Class40

Pas de crise de la quarantaine

Quatre ans après sa création et quelques mois avant sa seconde Route du Rhum, la Class40 atteint le haut du box-office : skippers pros, amateurs et jeunes loups sont de plus en plus nombreux à l'A-DO-RER ! Jauge, mixité, calendrier de course au large et coût raisonnable... Enquête sur les raisons d'un tel succès.

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  • Publié le : 01/03/2010 - 05:03

Développer une classe de voiliers de régate au large, dont le coût serait maîtrisé, est probablement la meilleure idée que l'on ait eue ces dernières années - et c'est la Class40 qui la revendique.

Ses dirigeants ont ainsi imaginé une jauge stricte pour des 40 pieds (12,19 mètres), moins extravagants que les actuels IMOCA, mais déjà ambitieux...

Class40, championnat du monde 2009 Le calendrier des Class40 mêle la plupart des formats de régate : championnat du monde (notre photo), transats, parcours côtiers et bientôt un tour du monde. C'est l'une des richesses qui font le succès de la classe. Photo © D.R. (Class40) Le succès est immédiat : quatre ans plus tard à peine, la classe est reconnue par l'ISAF et regroupe 91 bateaux (soit une augmentation de 15% par rapport à 2008) et 128 adhérents répartis dans 22 pays (dont un peu plus de 58% sont français)... Ces chiffres, publiés à Marseille début janvier lors de l'assemblée générale annuelle de la classe, ont de quoi impressionner.

L'actuel président de la classe, Jacques Fournier, n'a pourtant aucun mal à les justifier : <Le Class40 correspond à une attente de régatiers qui avaient envie de large, sans trouver leur voie par le biais des structures existantes, trop lourdes...> Dès l'édition 2006 de la Route du Rhum, ils sont 25 à se retrouver sur ligne de départ, touchant du doigt leur rêve.

<La Class40 s'est révélée être la meilleure série pour se former à la course au large.>

Parmi eux, une majorité d'amateurs éclairés. Christian Chardonnal, dentiste à Lorient, témoigne de son engouement : <J'avais fait beaucoup d'IRC, puis étais passé en Figaro avant de revenir à l'IRC... pour en avoir finalement un peu marre de tourner entre trois bouées... J'ai eu envie de large. Et à ce moment-là, il n'y avait que le Class40.>

Rêve de large Avec quelques modifications, le Class40 passerait en catégorie zéro et pourrait s'attaquer à des courses autour du monde. Le rêve de nombreux amateurs pourraient ainsi devenir réalité. Photo © Antoine Beysens Quelques coureurs pros se laissent aussi tenter. Fournier détaille : <Giovanni Soldini, Halvard Mabire, Florence Arthaud sont tout de suite venus... Il s'agissait de skippers qui, pour différentes raisons, se trouvaient en décalage avec le milieu de la course, mais ont tout de suite été intéressés par le Class40. Ces derniers temps, un nouveau profil se dessine, celui de jeunes coureurs qui veulent se former à la course au large.>

On cite les anciens Ministes et les Figaristes. Oliver Krauss, 29 ans : <Après trois saisons en Figaro (en 2006, Krauss terminait 7e de la Solitaire, ndr), j'ai profité que Thierry Bouchard m'invite à passer au Class40. Pour moi, cette série s'est vite révélée être la meilleure école de course au large... Le programme est tourné vers cette pratique, bien plus que celui des Figaro. Et puis, point essentiel si on vise plus haut, le Class40 ressemble beaucoup à un Open 60, à l'exception du carbone et de la quille basculante ! C'est une bonne luge, qui avance vite, qui permet une réflexion approfondie sur les voiles... Tout en restant relativement peu chère. [...] Quand j'ai quitté le circuit Figaro, il y a quatre ans, mon budget était d'environ 250 000 euros. En Class40, un pro tourne à 300 000.>

Le "petit" budget d'une saison en Class40, <accessible et raisonnable pour une certaine catégorie socioprofessionnelle comme des pilotes, des médecins, des avocats...> juge Fournier, est évidemment son meilleur argument de vente... Mais il vient parfois buter sur l'autre atout de la classe : sa mixité des pratiques, pas toujours facile à gérer.


