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Pôle Finistère Course au large

Christian Le Pape : «Plutôt donner les clés qu’ouvrir les portes»

  • Publié le : 20/12/2014 - 00:01

Créé officiellement il y a vingt ans à Port-la-Forêt, le Pôle Finistère Course au Large est devenu un incontournable dans le paysage voile : sa méthodologie et sa structure ouverte ont permis d’élever le niveau de jeu de tous les solitaires, jeunes talents en devenir ou skippers confirmés. Christian Le Pape à l’initiative de ce centre d’entraînement de haut niveau revient sur ses origines et ses évolutions au fil des années…

 

Christian Le PapeDepuis plus de vingt ans, Christian Le Pape et son équipe contribuent à faire émerger les nouveaux talents de la voile océanique et à tirer vers le haut le niveau des skippers déjà confirmés.Photo @ Pôle Finistère


v&v.com : Le Pôle Finistère fête ses vingt ans d’existence !
Christian Le Pape
: En fait, les premiers stages ont débuté en 1990… Le déclencheur a été le monotype Figaro Bénéteau sur La Solitaire : on a considéré qu’on pouvait s’entraîner de manière plus efficace ensemble sur un bateau que les skippers ne pouvaient pas modifier (contrairement aux années précédentes avec les Half-tonners où les derniers-nés allaient plus vite que les autres). Il fallait donc tirer la quintessence d’un voilier standardisé.


v&v.com : Comment en es-tu venu à te spécialiser en course au large ?
C.L.P. : J’étais professeur d’EPS à la Direction Départementale de la Jeunesse et Sports du Finistère (à l’époque, les deux ministères de l’éducation et des sports étaient liés) avec un Brevet d’État deuxième degré en voile. J’avais aussi beaucoup navigué avec Jean Le Cam et Hubert Desjoyeaux, pratiqué le Laser à bon niveau national après un CREPS à Dinard dans les années 75-80… Et j’ai eu la chance d’avoir un poste à Quimper parce que c’était l’ouverture aux régions avec la décentralisation de 1981. Les Conseils Généraux ont alors eu beaucoup de missions à remplir et pas mal d’argent pour le faire. Il y a donc eu des détachements de personnel de l’État pour les départements. Et le Finistère avait une réelle volonté de développer sa façade nautique : ce sont les débuts de Nautisme en Finistère dans les années 1985-86…

 

Pole FinistèreL’arrivée du monotype Figaro Bénéteau 1 a été l’un des moteurs de la mise en place méthodologique du Pôle Finistère dans les années 90.Photo @ Pôle Finistèrev&v.com : La NEF (Nautisme en Finistère) a donc été l’une des premières structures à l’origine du Pôle ?
C.L.P. La NEF s’occupait alors de la gestion du nautisme, donc autant pour structurer et mutualiser les écoles de voile que pour dynamiser la pratique du sport nautique. D’où l’association entre Loïc (Ponceau) et moi-même.


v&v.com : Mais comment s’est créé ce centre d’entraînement ?
C.L.P. Probablement au bistro, comme toujours ! Car l’idée de ce Pôle Finistère est collective avec Loïc, moi, Jeunesse et Sports Finistère, NEF. On a pensé que c’était porteur avec pour objectif qu’un Finistérien gagne La Solitaire du Figaro… Michel Desjoyeaux était en devenir, Jean Le Cam avait gagné des étapes, mais aucun Finistérien n’avait remporté l’épreuve depuis six saisons ! Alors on organise avec Loïc des stages en 1990 à Bénodet parce que le président du club YCO était super dynamique et nous prêtait une vedette toute neuve.
 

v&v.com : Tu es alors détaché pour cette mission…
C.L.P. En fait, cela durait trois semaines sur toute l’année à l’origine ! On a créé avec Loïc des modules de quatre jours sur les Figaro Bénéteau 1. On a mis en place une approche plus rationnelle avec du sport en salle à Quimper, un peu de sophrologie, avec un contrat entre l’École Nationale de Voile, les voileries Incidences et Le Bihan, le Conseil Général du Finistère pour faire de la recherche sur les profils : on a équipé des bateaux avec de penons, on a fait des photos… C’est la grande époque Recherche & Développement essentiellement tournée vers les Finistériens : un Finistérien devait gagner avec du matériel conçu dans le département !
 

