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Vendée Globe

Chronique d’une victoire annoncée

A 4 600 milles des Sables-d’Olonne, Armel Le Cléac’h n’a plus trop de soucis à se faire : Alex Thomson est relégué à 168 milles ce matin et n’a plus grande chance de revenir suffisamment pour inquiéter le leader ! Sauf en cas d'avarie majeure. Et si l’heure n’est pas encore au bilan, les 20 000 milles parcourus depuis le départ après 56 jours de mer permettent de tirer de premières conclusions…
  • Publié le : 02/01/2017 - 07:00

Armel Le Cléac"hArmel Le Cléac’h peut se préparer à embrasser le monde : à moins d’une avarie majeure, rien ne devrait désormais plus l’arrêter. La victoire semble acquise… Enfin.Photo @ BPCE

Certes, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais tout de même : à moins d’un incident technique, d’une avarie irréparable, d’un abordage imprévu, on voit mal ce qui pourrait empêcher le Saint-Politain de s’imposer avec panache sur la ligne d’arrivée ! Plus à l’aise au près pour remonter vers le Brésil, Banque Populaire VIII va bénéficier de meilleures conditions plus tôt que Hugo Boss et donc creuser l’écart au moins jusqu’à l’équateur. Car il n’y a pas de surprise à attendre dans des alizés de l’hémisphère Sud : l’anticyclone de Sainte-Hélène a repris sa place habituelle, à mi-chemin entre l’Amérique du Sud et l’Afrique méridionale. Donc logiquement, ces mêmes alizés de l’hémisphère Sud soufflent de secteur Nord devant le cap Frio et d’Est au large de Salvador de Bahia.

Une marge suffisante

Alors le coup du suspens jusqu’à l’arrivée que les professionnels du marketing voudraient nous faire avaler n’a plus vraiment lieu d’être : l’affaire est bâchée ! Dès ce lundi soir, Armel Le Cléac’h devrait voir le vent tourner vers l’Est et il pourra débrider les écoutes pour s’envoler d’un seul bord vers l’équateur quand Alex Thomson aura encore à louvoyer, en particulier en bâbord amures, où il ne dispose plus de son foil-dérive. C’est donc plutôt 300 milles d’écart que le Breton va cumuler d’ici quatre jours quand il commencera à aborder l’équateur… Certes, il va alors perdre de sa superbe lorsque le Gallois va débouler sur le bon côté avec son foil qui fait survolter les compteurs, mais cela ne sera pas suffisant : laisser partir 200 milles au large de Fernando de Noronha n’est pas un souci quand les alizés d’Est seront au rendez-vous dans l’hémisphère Nord.

Courbe écart 2012-2016La comparaison avec le parcours de l’édition précédente est limpide : les solitaires ont basculé dans un autre monde. Quand il y avait encore du suspens au large du Brésil en 2012. Et quand les foils ne provoquaient pas encore des différentiels aussi majeurs…Photo @ Magnus Henderson

Il y avait même une opportunité de «couper le fromage» si le leader avait eu trois jours de mieux sur le planning : une dépression s’installe en effet sur Madère vendredi prochain et permettait de faire route directement vers les Sables-d’Olonne. Ce ne sera plus tout à fait le cas vers le 10 janvier, mais cette configuration n’en est pas moins favorable avec un renforcement des alizés d’Est sous l’influence d’une grosse dépression américaine : il faut s’attendre à la plus expresse remontée de l’Atlantique de tous les Vendée Globe. Avec une trajectoire totalement inhabituelle… par les Canaries !

Courbe écart 2016Si les écarts entre les deux leaders n’ont pas été significatifs pendant la moitié du tour du monde, ils ont pris une dimension suffisante pour supprimer tout retournement. Quant au troisième Jérémie Beyou, il profite de l’abandon de Paul Meilhat mais est à 870 milles du leader ce matin !Photo @ Magnus Henderson

La fin d’une époque

Même lors de la première édition de ce tour du monde en solitaire sans escale, le dernier (Jean-François Coste), passait le cap Horn quand le premier, Titouan Lamazou, pointait son étrave dans le chenal des Sables-d’Olonne ! Ce n’est désormais plus le cas… Si tout se passe bien, la lanterne rouge (place occupée ce matin par Pieter Herrema à 7 882 milles de Le Cléac'h) naviguera encore dans le Pacifique quand le vainqueur sera emmitouflé dans un drap blanc ! Alors est-il toujours raisonnable de faire partir des concurrents qui participent à un rallye dans les mers du Sud, comme le suggérait non sans un certain bon sens Vincent Riou dans nos colonnes ici ?

Météo Vendée GlobeUne dépression au large des Canaries va permettre de couper le fromage ! On voit mal comment le dauphin pourrait devenir roi…Photo @ ZyGrib

Surtout que ceux qui croient encore que les bateaux de 2016 vont animer le Vendée Globe 2020 se mettent le doigt dans l’œil : non seulement les foils n’ont pas servi à grand-chose si ce n’est à faire le petit décalage indispensable pour s’imposer, mais ils ne sont que la première ébauche d’un nouveau monde. Ce qui va sortir des cartons pour la prochaine édition va radicalement mettre au placard cette première génération de foilers. La voile est définitivement un "voyage spatial" où il faut installer des hublots pour voir encore ce qui se passe dehors !

Classement lundi 2 janvier à 5 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII),  à 4 602 milles de l'arrivée
2.       Alex Thomson (Hugo Boss), à 168 milles du premier

3.       Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 870 milles       
4.       Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), à 1 592 milles
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), à 1 669 milles

Classements et positions live ici : cartographie du Vendée Globe.