Actualité à la Hune

Trophée des Multicoques

Des vertus du mélange en milieu marin

Vingt-neuf années après sa dernière édition, la renaissance du Trophée des Multicoques à La Trinité-sur-Mer (Morbihan) cette semaine donne lieu à un rassemblement plutôt sympathique d’une vingtaine d’équipages, des petits Diam 24 aux grands Ultime. Dans l’esprit recherché par les organisateurs : belles régates en mer, échanges et convivialité à terre. Tableau d’ambiance.
  • Publié le : 30/08/2018 - 17:33

Des vertus du mélange en milieu marinDe l'art du mélange au village de course mais aussi sur la ligne de départ.Photo @ Eloi Stichelbaut
Mercredi soir, 29 août, au cœur du village du Trophée des Multicoques à La Trinité, on refait les régates du jour. On se félicite du fait que les «gros » – entendez les Ultime Sodebo Ultim’ de Thomas Coville et IDEC de Francis Joyon – sont arrivés dans le même timing que les «petits», au terme des manches du jour disputées dans un vent d’une dizaine de nœuds.

La flotte, 19 bateaux au total, est répartie en quatre groupes pour quatre jours de courses : Ultime, Groupe 2 (avec l’Ultim’Emotion d’Antoine Rabaste et Lemer Pax, ex-Alinghi), Multi 2000 (avec entre autres les légendaires petits trimarans jaunes de Charlie Capelle et de Loïck Peyron) et Diam 24. Les uns sont partis virer Groix pour un parcours d’une soixantaine de milles pendant que les autres ont enchaîné deux manches plus ventées que la veille. Et tout le monde est au bar à la même heure.

A mi-chemin de l’épreuve qui doit s’achever ce vendredi 31 août, Denis Hugues, le directeur de course, réfléchit, lui, au programme des deux dernières journées. Au bar du village, Marc Guillemot (à l’origine de la renaissance de l’événement avec Dominic Bourgeois, Agnès Caradec et Martine Camus) accepte un selfie avec des inconnus ravis d’approcher les skippers en toute simplicité.

Signe incontestable de régates amicales : on serre des mains autour d’une bière en faisant des phrases. Par exemple, sur le fait que les anciens ORMA tirent bien leur épingle du jeu dans ces conditions légères, que tel multi «vintage» est joli à voir naviguer, que Jess est une libellule étonnante, que le Formule 40 Fleury Michon ne nous rajeunit pas ou encore que la jauge Multi 2000 est trop fourre-tout – inépuisable sujet – mais que, oui, au final c’est sympa de se retrouver ici en fin d’été entre pros et amateurs, avec pour dénominateur commun le fait d’aimer naviguer sur plusieurs coques. Vite, donc.

«Laver le linge en famille»

De fait, on croise beaucoup de préparateurs, d’équipiers, d’architectes, de skippers venus de séries et d’horizons très différents. Certains s’autorisent une parenthèse dans leur préparation de la Route du Rhum alors que d’autres sont là en voisin ou en copain. On aperçoit par exemple Franck-Yves Escoffier, Roland Jourdain, Ronan Guérin, Hervé Laurent, Eric Loizeau et bien d’autres, skippers ou simples équipiers venus en collègues ou amis.

Des vertus du mélange en milieu marinSodebo et Idec ont profité des retrouvailles de ce Trophée pour se tirer une bourre amicale au large de l'île de Groix.Photo @ Eloi Stichelbaut
Loïck Peyron est là, bien sûr, refusant malicieusement de se souvenir de l’année exacte de sa dernière participation mais trouvant comme souvent le mot juste : «Le premier (trophée, ndlr) je l’avais fait avec Mike (Birch) sur Vital et on avait démâté je crois… Ce que je pense du Trophée ? C’est toujours intéressant de revoir les vertus du mélange ! C’est comme ça que tout a commencé : toutes les épreuves, c’est d’abord des passionnés qui font un peu n’importe quoi un peu n’importe comment, parfois très bien, et qui ont envie de se confronter.»