Pole FinistèreLa formation du Centre d’entraînement ne s’effectue pas seulement sur l’eau et les briefings et les cours météo se sont multipliés au fil des années : autour de Christian Le Pape, Michel Desjoyeaux et Vincent Riou.Photo @ Pôle Finistèrev&v.com : Et combien de stagiaires à l’origine ?
C.L.P. : Huit ou dix : il y a déjà Rolland Jourdain, Jean Le Cam, Bertrand de Broc, Marc Guillemot, Christian Cudennec, Jacques Caraës, Christine Guillou, Loïck Blanken, Frédéric Leclerc, avec Alain Comyn  comme invité… On fait aussi un accompagnement sur La Solitaire du Figaro dès 1990 avec Dominique Conin comme spécialiste météo parce que c’étaient les débuts du routage avec MacSea. En fait, les logiciels n’évitaient pas encore les côtes et la trajectoire coupait la presqu’île du Cotentin… J’y croyais à ces algorithmes, parce que c’était les prémices de cette évolution technologique de la voile. Mais le message était difficile à faire passer, surtout avec un Christian Cudennec qui avait remporté La Solitaire en 1984 ! 
 

v&v.com : Et aucun Finistérien ne gagne La Solitaire en 1990 et 1991 sur ce nouveau support monotype !
Christian Le Pape : Laurent Cordelle s’impose en 1990 et Yves Parlier en 1991… Ça commençait mal, mais les approches s’avéraient bonnes. Michel Desjoyeaux nous a rejoints et a apporté beaucoup dans la confirmation de la méthode : il avait une dizaine d’années de décalage d’âge par rapport à nous et aux skippers, ce qui était parfait pour remettre à plat nos acquis et nos connaissances. On ne dit pas les mêmes choses avec des marins qui ont partagé notre vie, avec qui on est allé au bistro, on a fait la fête…

 

v&v.com : Mais quels étaient les points forts de ces sessions d’entraînement ?
C.L.P. On faisait de la navigation, du footing, de la musculation… Mais aussi de l’évaluation sportive : ce sont les débuts des tests d’efforts avec des montres cardio et certains se moquaient de moi en fumant une cigarette histoire de monter le rythme cardiaque de cinq pulsations ! Et puis ce sont aussi des sorties en mer pour travailler les départs, les manœuvres, les enroulements de bouée… comme maintenant. C’était encore un pari parce que beaucoup de monde prétendait que les coureurs étaient des caractériels qui ne pouvaient pas être dirigés, qui ne savaient pas s’organiser, qui n’allaient pas partager leurs expériences et leurs savoirs. Mais cette époque est aussi celle de la démocratisation du GPS, des pilotes automatiques, des centrales de navigation… On passait du marin bourru, dur au mal mais expérimenté en navigation, à de jeunes régatiers fascinés par l’évolution technique et à l’esprit rationnel.
 

 

Départ Pole FinistèrePréparation à La Solitaire du Figaro 2014 : Yann Eliès n’hésite pas à s’engager bâbord amures sur ce départ d’entraînement à Port-la-Forêt !Photo @ Pôle Finistère

 

v&v.com : Le sport en règle générale est alors en pleine évolution !
C.L.P. La voile olympique a déjà changé son approche en terme de volume d’entraînements, de suivi médical, de tests comparatifs de matériel… C’est d’ailleurs un reproche à l’époque : il n’y a pas de sportifs de haut niveau en course au large ! Les skippers fument, boivent, font la fête et ne s’entraînent pas autant qu’un jeune en Optimist…
 

v&v.com : Mais il y a un déclic…
C.L.P. L’arrivée intensive de Michel Desjoyeaux en 1991 et surtout sa participation active en 1992 sont essentielles : il devient l’un des leaders du dispositif. Et La Solitaire du Figaro arrive à Port-la-Forêt ! Mich’Dej termine premier, Jean Le Cam gagne l’étape et finit deuxième au classement général… Ce sont les stars du Finistère et le Conseil Général nous suit encore plus. Et il y a un rayonnement en France : la méthode est originale de préparer collectivement des navigateurs solitaires et de créer une vraie émulation, même si cela ne plaît pas à certains.
 

