages sont programmés pour les Trans-Quadra en solo et en double.

Skipper HéraultDurant trois saisons, Xavier Macaire a porté haut les couleurs de l’Hérault sur le circuit Figaro, et le CEM n’est pas pour rien dans sa préparation et son suivi malgré les moyens restreints alloués. Photo @ Olivier Blanchet