Jauge stricte, équilibre délicat

En quatre ans, le prix d'un Class40 a quand même légèrement augmenté. <Certes, les premiers concurrents du Rhum avaient bouclé leur saison avec 320 000 euros, bateau compris, rappelle Fournier, mais cette augmentation du budget tient surtout au fait qu'il y ait une proportion de plus en plus importante de protos. Aujourd'hui, le prix tend à se stabiliser autour de 350 000 euros.>

Ambition tour du monde

Après le succès rencontré lors de la Solidaire du Chocolat (voir l'une de nos photos à la hune, ici), cet hiver, la Class40 étoffe encore son calendrier et se lance un nouveau défi.
Un tour du monde, le Global Ocean Race dont le départ sera donné en septembre 2011. Toutes les modalités ne sont pas encore définies, mais un certain nombre de skippers sont déjà candidats.

Quelques amateurs diront que pour eux, on s'éloigne déjà du faisable... Surtout pour ceux d'entre eux qui, exerçant par ailleurs une activité professionnelle, ne pourraient s'absenter si longtemps.

Sam Manuard, de son point de vue, reste confiant : <Le Class 40 reste un bon outil pour avaler du mille et son passage en catégorie zéro ne va pas nécessiter d'importantes modifications : il faudra juste plus de structure, pour que le bateau soit mieux adapter aux coups durs, tels qu'il s'en rencontre dans le Sud.>

Plus d'infos sur le calendrier des Class40, ici.

Le texte de jauge, très strict, y est pour beaucoup.

Fait significatif, son préambule revendique : <La Class40 a été créée dans le but de donner naissance à une flotte de voiliers de courses transocéaniques, simples, marins, performants, et s'inscrivant autant que possible dans un cadre budgétaire contrôlé.>

Mais alors que la jauge est sensée être gelée jusqu'en 2011, plusieurs évolutions ont été discutées lors de la dernière assemblée... Nouvelle distribution des voiles d'avant et autorisation du hook et des mèches de safran en carbone ? Le vote va en leur faveur.

Rebondissement. Quelques jours plus tard, ces nouvelles dispositions sensées applicables sur le champ sont suspendues, car les marins absents à Marseille sont restés sceptiques.

<La jauge des Class40 fonctionne bien :
il est possible de faire un bateau très cher, mais le gain de performance ne sera pas probant.>

Fournier note : <Selon sa sensibilité, tout le monde n'accepte pas la philosophie de notre classe de la même manière... Pourtant, il est indispensable de maîtriser notre texte de jauge si l'on veut interdire les dérives. Il est important qu'il soit simple et verrouillé... Mais pour ce qui est du hook et des autres points abordés, il ne s'agissait pas de révolution...>

Pragmatique, Chardonnal souligne : <La perspective d'une évolution de jauge pose deux problèmes. Combien va-t-elle coûter ? Et ne va-t-elle pas mettre en péril la compétitivité des bateaux plus anciens qui ne pourraient en bénéficier ?>

L'équilibre entre amateurs et pros serait-il précaire, menaçant sans arrêt l'essence même de la classe des 40 pieds ?

Le président répond : <Lorsqu'on intègre un pro, on veut qu'il respecte notre philosophie.> Car tous ne veulent pas la même chose. Les uns sont conservateurs, les autres ont du mal à résister à l'appel de la performance et aux demandes des sponsors. Le problème est complexe.

Class40 et IMOCA, petit air de famille Lignes tendues, bouchains, grand voile à corne... Oliver Krauss n'a pas tort de faire remarquer que le Class40 et l'IMOCA ont un petit air de famille... Photo © Antoine Beysens En 2008, pour contrer l'ingéniosité des architectes, la classe est allée jusqu'à organiser une table ronde, les priant de dévoiler les failles du texte de jauge original. Ils ont joué le jeu.

Aujourd'hui, Sam Manuard, l'architecte de deux Class40 - l'un est encore en construction - est catégorique : <En tant qu'archi, on essaie toujours de trouver la meilleure formule, d'optimiser la conception d'un bateau dans l'espace de liberté laissé par la jauge. [...] Celle des Class40 fonctionne bien : il est possible de faire un bateau très cher - en ayant recours à une importante main d'oeuvre pour la finition, par exemple -, mais le gain de performance ne sera pas probant.>

A quelques rectifications de route près, la nouvelle classe semble bien épargnée par la crise de la quarantaine !

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Pour plus d'informations sur la Class40, consultez son site, ici.

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