Pole Finistère1997 a été l’une des années phares du Pôle Finistère avec Franck Cammas en fer de lance : Christian Le Pape est à la caméra, Loïck Ponceau à la VHF pour diriger cet entraînement avant La Solitaire.Photo @ Pôle Finistèrev&v.com : Et parallèlement, il y a une volonté d’ouverture du centre finistérien…
C.L.P. Rester entre Finistériens me semblait restrictif. Les coureurs finistériens créent alors une association «Coureurs d’Océans» avec Loïc Blanken comme président, Jean-Luc Nélias, Marc Guillemot, Bertrand de Broc, Frédéric Leclerc… pour défendre leurs intérêts. Mais avec toute l’équipe du centre, on commence à y croire vraiment même si cela ne représentait qu’à peine un dixième de notre réel emploi du temps, puisque pour ma part, je donnais des cours à INB, je faisais des formations au Brevet d’État, des entraînements pour des danseuses comme prof d’EPS dans une Direction Départementale… On voulait pérenniser cette formation et la SEM de Port-la-Forêt avait aussi mission d’animation sur le site. Il y avait le chantier CDK Composites à quelques pas du port et de nouvelles activités nautiques en cours d’installation. On crée donc en 1992 une association «Voile Performance en Finistère» avec des élus comme Henri Bacchini, Michel Kerhoas, Jean Kerhoas, le Conseil Général et la Fédération française de Voile avec des locaux à Port-la-Forêt.
 

v&v.com : Mais l’année suivante, c’est un Morbihannais qui s’impose sur La Solitaire !
C.L.P. Dominic Vittet gagne ! Mais en 1993, on arrive à convaincre le Crédit Agricole du Finistère de créer un Challenge Espoir réservé aux Finistériens et remporté par Loïc Gallon. Et le réel tournant a lieu en 1994 quand le monotype Figaro Bénéteau change son gréement en supprimant les bastaques : or le Challenge Espoir se déroulait sur ce type de bateau, le Challenge dédié au Défi des Ports de Pêche… On pouvait donc aligner notre bateau des sélections avec un jeune sur La Solitaire ! Et on arrive à les convaincre d’ouvrir le Challenge Espoir à tous les jeunes de France et de Navarre. Et c’est Franck Cammas, le coureur d’Aix-en-Provence qui s’impose… Le premier «étranger» ! Mais ça n’a pas été facile de faire passer le message aux partenaires finistériens.
 

Pole FinistèreSur l’eau, les skippers travaillent autant les manœuvres que le positionnement tactique pour acquérir les automatismes indispensables avant une transat en double ou une course en solitaire.Photo @ Pôle Finistèrev&v.com : Le centre d’entraînement s’institutionnalise…
C.L.P. Jean Le Cam gagne La Solitaire en 1994 et Franck Cammas sous les couleurs du Crédit Agricole est premier bizuth et termine sixième au général ! Jackpot. Un jeune formé au centre explose dès le premier coup. Mais à l’époque, la sélection était renouvelée tous les ans. Et les coureurs ne gagnaient pas vraiment leur vie : Jean (Le Cam) ou Michel (Desjoyeaux) faisait des piges ou de la strat chez CDK… Le Challenge Espoir était payé pour toute la saison avec un bateau fourni et préparé. Et cela ne faisait pas l’unanimité parmi les coureurs. Comme les briefings que certains voulaient organiser au bistro : nous n’avons jamais cédé.
 

v&v.com : Et tu deviens à plein temps à partir de quelle date ?
C.L.P. Fin 1995. Mais l’année précédente, on avait obtenu le Label Pôle France par le Ministère, ce qui m’a permis ensuite d’être détaché à plein temps. Mais on n’avait pas forcément les moyens de nos ambitions : avec Loïc (Ponceau), on récupérait des rames de papier, des agrafeuses, des machines à faire des trous, des trombones à la NEF ou ailleurs pour nous fournir… Et Loïc est aussi à plein temps la saison suivante. Cette fois, le centre était ouvert toute l’année : on faisait aussi bien de la comptabilité que de la préparation physique, des stages sur l’eau, des formations météo. On jonglait avec les locaux et en 1995, on achète un pneumatique.
 

v&v.com : Mais l’objectif principal, c’était La Solitaire du Figaro…
C.L.P. Notre cycle de formation était lié à cette course. Il fallait aussi trouver des financements complémentaires avec les institutionnels (État, région Bretagne, département) et les entreprises privées : cela n’était pas encore dans l’air du temps. Et le Challenge Espoir continue avec Gaël Le Cléac’h en 1995, Nicolas Bérenger en 1996, puis Yann Eliès, Sébastien Josse, Armel Le Cléac’h, Christopher Pratt, Oliver Kraus… Et à partir de 1998, l’octroi du bateau Crédit Agricole est étendu à deux saisons.

