Actualité à la Hune

Coupe de l'america

Des demies de folie !

Bris d’aile et remplacement express avant le départ de la première manche, puis chavirage des Kiwis dans la seconde, Anglais impériaux au départ, Suédois en survie, Japonais étincelants dans une forte brise de près de 25 nœuds, carénages qui se délitent comme qui rigole… la seconde journée des demi-finales a été folle, et aussi montré la limite de ces « avions » quand même bien fragiles dans la brise.
  • Publié le : 06/06/2017 - 23:24

Chavirage TNZLa grosse brise du jour aura fait de gros dégâts !Photo @ ACEA 2017/Gilles Martin-Raget

Qui mieux que Franck Cammas qui commentait ces demi-finales sur Canal + Sport hier, peut parler de la difficulté de tenir ces engins dans une brise musclée, avec en prime le passage d’un front sur le plan d’eau de la Coupe ? « Si tu voles 20 centimètres trop haut, alors les safrans décrochent et le bateau devient incontrôlable » raconte le skipper de Groupama Team France avant d’ajouter : « dans la forte brise, les auloffées et les abattées sont hyper délicates à la barre et à l’aile. C’est un stress énorme, et on ne sait jamais comment ça va se terminer. Ça en devient dangereux ! »
OK on a compris ! Pour les Kiwis que l’on voyait déjà après deux journées un pied en finale des Louis Vuitton Playoffs, ce 6 juin est à oublier. Depuis le début de la 35e édition, ce fut la première vraie journée de brise. Les anémos ont beau annoncer entre 19,5 et 21,5 nœuds sur les diverses marques de parcours, pas besoin d’être champion olympique ou vainqueur de la Coupe de l’America pour se rendre compte que le vent est bien plus soutenu… surtout à 25 mètres de hauteur.
En train de s’échauffer (ils partent lors du second départ face aux Anglais), les Néo-zélandais connaissent un souci technique sur leur aile. Manifestement, c’est le flap (volet) inférieur qui a cassé. Ni une ni deux, ils rentrent au port et, en trente minutes, l’équipe technique réussit la prouesse d’installer l’aile de rechange (chaque syndicat possède deux ailes, ndlr).
Lundi, ce sont les Anglais qui durent jeter l’éponge, l’attache entre l’avant fixe de l’aile et les volets mobiles que l’on cambre ne répondant plus. Eux n’ont pas eu la chance de pouvoir réparer à temps.

SoftBank vs ArtemisC'est la surprise de ces demi-finales : SoftBank Team Japan se montre supérieur à Artemis Racing. Après deux jours de régates, les Japonais mènent 3 à 1.Photo @ ACEA 2017/Gilles Martin-Raget

Le vent ne mollit pas et le front approche. Il fait grosso modo aussi mauvais qu’à Roland Garros ! Cela n’empêche pas Dean Barker à la barre de SoftBank Team Japan, d’attaquer son festival. Dans cette première course de la journée face aux Suédois, sous petit foc, les Japonais s’envolent à 45 nœuds dans le bord de reaching les menant à la première marque ! Les Suédois que l’on disait intouchables dans la brise semblent fébriles. À bord des deux bateaux, c’est la « guerre » ! À 33 nœuds au près le vent apparent est de 55 nœuds (force 11), et sous l’effet de la vitesse et de la pression de l’eau, le « fairing » (carénage sur la poutre avant) commence à s’arracher et pèle comme une orange. La peau de carbone recouverte du Clysar, le même film que celui qu’on trouve sur les barquettes alimentaires, ne tient pas longtemps, et l’eau qui s’engouffre sous pression, commence à faire des ravages. « Ce n’est que du cosmétique » rassure Cammas ! N’empêche, les Suédois manœuvrent mal. On va même dire qu’ils sont à la rue ! Leur cata enfourne aux virements comme aux empannages, et les Japonais s’envolent bien qu’eux aussi touchés par le même type de délaminage sur les carénages. Dépités, les Suédois choquent et abandonnent. Les Japonais (enfin les Néo-Zélandais… majoritaires à bord) s’imposent et impressionnent.

