Certains sont tombés dedans quand ils étaient tous petits. Pas elle ! Venue à la voile à 30 ans, Stéphanie Alran porte pourtant avec panache son propre projet en Class40 avec la Transat Jacques Vabre en ligne de mire. Portrait d'une jeune femme audacieuse et déterminée, rencontrée à l'occasion des Sables-Horta-Les Sables, qu'elle a terminé à la huitième place.
Note :
Stéphanie Alran, 33 ans. Derrière le sourire, une jeune femme déterminée et une compétitrice dans l'âme...
Photo © Christophe Breschi (Les Sables-Horta-Les Sables)
<Je suis hyper contente !> En ce 20 juillet, Stéphanie Alran ne cache pas sa satisfaction. Et pour cause : la veille, elle a réalisé une sacrée performance en terminant cinquième de la deuxième étape des Sables-Horta-Les Sables, aux côtés de Julien Pulvé à bord de Velevent (lire le compte-rendu ici), un Pogo 40 de 2006.
<J'étais déjà très satisfaite d'avoir terminé dixième lors de la première étape avec Caroline Olagne-Vieille. Avec Julien, nous nous connaissions très peu et il n'avait jamais fait de 40 pieds auparavant. Nous étions donc deux novices sur un bateau de première génération. Finir cinquième est donc une grande satisfaction>. Au classement général final, Stéphanie Alran termine huitième de ce rendez-vous phare du calendrier des Class40.
Cette jeune femme de 33 ans, qui a su rivaliser avec des piliers de la série et des nouveaux venus talentueux, n'était pourtant pas prédestinée à faire de la voile. Originaire de Mazamet, dans le Tarn, Stéphanie ne grandit pas en bord de mer. Et lorsqu'elle quitte le giron familial, à 18 ans, c'est pour s'installer à Toulouse. Pas vraiment dans un haut-lieu de la voile, donc. Si bien qu'elle ne navigue pas, ou très peu. <Avant mes 30 ans, j'ai dû faire un jour ou deux jours d'Optimist en colo, je ne m'en souviens même plus>, confie-t-elle. Dès lors, affirmer qu'elle n'a pas un parcours classique est un doux euphémisme.
<Que des coups de coeur>
Difficile d'imaginer comment Stéphanie Alran, qui n'avait donc presque jamais mis les pieds sur un bateau il y a encore trois ans, a pu se retrouver si vite à la barre d'un Class40 avec la réussite que l'on sait. L'explication tient en quelques mots : audace, détermination et enthousiasme - des traits de caractères prégnants chez Stéphanie. <J'ai toujours considéré que si l'on se donnait les moyens de faire les choses, on pouvait y arriver>, affirme-t-elle.
Au départ des Sables-Horta-Les Sables, Stéphanie craignait de ne pas réussir à être dans le match sur le plus vieux bateau de la flotte. Ce fut loin d'être le cas...
Photo © Christophe Breschi (Les Sables-Horta-Les Sables)
Encore faut-il avoir le déclic avant de se lancer. Pour Stéphanie, il survient en 2007, lorsqu'elle devient kiné des coureurs de la Mini-Transat. <Je ne connaissais rien à la voile avant de me rendre à Madère. C'est en voyant les bateaux partir du ponton que je me suis rendu compte que cela me donnait vraiment envie. C'était viscéral !> Ce qui l'attire d'emblée ? <Le fait de pouvoir rencontrer des personnes venues de divers horizons, de découvrir une discipline qui regroupe des domaines variés. Et l'aventure, bien sûr !>
De retour à Toulouse, Stéphanie cogite, lit, s'informe et tombe sur un article qui propose une traversée de l'Atlantique entre La Rochelle et Québec à bord d'un Sun Charm 39. La jeune femme saute sur l'occasion et se manifeste auprès du skipper, en ne cachant rien de son inexpérience. Il accepte. Six mois après sa prise de conscience sur la Transat 6.50, elle s'apprête donc à tirer ses premiers bords.
Débuter par une transat, voilà qui est original. Stéphanie reconnaît volontiers une forme d'impatience dans ce choix osé. <Je voulais arriver à mes fins rapidement et ne pas faire le cursus classique même si je sais que cela est très formateur>. Elle assume donc son attirance pour le large et les navigations au long cours, quitte à brûler les étapes.
Cette première traversée confirme le bien-fondé de son coup de coeur pour la voile. Et lui permet également de découvrir ce qui va devenir son support de prédilection : le Class40. <Deux Class40 participaient à la traversée en vue de la Québec/Saint-Malo. J'ai eu l'occasion de remonter le Saint Laurent, entre Gaspé et Québec, à bord de l'un d'entre eux. J'ai tout de suite accroché>.