 

Challenge EspoirLes dix ans du Pôle Finistère Course au Large avec entre autres, Franck Cammas, Armel Le Cléac’h, Yann Eliès, Sébastien Josse, Nicolas Bérenger, Gaël Le Cléac’h…Photo @ Pôle Finistère

 

v&v.com : Et le Challenge Espoir change de nom au fil des années !
C.L.P. : Le Crédit Agricole a été remplacé par la Région Bretagne en 2008  et en 2011, la région a été rejointe par le Crédit Mutuel en allongeant la durée de prise en charge à quatre ans possible de contrat professionnel et en créant la filière Elite avec Nicolas Troussel pour le Tour de France à la Voile.
 

v&v.com : Pourquoi le Pôle Finistère ne s’est pas installé à Brest qui offrait plus de facilités à cette époque ?
C.L.P. : Cela a failli se faire ! Heureusement que le Label Pôle France était déjà attribué en 1994 parce que la saison suivante, c’est Philippe Poupon (Rochelais) qui gagne La Solitaire avec Philippe Vicariot (Brestois) comme dauphin. A cette époque, il y avait encore des amateurs très éclairés qui jouaient la gagne comme Damien Savatier, Hervé de Kergariou… La performance de Philippe Vicariot avait impressionné tout le monde parce qu’il avait joué un superbe coup stratégique sur l’étape Brest-Kinsale : il avait 200 milles d’avance à un moment ! On avait été bien secoué par la presse avec le titre de Stéphan Lhermite, «La faillite d’un système» dans l’Équipe… Au point que Brest a voulu récupérer le centre, mais le Ministère s’y est opposé parce qu’il ne pouvait y avoir qu’un seul centre de haut niveau. Puis de nouveau, les résultats se succèdent avec la victoire de Jean Le Cam sur La Solitaire en 1996, celle de Franck Cammas l’année suivante, puis celle de Michel Desjoyeaux et de nouveau celle de Jean Le Cam en 1999. Mais ce qui marque aussi ce tournant, c’est la disparition des amateurs qui ne brillèrent plus, d’abord dans les dix premiers, puis dans les vingt, puis dans les trente…
 

Pole FinistèreDès les années 2000, les sessions sur l’eau en plein hiver n’ont pas cessé d’élever le niveau de performance des solitaires sur un circuit Figaro de plus en plus exigeant.Photo @ Pôle Finistèrev&v.com : La course au large se professionnalise complétement…
C.L.P. Cela peut être regrettable, mais cela a permis aussi de structurer le circuit et de faire comprendre aux partenaires que leur investissement dans la voile rapportait et valorisait leur image. D’autres entreprises ont créé leur propre sélection pour mettre en valeur un jeune sur le circuit Figaro, mais il n’avait qu’un budget ric-rac pour le bateau et rien pour le skipper qui pointait à… Pôle Emploi ! Le sport, ce n’est pas que de l’argent mais pour autant, il ne fallait pas que le skipper tire la langue financièrement.


v&v.com : Et Port-la-Forêt se transforme !
C.L.P. : Il y avait vingt personnes qui travaillaient sur zone pour la course au large il y a vingt ans, il y en a 160 aujourd’hui ! Et ce n’est pas à cause de la plaisance… Ce phénomène s’est développé aussi à Lorient ces dernières années. Et le Pôle Finistère a contribué à cette transformation économique. Parallèlement, le circuit Figaro s’est étoffé avec des transats et des épreuves d’avant et d’après saison. Quand il n’y avait que La Solitaire du Figaro, c’était difficile pour un coureur de justifier un budget qui était devenu conséquent et il était difficile pour un skipper de gagner correctement sa vie…
 

v&v : Et désormais, ce ne sont que des professionnels.
C.L.P. : Oui, mais ce ne sont plus que des coureurs ! Ils sont devenus chefs de projet : dans les stages, on aborde la communication, la fiscalité, le management… Si la méthode reste la même qu’à l’origine, l’enseignement a évolué, s’est enrichi, diversifié. Maintenant on donne aussi les clés pour convaincre un sponsor, pour gérer une société parce que la dimension sportive n’est plus suffisante. Le sport est devenu un levier de développement économique et touristique : il a fallu s’adapter et s’ouvrir à d’autres classes.

