Actualité à la Hune

Douarnenez-Horta Solo

Charlie Dalin passe en force

La première étape de la Douarnenez-Horta Solo s’est achevée dimanche sur l’île de Faial (Archipel des Açores, Portugal). Après plus de 1 600 milles d’une course effrénée, Charlie Dalin s’est imposé sur le podium devant Nicolas Lunven et Sébastien Simon. Yoann Richomme, 7e avec 1 heure 34 minutes de retard, a peut-être hypothéqué ses chances au championnat de France…
  • Publié le : 06/09/2016 - 09:39

 

Dalin arrivée HortaUn dernier caprice d’Éole pour Charlie Dalin alors que la ligne est à une encablure. Photo @ François Van Malleghem/Douarnenez Horta

En quittant les terres finistériennes le 27 août dernier, les dix-sept participants à l’ultime épreuve du championnat de France Elite de course au large en solitaire 2016 salivaient d’envie. Après une Le Havre Allmer Cup et une Solitaire Bompard-Le Figaro à compter les cailloux, ils allaient enfin pouvoir s’en donner à cœur joie dans les embruns hauturiers. Une fois le raz de Sein passé, la cible définie par les instructions de course les envoyait vers les Açores, et le port d’Horta précisément. Toutes les options étaient donc offertes aux audacieux, Favet Neptunus Eunti (Neptune favorise ceux qui osent, ndlr) étant alors leur locution latine préférée. Mais un cyclone tropical répondant au doux nom de Gaston et en formation en plein milieu de l’Atlantique en a décidé autrement. Envoyer au casse-pipe les Figaro Bénéteau 2 n’étant pas raisonnable, le directeur de course, François Seruzier, lui-même Figariste dans les années 1990, a donc sagement décidé d’imposer des portes obligatoires dans la route Sud des concurrents. Dès lors, pour les torcheurs de voile, la donne n’était plus la même.

Charlie Dalin (Skipper Macif 2014), vainqueur en Normandie au printemps et deuxième de la Solitaire à la mi-juillet, était parti avant tout pour remporter le titre de champion de France. Une victoire sur cette première édition de la Douarnenez-Horta pouvant être la cerise sur le gâteau. Après huit jours d’Atlantique à fond, sa démonstration a été plus que probante. Il a su damer le pion à ses principaux adversaires : «Cette étape a été fatigante, avec des bords plus ou moins obligatoires et donc sans trop de décalages possibles. Nous avons été pratiquement toujours à vue avec d’autres bateaux. Il y a eu une transition à ne pas rater, une dorsale à passer quarante-huit heures avant l’arrivée. A sa sortie, le vent de travers était stable en force et en direction. Il fallait donc être devant et juste faire attention à l’atterrissage en passant devant les hauteurs du mont Pico. Comme je vais vite au près au vent de travers, je n’ai pas eu de problème pour creuser un peu d’écart sur Nicolas Lunven (Generali) jusqu’à l’arrivée.»

Victoire Dalin HortaCharlie Dalin s’est offert le premier tronçon de la Douarnenez-Horta Solo 2016 après avoir subtilisé le leadership à Nicolas Lunven lors des dernières vingt-quatre heures. Photo @ François Van Malleghem/Douarnenez Horta

Si la course semble avoir été limpide pour le Normand, une anecdote a failli lui jouer un mauvais tour après le cap Finisterre : «Il m’est arrivé un truc dont je n’avais jamais entendu parler. A un moment donné, en envoyant mon spi, j’ai fait un départ au tas et un bout de laine est venu s’entortiller sur le petit moulin de l’anémomètre. Je me suis retrouvé à ne pas pouvoir utiliser le pilote automatique en mode vent pendant trois jours. Comme je connais mes réglages et mes vitesses cibles pratiquement par cœur, à chaque transition, je mettais plus de temps à faire mes adaptations. C’était aussi embêtant pour analyser et valider les fichiers météo que l’on recevait. Alors que le vent s’était calmé, avec une mer plate, à la deuxième tentative, j’ai réussi à monter en tête de mât pour décrocher le brin. Une première pour moi.»