De retour en France, elle se donne les moyens de s'impliquer dans sa nouvelle passion en démissionnant de son travail à Toulouse pour s'installer à La Rochelle, où elle commence à s'entraîner sérieusement. En 2009-2010, elle effectue une saison en Grand Surprise avec <Belles et Rebelles>, une association qui a pour but d'initier des femmes à la voile.
En parallèle, elle travaille à nouveau en tant que kiné sur la Mini-Transat 2009, mais rallie cette fois La Rochelle à Madère par la mer, sur un BT Challenge de 67 pieds. S'en suit un autre convoyage entre Salvador de Bahia-Ushuaia à bord de ce même bateau. Stéphanie accumule les milles et engrange de l'expérience. Compétitrice dans l'âme, elle ne va pas tarder à vouloir se mesurer aux autres.
Sa rencontre avec Jacques Fournier et Jean-Edouard Criquioche, deux figures de la Class40, va marquer un tournant dans son parcours de navigatrice. Ils lui proposent en effet de prendre part au convoyage retour de la Solidaire du Chocolat 2010 sur Picoty 1, puis de faire partie de leur équipage lors du Mondial Class40 à Gijon, au poste d'embraque/piano.
Elle ressort de ces expériences définitivement conquise par le support, <car il offre un bon compromis : il est suffisamment confortable, mais pas non plus imposant comme le 60 pieds>. Et Stéphanie d'ajouter : <Le calendrier des Class40 comprend beaucoup de courses en double, ce qui plus rassurant pour se lancer>. Car, oui, en octobre 2010, elle fait le grand saut : <J'ai décidé de louer Picoty 1 pour porter mon propre projet en Class40. Puis j'ai fait appel à Caroline Olagne-Vieille et nous avons défini ensemble un programme de courses avec comme objectif principal de participer à la Transat Jacques Vabre 2011>. Stéphanie Alran se donne donc un an pour être au départ de l'une des courses au large les plus prestigieuses.
Pour mener à bien ce défi de taille, elle peut compter sur sa connaissance du haut niveau. Depuis l'âge de 8 ans, elle baigne en effet dans le milieu de la compétition. Dix ans de gymnastique puis dix ans de saut à la perche à un niveau national, cela forge un caractère. Et constitue un atout majeur. <Cela m'aide forcément car l'esprit compétition est ancré en moi et, même si les disciplines sont différentes, j'ai la même envie de me confronter aux autres et à moi-même>.
Elle doit alors apprendre à jongler entre vie professionnelle bien remplie et entraînements. <Je navigue surtout le week-end, mais j'essaye aussi de me dégager deux demi-journées par semaine. Car en plus des entraînements, la gestion d'un tel projet demande beaucoup de temps et d'énergie car il faut s'occuper du matériel, des inscriptions aux courses, de la recherche du sponsor...>
En mai, elle participe à sa première course, la Normandy Channel Race, en double avec Caroline Olagne-Vieille. <C'était très dur ! Nous avons affronté jusqu'à 45 noeuds de vent. Mais nous avons terminé et ainsi décroché notre qualification pour la Jacques Vabre. Cette première expérience nous a aussi permis d'éprouver le duo, de voir que l'on s'entendait bien, et de prendre en main le bateau. Le bilan a donc été positif>. Méthodique, elle avance pas à pas et se familiarise avec sa monture à son rythme, laissant ainsi à Caroline le soin de se charger de la navigation sur cette épreuve.
Elle se présente ensuite sur la ligne de départ des Sables-Horta-Les Sables, <avec l'objectif de ne pas finir dernière>, avoue-t-elle dans un éclat de rire. A bord, la répartition des rôles s'équilibre, et Stéphanie prend de plus en plus de responsabilités. Les deux navigatrices bouclent la première étape à une honorable dixième place (sur 14 partants).
Pour la deuxième étape, elle navigue aux côtés de Julien Pulvé et prouve qu'elle apprend vite en s'emparant d'une jolie cinquième place. Un résultat au-delà de ses espérances. <Mon appréhension, en tant que débutante, était de me retrouver vraiment larguée en fin de classement. Mais nous avons finalement réussi à rivaliser avec les autres concurrents, à être dans le jeu. C'est de bon augure pour la Transat Jacques Vabre, même s'il reste bien sûr des aspects à améliorer>.
Stéphanie a désormais les yeux rivés sur la fameuse Transat en double qui s'élancera du Havre du 30 octobre prochain. Certes, mais après ? Son avenir de navigatrice dépendra de l'aboutissement - ou non - de la recherche de partenaires dans laquelle elle s'est lancée. <J'ai investi mon argent dans ce projet et il faut donc que je travaille beaucoup pour compenser. Je ne pourrai donc pas continuer comme cela après la Transat Jacques Vabre. En revanche, si je trouve des sponsors, je peux envisager d'aller un peu plus loin, d'avoir un bateau mieux préparé et plus performant. Je croise les doigts !> Même si le 40 pieds reste sa priorité, elle n'exclut pas de découvrir d'autres supports si elle en a l'opportunité. Lors du Spi Ouest-France, en mai dernier, elle faisait d'ailleurs partie de l'équipage du M34 Ile-de-France mené par Jimmy Pahun.