 

Entrainement Vendée GlobeAprès le monotype Figaro, le Pôle Finistère s’est tourné vers d’autres classes plus océaniques comme l’IMOCA afin de préparer les solitaires au Vendée Globe comme en 2008.Photo @ Pôle Finistère

 

v&v.com : Avec les préparations à la Route du Rhum ou au Vendée Globe ?
C.L.P. Les trimarans ORMA sont venus dès 1998 quand Franck Cammas est passé au multicoque océanique. On a organisé les premiers entraînements ORMA pour les Grand Prix avec Groupama, La Trinitaine… On a dû briser quelques réticences pour convaincre les équipes, avec aussi les monocoques IMOCA en préparation au Vendée Globe 2000 avec Michel Desjoyeaux et Rolland Jourdain. Mais il a fallu se remettre en cause parce que le tour du monde en solitaire, ce n’est pas une régate en baie ! Mais on était certain que les entraînements étaient bénéfiques : prendre un bon départ devant Les Sables d’Olonne, c’est aussi donner de la confiance ; manœuvrer entre trois bouées, c’est être sûr qu’on maîtrise sa machine…
 

v&v.com : Avec des skippers confirmés qui n’avaient normalement pas besoin de progresser !
C.L.P. : En fait, on a eu des skippers océaniques (ORMA ou IMOCA) qui sont venus et qui n’étaient pas passés auparavant sur des supports plus petits, plus régatiers et à chaque fois, ça a été un fiasco : ils n’en retiraient rien… Mais quand ils sont revenus faire du Figaro, ils ont décollé ! Il faut tout de même une approche cartésienne et rigoureuse pour progresser.
 

Trimarans Orma-Port la ForêtMême s’ils ont un niveau d’excellence remarquable, les solitaires de la Route du Rhum 2006 se confrontent en baie de Concarneau avant la Route du Rhum…Photo @ Pôle Finistèrev&v.com : Au fil du temps, d’autres centres d’entraînement se sont créés…
C.L.P. En Méditerranée, à Saint-Gilles Croix-de-Vie, à Lorient avec une structure privée… La course au large de haut niveau ne fut réellement reconnue par l’État qu’en 2003 et les bâtiments actuels du Pôle Finistère ne furent construits qu’en 2004 grâce au soutien des institutions. Mais sur La Solitaire du Figaro depuis 1996, c’est toujours un coureur qui est passé par le Pôle Finistère qui s’impose à l’exception de 2000 (Pascal Bidégorry) et de 2002 (Kito de Pavant qui créa d’ailleurs le CEM à la Grande Motte)…
 

v&v.com : Le Pôle a aussi accueilli d’autres coureurs comme les Mini-Transat…
C.L.P. Ça n’a pas vraiment fonctionné : on a organisé deux fois des stages mais on avait parfois les bateaux, parfois les skippers, jamais les deux en même temps…
 

v&v : Et le Pôle aborde aussi d’autres thèmes.
C.L.P. On a appelé des kinés, des ostéos, des communicants, des spécialistes d’autres secteurs du jeu qui sont devenus des incontournables… La demande des jeunes coureurs est désormais plus exigeante, plus dépendante. Pourtant pour gagner La Solitaire et plus encore le Vendée Globe, il faut acquérir son autonomie ! Plutôt donner les clés qu’ouvrir les portes : on n’est pas des prestataires de service mais des formateurs. Dans le sport, il y a le haut niveau et les champions, ce ne sont pas les mêmes et ils n’ont pas les mêmes besoins et exigences…
 

