Actualité à la Hune

CLIPPER ROUND THE WORLD YACHT RACE

Sir Robin Knox-Johnston, l’inoxydable

Le poids des ans mâtinés d’embruns n’a aucune prise sur lui. Sir Robin Knox-Johnston, à 77 ans, demeure toujours aussi passionné. Mots croisés avec le créateur de la Clipper Race dont le regard sur le monde de la voile est tout autant aiguisé.
  • Publié le : 06/04/2016 - 00:01

Sir Robin Knox-Johnston, l’inoxydableÉlu marin de l’année en Angleterre début 2015, et ce pour la quatrième fois dans sa carrière, Sir Robin Knox-Johnston a toujours de l’eau de mer circulant dans les veines. Photo @ clipperroundtheworld.com

Voilesetvoiliers.com : Lorsque vous avez créé cette Clipper Race, pensiez-vous qu’elle aurait autant de succès vingt ans plus tard ?
Sir Robin Knox-Johnston : Non, certainement pas. Mais au fil du temps, nous avons su galoper pour maintenir la cadence et la développer. Nous avons surtout répondu aux demandes qui ne font que progresser à chaque édition.

Voilesetvoiliers.com : Comment définissez-vous cette épreuve ? Une course ou une aventure pour amateurs passionnés ?
Sir R. K.-J. : Si vous parlez aux équipages, vous saurez que c’est une course. Et lorsque vous regardez leurs performances, vous voyez que c’est une course. Ceux qui pensent que c’est un tour du monde en croisière n’ont absolument rien compris à l’esprit de cette compétition.

Sir Robin Knox-Johnston, l’inoxydableLes Clipper 70 ont remplacé les Clipper 60 lors de l’édition 2013-2014. Des unités conçues pour affronter toutes les mers du globe avec un maximum de sécurité. Photo @ clipperroundtheworld.com

Voilesetvoiliers.com : Pour cette dixième édition, il y a un skipper français. Pouvez-vous expliquer ce choix ? Est-ce un clin d’œil à l’Entente Cordiale ?
Sir R. K.-J. : Olivier Cardin s’est inscrit pour être skipper sur cette édition. J’ai navigué avec lui et j’ai été satisfait de ses performances. Il n’était pas question de savoir s’il était Français ou Allemand. J’ai senti tout de suite qu’il avait les compétences pour tenir le rôle de skipper. C’est aussi simple que cela, et je ne suis pas déçu par ma décision. Si je pouvais en trouver d’autres comme cela, je ferais le même choix. Je suis très heureux d’avoir un skipper français et n’ai aucun problème avec cela. J’ai trop d’amis français !

Voilesetvoiliers.com : Que pensez-vous de la performance d’Olivier Cardin. Est-ce que la Clipper Race peut être un tremplin pour sa carrière ?
Sir R. K.-J. : Cela dépendra des choix d’Olivier. Ce que je peux dire, c’est qu’il mène la course actuellement avec d’excellentes performances. Sa façon de naviguer est intense, mais ce qui est bien, c’est qu’il y a trois ou quatre autres skippers qui lui compliquent la vie. Pour l’instant, il a réussi à les contenir. Cela rend la course d’autant plus passionnante.

Sir Robin Knox-Johnston, l’inoxydableLeader actuel du classement général de la Clipper Race et aujourd’hui dans le groupe de tête de l’étape menant les douze Clipper 70 à travers le Pacifique de Qingdao à Seattle, Olivier Cardin ne doit pas être mécontent du choix de sir Robin Knox-Johnston. Photo @ clipperroundtheworld.com

Voilesetvoiliers.com : Depuis votre succès sur le Golden Globe avec Suhaili en 1969, le monde de la course au large en solitaire a évolué. Cela semble une spécificité franco-française. Quel est votre avis sur la tendance actuelle ?
Sir R. K.-J. : Honnêtement, il faut admettre que les marins français dominent le monde de la course en solitaire. J’en suis désolé pour les marins anglais. La raison en est simple : les Français reçoivent plus d’attention dans les médias que les marins en Angleterre. Ils ont donc plus d’opportunités pour trouver des partenaires. Il est extrêmement difficile de convaincre les entreprises anglaises d’investir sur un Vendée Globe par exemple. Elles savent qu’elles n’auront pas le même retour sur investissement et les mêmes retombées médiatiques. Nous avons eu et avons toujours de très bons marins, mais sans soutiens financiers, il est impossible de développer des compétences et d’acquérir de l’expérience. Les skippers français sont bons mais ce n’est pas de leur faute. Les skippers anglais sont moins bons mais ce n’est pas de leur faute non plus. C’est dû uniquement au traitement des médias.

Voilesetvoiliers.com : Vous suivez avec attention l’évolution de la course au large. Certains bateaux du Vendée Globe 2016 seront équipés de foils, est-ce bien raisonnable selon vous ?
Sir R. K.-J. : Depuis le début, quand elle a été initiée sur le BOC Challenge en 1986, la Classe Open 60 n’a cessé d’évoluer en développant en permanence de nouvelles idées. Je pense donc que les foils sur les monocoques sont une nouvelle étape. Est-ce que nous sommes prêts pour cela ? On verra… Mike Golding, Sam Davies et d’autres skippers se demandent si les bateaux seront assez costauds pour supporter la puissance apportée par les foils. C’est une expérience qui doit être tentée et nous aurons la réponse au prochain Vendée Globe.

Voilesetvoiliers.com : Après votre magnifique participation à la dernière Route du Rhum (3e en catégorie Rhum sur un IMOCA de 1997), avez-vous encore des projets de course en solitaire ?
Sir R. K.-J. : Absolument, et je compte bien être au départ de la prochaine édition de la Route du Rhum. Mais cette fois-ci en trimaran !

Sir Robin Knox-Johnston, l’inoxydableTroisième en catégorie Rhum sur la Route du Rhum 2014, sir Robin Knox-Johnston promet d’être présent sur la prochaine édition, mais cette fois-ci sur un trimaran. Photo @ Breschi/Clipper Round The World Yacht Race

Entretien réalisé avant le décès accidentel, survenu vendredi 1er avril, de Sarah Young, équipière à bord de IchorCoal, projetée à la mer après une manoeuvre et dont le corps fut malheureusement récupéré sans vie par ses camarades. La flotte de la Clipper Round the World Race est actuellement en course entre Qingdao (Chine) et Seattle (Etats-Unis).