SoftBank vs ArtemisGrande maîtrise dans la brise de la part des Japonais avec un Barker impérial à la barre.Photo @ ACEA 2017/Ricardo Pinto

Le record de vitesse détenu par Emirates Team New Zealand en 2013 sur AC 72 (48,12 nœuds !) va-t-il tomber ce jour ? C’est à se le demander quand on voit les accélérations stupéfiantes. C’est un Peter Burling crispé que l’on découvre à la barre lors de la deuxième régate. On se croirait au Grand Prix de Monaco sous la pluie ! Les Kiwis naviguent avec leur aile de rechange et le vent lui ne cesse de grimper dans les rafales. Le quadruple champion olympique Ben Ainslie à la barre de Land Rover BAR n’en a cure, et prend un nouveau départ pile au timing. Sublime ! Les Néo-Zélandais ne sont pas aussi impériaux que d’habitude, mais Burling qui navigue toujours un peu contre-gîté au près (comme en 49er) fait plus de cap qu’Ainslie. C’est grâce à une aulofée de folie à 30 nœuds dans le grain qui arrive (contre 17 pour les Anglais) que les Kiwis prennent l’avantage pour 9 secondes. Le Clysar, film tendu à chaud et qui recouvre aussi l’aile, part à son tour en lambeaux sur la poutre arrière de Land Rover Bar. Ainslie est dépité. Les Kiwis s’imposent. Ils mènent maintenant 3 à 0 ! On pense que la messe est dite.

Troisième course de la journée. Le vent semble encore se renforcer et la visibilité est de plus en plus mauvaise. Sur les bateaux, on a sorti le grey-tape (adhésif toilé) pour colmater les carénages… Barker une fois de plus prend un départ de rêve. Ça castagne ! L’Australien Nathan Outteridge a semble-t-il peur d’abattre ou n’y parvient pas. Le bateau passe quasiment sur sa barre ! Pire, les Suédois complètement perdus mordent et pas qu’un peu une « boundary » (limite du plan d’eau). Les Suédois écopent d’une double pénalité, ce qui met Iain Percy le tacticien dans une colère noire. Les Japonais eux déroulent et s’imposent. N’est pas Barker qui veut ! SoftBank Team Japan mène par 3 à 1 après une journée parfaite.

Chavirage TNZ 4Le cata kiwi sera vite tiré de son mauvais pas mais voilà un point de perdu et beaucoup de travail de réparation à venir.Photo @ ACEA 2017/Ricardo Pinto

Dernier match du jour. On se croirait en Bretagne au mois de février, la température en plus… Ça part mal pour les Kiwis qui prennent une pénalité dès l’entrée. Mais comme c’est pareil pour les Anglais, elles sont annulées. Ainslie est en très grande forme. L’ancien champion du monde de match racing bloque Burling et prend un énorme départ lancé dans un vent qui ne cesse de se renforcer. On est à 40 nœuds et plus. C’est alors que, dans le bord de reaching qui mène à la première bouée, le bateau néo-zélandais s’envole puis enfourne et chavire comme un vulgaire cata de plage. 

En vidéo le chavirage d'Emirates Team New Zealand :

Trois des six équipiers tombent à l’eau. Trois autres, dont le barreur, restent sagement accrochés dans leur cockpit. Plus de peur que de mal, mais la tête de l’aile du bateau kiwi est bien endommagée, des bouts de carbone jonchant le pont du bateau ressalé. L’équipe technique n’est pas couchée… Les Anglais marquent leur premier point et reviennent à 3 à 1. Les Kiwis ne sont pas infaillibles ! Ça promet pour la suite, car ce mercredi on annonce encore plus de vent…

Chavirage TNZ 3L'équipe technique néo-zélandaise va avoir du travail. Mercredi les conditions s'annonçant encore plus musclées, peut-être pourra-t-elle avoir un jour sans régate pour mieux réparer.Photo @ ACEA 2017/Ricardo Pinto

35e Coupe de l’America
Demi-finales des challengers
(Louis Vuitton America's Cup Challengers Playoffs semi-finals)

Manches du 6 juin 2017

Emirates Team New Zealand bat Land Rover BAR
SoftBank Team Japan bat Artemis Racing
Land Rover BAR bat Emirates Team New Zealand
SoftBank Team Japan bat Artemis Racing

Classements
Demi-finale 1

Emirates Team New Zealand (NZL), 3 points
Land Rover BAR (GBR), 1 point

Demi-finale 2

SoftBank Team Japan (JAP), 3 points
Artemis Racing (SUE), 1 point

 

Programme du jeudi 8 juin

Emirates Team New Zealand-Land Rover BAR (19 h 08)
Artemis Racing-SoftBank Team Japan (19 h 36)
Land Rover BAR-Emirates Team New Zealand (20 h 06)
SoftBank Team Japan-Artemis Racing (20 h 35)

Le vent trop violent le mercredi 7 juin a empêché le déroulement des régates programmées ce jour-là, repoussées au 8 juin.

Seront qualifiés pour la finale des challengers (Louis Vuitton America's Cup Challengers Playoffs finals), les premiers des deux équipages vainqueurs de cinq régates en demi-finales.