Pour la deuxième étape de l’épreuve (départ samedi prochain, ndlr), Charlie Dalin partira sans aucun doute en confiance, avec comme objectif majeur son deuxième titre de champion après celui de 2014 : «Yoann Richomme a pris un peu de retard dans l’histoire, mais rien n’est terminé. Il reste un paquet de milles pour rentrer. Et dans ce sens-là, il va falloir rester devant les fronts le plus longtemps possible. Sur le papier, quand tu vas dans le sens des systèmes, c’est là où les écarts se font. Il faudra être vigilant. En ce sens, je vais surveiller la route de mes adversaires les plus dangereux au classement. Je déciderai surtout de ma stratégie en fonction de la météo.»

Générali HortaNicolas Lunven achève son périple après 1 615 milles parcourus. Un quart d’heure le séparant de Charlie Dalin, le match retour promet. Photo @ François Van Malleghem/Douarnenez Horta

Grappe de raisin

Nicolas Lunven, deuxième donc, affirmait après une bonne journée de repos être satisfait de sa course. Un petit quart d’heure n’étant rien à l’échelle de la route du retour : «Nous avons quasiment fait une Solitaire du Figaro. En nombre de milles et en trois étapes qui ont été les marques imposées pour que l’on évite d’aller jouer trop près de la violente dépression tropicale. Je ne suis pas trop mécontent de ma deuxième place car j’ai mené une bonne partie des hostilités. J’ai pris la tête après le cap Finisterre où nous avons eu une nuit assez musclée avec plus de 30 nœuds. En fait, j’ai fait aux autres ce que Charlie a réalisé au reaching sur la fin mais au portant VMG sous spi. Cela m’a permis stratégiquement de prendre un petit décalage pour être mieux placé que tout le monde. Et cela a pratiquement duré jusqu’à deux jours de l’arrivée.» Le changement de parcours n’a pas été un problème pour le Morbihannais, troisième de la Solitaire en juillet et actuel troisième au classement provisoire du championnat : «Dans l’absolu, cela a changé la course dans le sens où nous n’avons pas eu huit jours de nav’ ouverts dans l’Atlantique, mais pour moi, cela ne l’a pas dénaturée pour autant. Nous avons fait du vrai large entre chaque marque où il n’y avait pas de côte à droite ou à gauche, sans contrainte donc. Et puis, il n’y avait pas une porte tous les 50 milles.» Une marche grégaire vers le but a donc été imposée aux concurrents, tout cela dans des conditions maniables. A mi-étape, huit bateaux se tenaient dans un mouchoir de poche. «Le problème du Figariste, même s’il fait de la navigation en solitaire : pour ne pas se retrouver tout seul, il reste collé aux autres comme une mouche sur son fruit. On reste donc en grappe de raisin à se tester, à regarder ce que font les autres, à s’ajuster au quart de degré près. Comme nous avons tous les mêmes infos météo, globalement, on va tous au même endroit, et tout ça à fond» ajoutait Nicolas Lunven. Le break a été fait après le passage de la fameuse dorsale, malheureusement pour lui : «Normalement, lorsque tu es dans une dorsale, tu t’arrêtes le premier. Les autres reviennent, mais tu repars le premier. Là, c’est Charlie qui a pris le meilleur sur moi. Les deux derniers jours se déroulant au reaching, là où il est meilleur que moi, je n’ai pas pu le rattraper malgré tous mes efforts. A l’arrivée, je lui ai demandé en rigolant s’il ne voulait pas qu’on échange nos secrets de vitesse.»

Sur le fil

Pour la troisième place, cela a été plus que serré. Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) prenant le dessus sur Corentin Douguet (Sofinther-Un Maillot pour la Vie) et Anthony Marchand (Ovimpex-Secours Populaire).