Très volontaire, Stéphanie fera tout pour continuer la course au large. Mais serait-elle prête à en faire son métier ? <Non, car j'aurais peur que la voile perde de son charme et que la passion s'estompe. Et j'ai aussi envie de garder des attaches dans la vraie vie, car cela me donne un équilibre>. Un pied en mer, l'autre à terre, telle est la clé du bonheur selon Stéphanie.
...........
Stéphanie Alran en quelques lignes
2011
> 8e des Sables-Horta-Les Sables avec Caroline Olagne-Vieille (étape 1) et Julien Pulvé (étape 2)
> 12e de la Normandy Channel Race (avec Caroline Olagne-Vieille)
> 5e du Spi Ouest France à bord du M34 Ile-de-France (équipière n°2 sur la plage avant)
2010
> 6e du Mondial Class40 sur Picoty 1 (embraque-piano)
> Convoyage retour de la Solidaire du Chocolat sur Picoty 1 (Class40)
2009-2010
> Saison en Grand Surprise avec les <Belles et Rebelles> (n°1 puis barreuse)
2009
> Convoyage entre Salvador de Bahia et Ushuaia sur Podorange (Challenge 67)
> Convoyage entre La Rochelle et Madère sur Podorange
2008
> Remontée du Saint-Laurent (de Gaspé à Québec) sur Rev'86 (Class40)
> Convoyage entre La Rochelle et Québec sur TVA (Sun Charm 39)
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21/07/2011 - 05:14
Stéphane Le Diraison et Vincent Barnaud s’imposent… avec 25 secondes d’avance !
Sur le fil ! Stéphane Le Diraison et Vincent Barnaud (Bureau Veritas) ont remporté Les Sables-Horta-Les Sables 2011, mardi, à l'issue d'une deuxième étape haletante. Incisifs, ils ont comblé le déficit de cinq heures concédé sur le duo Bestaven/Bouvet (Aquarelle.com) lors de la première étape (voir notre article ici). Au temps cumulé final, 25 secondes séparent les deux équipages ! Brillants vainqueurs de la deuxième manche, Jean-Edouard Criquioche et Jacques Fournier (Groupe Picoty) complètent le podium. Compte-rendu de ce final à suspense.
15/07/2011 - 05:46
Bestaven, Le Diraison, Criquioche : paroles de podium
Ils ont marqué la première étape des Sables-Horta-Les Sables de leur empreinte. Pour voilesetvoiliers.com, Yannick Bestaven (Aquarelle.com), Stéphane Le Diraison (Bureau Veritas) et Jean-Edouard Criquioche (Groupe Picoty) sont revenus sur les moments-clés de ce premier acte, sur l’escale aux Açores et sur les enjeux de la seconde étape, qui s’est élancée mercredi dans la soirée.
15/07/2011 - 05:07
Class40 : le tour d’une île avant le tour du monde
La 2e Global Ocean Race, tour du monde avec escales réservé aux Class40, partira le 25 septembre de Majorque pour rallier Le Cap, Wellington, Punta et Charleston, avant de regagner les Baléares. Parmi la quinzaine d’inscrits, Hannah Jenner et Anna-Maria Renken ont couru le tour de l’île de Wight.
12/07/2011 - 00:01
Yannick Bestaven et Christophe Bouvet, vainqueurs costauds
Usante, cette première étape des Sables-Horta-Les Sables ! Au terme de longues journées au près et d'un final incertain dans les dévents de l'archipel açorien, Yannick Bestaven et Christophe Bouvet (Aquarelle.com) l'ont emporté dans la nuit de samedi à dimanche après un peu plus d'une semaine de course. Baptême du feu réussi pour ce duo qui disputait sa première course en Class40 ! Stéphane Le Diraison/Vincent Barnaud et Jean-Edouard Criquioche/Jacques Fournier complètent le podium. Retour sur un premier acte animé.
18/12/2010 - 00:26
Ce Class40 est à vous (enfin, presque) !
Oui, à vous ! Pour quelques jours. Et en compagnie de son skipper. Telle est l’idée de Benoît Parnaudeau (ben@vplg.com), qui compte 50 000 milles en course : proposer aux amateurs, quel que soit leur niveau, d’embarquer à bord de son Class40 Jardin BiO, pour des navigatiosn atlantiques.
18/11/2010 - 12:16
Class40 : Thomas les a atomisés !
17 jours de course, dont… 15 en tête. Thomas Ruyant, qui vient de remporter la Route du Rhum en Class40 sur Destination Dunkerque, aura marqué de son empreinte cette édition 2010 ! Passé par la face Nord, il aura tenu en respect ses 44 concurrents, dont Nicolas Troussel (Crédit Mutuel de Bretagne).