Cammas et ProffitL’un des premiers jeunes skippers à suivre avec assiduité les formations du Centre de Haut Niveau : Franck Cammas avec Franck Proffit en octobre 2003 avant la transat Jacques Vabre.Photo @ Pôle Finistèrev&v.com : Ce qui signifie ?
C.L.P. : On forme des sportifs de haut niveau comme dans les centres d’entraînement de football ou autres, mais les champions sortent du commun parce qu’ils sont aussi force de proposition, parce qu’ils se remettent en cause, parce qu’ils sont curieux et qu’ils s’adaptent plus vite. Ce ne sont pas particulièrement les bateaux qui nous intéressent, mais ceux qui les pilotent. Entraîner un équipage de neuf personnes sur un trimaran ORMA, c’était génial !
 

v&v.com : Et quels nouveaux champions ont émergé du Pôle Finistère ces dernières années ?
C.L.P. François Gabart : il est recruté en 2008 sur un projet Espoir Bretagne et il gagne le Vendée Globe 2012 et la Route du Rhum 2014 ! Et il repart avec un projet de trimaran de 100 pieds, construit à Port-la-Forêt avec une base technique locale : il y a une justification économique à cette formation de jeunes talents. Et Franck Cammas évidemment, ainsi qu’Armel Le Cléac’h… Michel Desjoyeaux, ce n’est pas tout à fait pareil parce qu’il fait partie des «maçons» du Pôle : c’est le «canal historique» ! Il a contribué à développer le centre d’entraînement, à mettre en place une approche rationnelle.
 

v&v.com : Le Pôle Finistère coûte combien chaque année ?
Christian Le Pape : Le budget valorisé avec les salaires et les finances dédiées aux deux Figaro est de 870 000 € dont les deux tiers pour le fonctionnement des Crédit Mutuel-Région Bretagne. Parce que nous n’acceptons pas que les coureurs ne soient pas correctement payés, sans un préparateur dédié.

 

Figaro Bretagne-Crédit Mutuel PerformanceLe Challenge Espoir Crédit Mutuel-Bretagne permet à de jeunes coureurs de se former au Pôle Finistère pendant deux saisons renouvelables afin de créer une filière course au large en détectant les nouveaux talents.Photo @ Benoît Stichelbaut

 

v&v.com : Certains reprochent au Pôle Finistère de ne pas faire émerger de jeunes coureurs locaux, à part Martin Le Pape…
C.L.P. Je n’ai jamais forcé le trait pour ça : le Pôle est une structure implantée en Finistère qui attire les meilleurs venus de toute la France, voire d’Europe puisqu’il y a eu Sam Davies, Damian Foxall, Sam Goodchild… Mais s’il n’y a pas de jeunes coureurs talentueux et motivés dans les environs, ce n’est pas de notre fait ! Nous travaillons dans la logique de la culture et de la stratégie bretonnes : «si vous êtes bons, devenez Breton». La marque Bretagne est faite pour cela, pour créer de l’attractivité.
 

Christian Le PapeAprès son diplôme d’entraineur, Christian Le Pape a porté à bout de bras et adapté à la voile la méthodologie appliquée pour d’autres disciplines sportives avec en ligne de mire un Centre de Haut Niveau.Photo @ Pôle Finistèrev&v.com : Au programme du Pôle Finistère pour cette saison à venir ?
C.L.P. Hors de nos activités habituelles pour La Solitaire du Figaro, nous allons accueillir les Diam 24 en préparation du Tour de France à la Voile. En fait, on accompagne des coureurs venus de l’IMOCA ou autre qui ont besoin de naviguer sur des supports qui vont vite en équipage… Et il y a évidemment la préparation du Vendée Globe 2016 avec huit ou neuf skippers. Mais notre «rêve» serait de monter un projet Volvo Ocean Race pour des coureurs de moins de trente ans : cela aurait du sens de participer à une épreuve internationale en conservant notre détection de jeunes talents pour une course en équipage. Ce serait magique d’exploiter notre savoir-faire acquis en vingt années pour une application autour du monde avec des formateurs issus du Pôle Finistère ! Une transmission de savoir exceptionnelle…
 

v&v.com : Et combien de coureurs viendront au Pôle en 2015 ?
C.L.P. Dix-sept Figaro, neuf IMOCA, un ou deux Ultime, des Class40 et des équipages des Diam 24…

 

Le Pape-Bilou-GabartChristian Le Pape en compagnie de Roland Jourdain et de François Gabart à bord du monocoque IMOCA Macif lors d’un entraînement en bais de Concarneau.Photo @ Benoît Stichelbaut