SimonLa lutte a été intense jusqu’au bout pour la troisième place. Sébastien Simon s’offrant le scalp de Corentin Douguet pour une minute et trente-deux secondes. Photo @ François Van Malleghem/Douarnenez Horta

Ces trois hommes se tenant en quatre petites minutes à plus d’une heure de Charlie Dalin. Sébastien Simon était rassuré sur sa façon de naviguer, lui qui avait connu une année plutôt en demi-teinte : «J’ai fait la course en tête avec Charlie, Nico et Anthony. Malheureusement, fatigué sans doute, je pense avoir dormi une vingtaine de milles avec un sac plastique dans la quille et je me suis fait distancer par eux, et bien sûr rattrapé par le groupe de derrière. Corentin m’a doublé à une dizaine de milles de l’arrivée. Je me suis accroché et à l’approche d’Horta, où il y a plein de falaises, je suis repassé devant lui grâce à une petite risée.» Ravi de ce podium, le Sablais de naissance avait également le sentiment d’avoir encore progressé : «Cette année, mes résultats n’ont pas été dus à un manque de réussite. Je pense que je n’ai pas su gérer certains éléments. Là, j’espérais une place dans les quatre premiers, le contrat est rempli. Face à des hommes d’expérience comme Nicolas, Charlie, Yoann ou même Gildas Morvan (Cercle Vert), il faut une énergie monstrueuse. Quand je suis devant, c’est l’euphorie, et j’ai du mal à me concentrer et à mobiliser toute l’énergie qu’il faut pour la fin de la course. Maintenant, je sais que je suis capable de gagner la prochaine étape mais je pense qu’il me manque encore un petit cran pour remporter une course comme celle-là. Le principal sera de prendre du plaisir.»

Richomme HortaYoann Richomme avait de fortes ambitions au départ de Douarnenez. Désormais à 1 h 34 de son compagnon d’écurie, la victoire finale semble plus compliquée pour lui. Photo @ François Van Malleghem/Douarnenez Horta

Le départ du chemin retour vers Douarnenez est programmé pour le samedi 10 septembre. En attendant ces ultimes milles de leur championnat, les Figaristes auront tout loisir de visiter certaines îles de l’archipel des Açores ou de grimper sur le mont Pico et ses 2 351 mètres. Certainement pour prendre de la hauteur face à la prochaine adversité.

 

Douarnenez-Horta Solo
Première étape

1.   Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), les 1 615 milles en 8 jours 6 heures 17 minutes 59 secondes

2.   Nicolas Lunven (Generali) à 15 minutes 11 secondes

3.   Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) à 1 heure 4 minutes 54 secondes

4.   Corentin Douguet (Sofinther-Un Maillot Pour la Vie) à 1 heure 6 minutes 24 secondes

5.   Anthony Marchand (Ovimpex-Secours Populaire) à 1 heure 8 minutes 22 secondes

6.   Xavier Macaire (Chemins d’Océans) à 1 heure 27 minutes 41 secondes

7.   Yoann Richomme (Skipper Macif 2014) à 1 heure 34 minutes 20 secondes

8.   Gildas Morvan (Cercle Vert) à 2 heures 15 minutes 2 secondes

9.   Martin Le Pape (Bellocq Paysages) à 5 heures 21 minutes 4 secondes

10. Pierre Quiroga (Skipper Espoir CEM) à 6 heures 49 minutes 41 secondes

11. Damien Cloarec (SafeRail) à 8 heures 17 minutes 41 secondes

12. Sophie Faguet (Région Normandie) à 9 heures 11 minutes 31 secondes

13. Arnaud Godart-Philippe (Faun Environnement-Martinique Destination Voile) à 9 heures 25 minutes 44 secondes

14. Théo Moussion (#Théoenfigaro) à 1 jour 1 heure 17 minutes 6 secondes

Abandons :
Tanguy Le Turquais
(Lizmer-Capitole Finance), Justine Mettraux (TeamWork) et Aymeric Decroocq (Bretagne CMB Espoir).