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Circuit Mini 6.50 – Interview

Xavier Macaire : «Il fallait avoir du cran…»

Récent vainqueur des Sables-les Açores-Les Sables en série, Xavier Macaire a raflé les trois grandes épreuves de la saison Mini et s'est offert le nouveau record des 24h. A 29 ans, après quatre saisons sur le circuit, le skipper du Pogo2 Starter souhaite entamer une nouvelle aventure en Figaro l'an prochain. Interview...

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  • Publié le : 11/09/2010 - 00:28

Xavier Macaire survole le Mini de série Rien ne résiste à Xavier Macaire qui a remporté de belle manière les trois plus importantes courses de la saison en série. Photo © Christophe Breschi

Vainqueur du Mini-Pavois en remportant les deux étapes entre La Rochelle et Gijon ; vainqueur du Mini-Fastnet avec un nouveau record de l'épreuve à la clé ; vainqueur des Sables-les Açores-Les Sables en établissant le nouveau record des 24 heures en Mini de série avec 272 milles parcourus (11,33 noeuds de moyenne)... Xavier Macaire était cette année en orbite autour de la planète Mini ! Né à Rouen, élevé à Aix-en-Provence, le Rochelais se lance un nouveau challenge en attaquant le circuit Figaro l'an prochain.

voilesetvoiliers.com : Qu'as-tu fait avant de faire du Mini ?
Xavier Macaire : J'ai appris à faire du bateau en croisière avec mon père à Marseille sur un vieux Westerly. 9,60 mètres de long, 6 tonnes, biquille, gréement ketch... Bref, tout ce qui n'avance pas sur l'eau ! (rires) On partait pêcher. Lui ne s'intéressait pas vraiment à la voile, mais moi j'essayais de comprendre comment ça marche, de faire les manoeuvres toujours plus vite. En même temps, j'ai navigué sur Optimist en club, puis en 420. A 16 ans, j'ai commencé l'habitable, couru la SNIM, la Massilia, puis le Tour de France en amateur avec la Ville de Bandol en 2002. En 2003, j'ai couru en Farr 40 avant de faire un petit retour en arrière en 470. Depuis 2000, je rêvais de faire la Mini Transat. Mais n'ayant pas les moyens, je voulais progresser en sensation de barre, réglages. Le 470 était le support idéal pour me faire bien progresser sur ces points.

v&v.com : Tu travaillais en même temps ?
X.M. : Oui. J'ai un BEP de menuiserie, mention complémentaire de charpenterie de marine et matériaux composites. J'ai travaillé dans plusieurs chantiers, comme Beepox, Composites Works et Latitude 46. Je me suis reconverti en 2007 avec un BE Voile. Aujourd'hui, n'ayant pas encore de budget suffisant pour vivre, je fais encore de l'entretien de bateau, de l'enseignement en croisière ou régate habitable.

Xavier Macaire Au portant dans la brise, Xavier Macaire, sur son Pogo2, est capable de rivaliser avec les meilleurs protos. Photo © Christophe Breschi (Les Sables-Les Açores-Les Sables / www.ricochets17.com) v&v.com : Comment expliques-tu ta nette domination cette année, après quatre saison sur le circuit(*) ?
X.M. : Si on me l'avait dit avant la saison, je n'aurais pas parié sur autant de réussite. C'est une agréable surprise. Ce n'était pas programmé, mais je suis hyper content de cette saison. Le déclic pour moi a été le Mini-Pavois, ma première course de l'année. Je me suis senti vraiment bien sur mon bateau (Pogo 2, ndlr). J'ai senti que je connaissais bien mon bateau, que je me connaissais bien, notamment au niveau de la gestion du sommeil, des manoeuvres... J'étais hyper en phase avec mon Mini. Peut-être aussi parce que j'ai eu un premier sponsor cette année. Je me sens plus serein.

v&v.com : De tes trois victoires cette année, laquelle était la plus dure ? Et la plus satisfaisante ?
X.M. : Pfff... Quand je suis revenu du Mini Pavois, j'ai dit : <Ça fait mal aux mains, aux genoux et aux fesses...> (rires) ! Voilà, ça a été dur à ce niveau-là... Sur le Mini-Fastnet, j'ai passé 48 heures dans ma combinaison de survie, parce que j'avais des vieux cirés qui prenaient l'eau et j'avais froid. Mais il y a eu le record de l'épreuve, et puis c'était en double. C'était marquant de la gagner avec Yves Ravot. Comme on s'associe pour les années à venir, c'était très fort de gagner ça ensemble d'aussi belle manière. Quant aux Sables-Les Açores, j'ai la grande satisfaction de décrocher le record des 24 heures en Mini, même si ce n'est qu'en série et que Bertrand Delesne (en proto, ndlr) est loin devant (304 milles, ndlr). Mais j'ai cette sensation d'avoir effectué 272 milles en 24h ! Quand j'ai commencé le Mini, je me disais : <C'est dingue ! Hervé Piveteau a fait 260 milles, c'est plus de 11 noeuds de moyenne !> Je trouvais ça complètement hallucinant ! Je ne savais pas comment c'était imaginable. Et aujourd'hui, c'est moi qui bats le record avec plus de 12 milles de mieux... C'était un grand moment, mais très dur aussi. Donc chaque course était vraiment différente et très forte.