«En général, ajoute-t-il, ça commence comme ça et au fur et à mesure on se met à créer des spécialités, des spécialistes, des séries et chacun part dans son coin et se met à mesurer les bateaux. Là, on revient au mélange… avec, c’est vrai, la difficulté de vouloir faire un classement entre les torchons et les serviettes. Et moi qui suis sur un joli torchon, je suis battu par des serviettes nettement plus propres, mais c’est intéressant de laver le linge en famille ! » (rires) 

Marc Guillemot et Dominic Bourgeois, chevilles ouvrières du Trophée, sont ravis mais ne bombent pas le torse pour autant. Pas leur genre : «Evidemment que nous aurions aimé accueillir plus qu’une vingtaine de bateaux et qu’il y a de petits détails à régler. On ne va pas dire que tout est formidable et exceptionnel, comme on lit trop souvent à la moindre régate. Mais pour une première réédition, on peut avoir le sourire : les régates sont disputées et belles à voir en mer et à terre, le soir, il y a du partage et de la convivialité ; un joli mélange entre amateurs et pros. C’est ce que nous voulions.» Sur le podium pour sa victoire du jour, Thomas Coville ne dit pas autre chose : «C’est important d’être là et de donner sa chance à cet événement qui nous regroupe, entre passionnés.»

Des vertus du mélange en milieu marinSur les quais du Trophée, Loïck Peyron a également pratiqué la convivialité.Photo @ Eloi Stichelbaut

Cinq questions à ...

Marc Guillemot : «Sérieux sur l’eau, détendu à terre»

Voilesetvoiliers.com : Marc, à mi-parcours, quel est ton bilan en tant que président du Trophée des Multicoques?

Marc Guillemot : Pour une première renaissance, on est content ! Au niveau météo, on est servis : il fait beau, il y a du monde, les équipages sont contents. Côté organisation, on découvre les petits bugs et aléas, mais aussi les points positifs qui nous remontent. Bref, le tout est plutôt positif.

La philosophie du trophée ?

M. G. : L’idée est de regrouper sur un même plan d’eau des bateaux très différents en plusieurs séries de multicoques, de faire naviguer ensemble des amateurs et des professionnels sur des parcours côtiers. On a une grande richesse dans la baie de Quiberon pour concevoir des régates intéressantes. Tout le monde se bat sur l’eau et surtout ça permet de se retrouver et d’échanger. Des jeunes talents en Diam 24 croisent des marins aguerris comme Thomas Coville ou Francis Joyon qui, pourquoi pas, pourraient les embarquer un jour sur une course. Et il n’y a pas que les coureurs : les techniciens, architectes, constructeurs se retrouvent et discutent aussi.

Voilesetvoiliers.com : C’est pour cette raison que vous avez voulu un village très ouvert ?

M. G. : Oui, c’est un village complètement ouvert où les équipages, le public, les bénévoles, les partenaires se regroupent chaque soir. Encore une fois, c’est notre priorité : le partage et la convivialité sans trop de formalités. C’est ce qu’on aime : sérieux sur l’eau et détendu à terre. Et de ce côté-là aussi, pour l’instant, c’est réussi.

Voilesetvoiliers.com : On imagine que vous auriez aimé accueillir davantage qu’une vingtaine de bateaux ?

M. G. : On veut toujours plus ! (rires)  Le jour où on aura 50 bateaux, on en voudra 60 et ainsi de suite mais en même temps, le port n’est pas extensible. Pour une première édition, ce n’était peut-être pas plus mal de ne pas être trop nombreux. Et l’ambiance est géniale, alors…

Voilesetvoiliers.com : Et passer de skipper à organisateur de course, ça fait quoi ?

M. G. : C’est simple : tu regardes les autres partir et revenir, mais toi, tu ne navigues pas ! De temps en temps, je m’autorise une petite sortie en bateau à moteur pour aller voir les concurrents sur l’eau mais c’est tout. Je le savais, même si je découvre l’autre côté de la barrière avec cette escapade à l’organisation. Mais j’ai encore plein de rêves de navigation dans ma tête. J’ai navigué toute ma vie, je vais continuer. Il y a bien un de mes rêves qui va se concrétiser.