v&v.com : Raconte-nous justement comment tu as vécu ce record des 24h ?
X.M. : C'était dur. Il a fallu tenir la barre tout le temps, serrer les dents et avoir confiance en son bateau. J'entendais les protos à la VHF dire qu'ils affalaient leur Code 5, que c'était trop chaud... J'ai hésité à affaler aussi, mais j'ai tenu et je suis resté à la barre pendant encore 12 heures avant d'affaler pour aller dormir un peu. Il y avait 30-35 noeuds de vent établis pendant plusieurs heures, une mer pas très grosse, mais désordonnée. Sous Code 5, c'était un peu borderline ! Il faut naviguer dans un angle très précis. J'avais l'expérience du départ de la Transat 6.50 l'année dernière où on avait pris 40 noeuds au vent arrière au passage du Cap Finisterre.

v&v.com : Dans le gros temps, tu rivalises en vitesse avec les meilleurs protos... Quel est ton secret ?
X.M. : Eh bien, quand ça devient chaud au niveau vent et mer, surtout mer, je regarde plus souvent derrière pour voir venir les déferlantes et essayer de lofer ou abattre pour les éviter que devant pour voir ma voile ou bien où je vais. C'est là où ça devient un peu critique, et où il faut avoir du cran... Pendant ces 24 heures, j'ai changé quatre fois de voiles d'avant. Quand ça redescendait à 26-28 noeuds, j'affalais le Code 5 pour balancer le petit spi, et quand ça remontait à 30-35 noeuds, l'inverse. Dans la nuit, j'ai affalé le Code 5 pendant deux heures et demie, le temps d'éponger le bateau, de faire le point, manger et dormir un peu. Et dès que je me suis réveillé, j'ai renvoyé le Code 5...

v&v.com : Psychologiquement, ce n'était pas trop dur !
X.M. : Mentalement, j'en avais marre. C'était dur, fatigant. Parfois, j'en pouvais plus, j'avais envie d'arriver. Et à d'autres moments, je me forçais à profiter du moment, des surfs à 15 noeuds, en me disant que beaucoup donnerait cher pour vivre ça à ma place. J'arrivais régulièrement à prendre le dessus sur ma fatigue mentale pour apprécier ces moments forts et ces conditions exceptionnelles. J'ai fait deux surfs à plus de 20 noeuds ! Je me forçais donc à prendre du plaisir là où c'était difficile d'en trouver. Du coup, pendant une demi-heure, je m'éclatais, je jouais avec les vagues. Et puis, je replongeais moralement à cause de la fatigue...

Le roi du portant Xavier Macaire maîtrise particulièrement bien la navigation au portant, notamment dans le vent fort. Photo © Christophe Breschi

v&v.com : Cela fait quatre ans que tu navigues en Pogo2. Pourquoi as-tu décidé de passer au Figaro l'an prochain, alors que tu pourrais légitimement prétendre à la victoire en série sur la prochaine Transat, ou bien te lancer en proto ?
X.M. : Il y a plusieurs raisons. Déjà, j'ai bien exploité toutes les courses du circuit Mini. J'ai terminé 3e de la Transat l'année dernière. Qu'est-ce que je risque ? De faire une contre-performance si je fais une erreur de nav' ou si j'ai une casse matérielle... Aujourd'hui, j'ai envie de passer à la catégorie supérieure pour continuer à progresser. J'ai envie de voir si je trouve mes limites dans un circuit pro ou si je peux rivaliser avec les meilleurs. J'aurais pu partir sur un projet proto, ce qui m'aurait plu aussi, ce sont des bateaux extraordinaires. Mais aujourd'hui, le projet se fait à deux avec Yves Ravot. On a créé tous les deux une société qui s'appelle Active Bridge pour gérer un projet voile. Et notre objectif commun est la Transat Ag2r 2012.

v&v.com : Que conseillerais-tu à des jeunes qui rêve de course au large ?
X.M. : De faire leurs premières armes en dériveur ou en habitable pour ne pas arriver sans rien connaître des réglages des voiles. Et puis ne pas hésiter à se lancer en Mini. Moi, quand me je suis lancé, je n'avais même pas de quoi acheter le bateau. J'ai emprunté à droite à gauche, je me suis débrouillé. Si on m'avait dit que j'allais dépenser 25 000 euros en deux ans, je n'y serais pas allé. Finalement, ça l'a fait. Ça m'a apporté beaucoup. Il faut se lancer. Et les Minis sont parfaits pour ça. Ce sont des bateaux formidables C'est un énorme plaisir de naviguer sur ces bateaux. Ça glisse au reaching et au portant. Et il y a une super ambiance dans la classe qui est vraiment propice pour commencer la course au large.

(*) Xavier Macaire a terminé 3e en série de la Transat 6.50 2009.

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