Actualité à la Hune

The Transat Bakerly

Deux transats en une

Au Sud, à la latitude de la Floride, il y a les riches ! À raison de 500 milles par jour, et à 1 500 milles de l’arrivée pour Macif, les trois Ultimes caracolent en short, en bordure d’anticyclone et vont bientôt bifurquer à droite, toujours au portant et tribord amures cap sur New York. Au Nord, à la latitude de Saint-Pierre et Miquelon, il y a les pauvres, et c’est une toute autre histoire ! Les IMOCA, Multi50 et Class40 ont affronté une sévère dépression (avec des vents jusqu’à 50 nœuds et plus), au près dans une mer casse-bateaux et un froid piquant. Analyse de ces deux transats en une, aussi différentes que passionnantes.
  • Publié le : 07/05/2016 - 07:00

Banque Populaire The TransatBanque Populaire VIII au près dans la brise : sans commentaires… A bord, ce doit être l’enfer ! Photo @ Y. Zedda/Banque Populaire

Tandis qu’en France, le week-end sent déjà l’été, qu’à New York, les AC 45 se débattent dans la pétole et les courants de l’Hudson River, la majorité des concurrents de la Transat bakerly subissent depuis quelques heures une véritable punition. Le contournement au portant par le Sud sous le gigantesque anticyclone qui s’étale sur une majeure partie de l’atlantique, par les trois Ultimes Sodebo, MACIF et Actual, ne doit pas faire oublier que la « Transat anglaise » a bâti sa légende aussi sur le mauvais temps. François Gabart qui navigue en Croc’s et short n’a pas tort de dire « que la Transat ce n’est plus ce que c’était », mais si il était plus Nord à la barre d’un monocoque en bottes et cirés, il ne tiendrait sans doute pas ce discours ! Il y a 40 ans exactement, les cinq dépressions successives, avaient causé l’abandon de 78 des 125 participants de la 5e édition… et avant de triompher sur Pen Duick VI, conçu pour être mené par quinze équipiers, Eric Tabarly, épuisé avait fait demi-tour, avant de se raviser avec le résultat que l’on connaît en 23 jours ! Ça c’était avant.

A bord de SodeboCiel d’alizé, beau temps belle mer… Thomas Coville a même pris le temps de soigner le cadrage.Photo @ Thomas Coville/Sodebo

« Ça devrait être du reaching jusqu’à New York » explique Christian Dumard, le routeur d’Yves Le Blevec sur Actual. « Les trois Ultimes vont devoir empanner dans l’Ouest de l’anticyclone et faire une aile de mouette. Depuis le cap Finisterre, ils sont tribord amures sur un seul bord et au portant. Yves ne s’attendait pas à de telles conditions ! » L’ancien navigateur de l’équipe de France d’Admiral’s Cup et de la Coupe de l’America, tient lui aussi un rythme de solitaire… tout en étant à terre. « Je dors par tranches, et dès que je me réveille, regarde les cartes, le cap et la vitesse d’Yves. Mais aujourd’hui, avec les outils que nous avons (tablettes notamment), nous ne sommes plus rivés au bureau 24 heures sur 24. » Mais comment fonctionne le binôme skipper-coureur ? « C’est assez simple, explique Christian. Avec Yves, on travaille par mail et téléphone. En fait, on s’appelle assez peu souvent, car la situation est claire, les bords assez longs et sans passage de front. Par contre, dès que la situation se complique, on se parle. Moi j’ai la position du bateau tous les quarts d’heure nuit et jour, et donc je sais à quelle vitesse il va, quel vent il a… J’envoie un mail le matin et le soir qui est un peu plus structuré. Si par exemple le vent va basculer et qu’il faut accompagner la bascule ou descendre au max, je lui précise. Et l’on a un waypoint que l’on affine en fonction de l’angle du vent. Je travaille à partir de deux modèles météo au large, le modèle européen (CEP) gratuit et le modèle américain de la NOAA (GFA) payant. Je regarde les deux, mais globalement, le modèle européen est plus fiable sur la durée. » Sur la route de Le Blevec, il précise : « Nous aurions bien aimé couper dans le fromage (soit mettre du Nord dans la route pour traverser l’anticyclone ; ndlr), mais Actual n’étant pas un bateau de près, nous n’avons pas tenté. Je pensais que Sodebo essayerait, lui qui est redoutable aux allures de près. » Et de préciser : « ce que je trouve intéressant, c’est de voir que Actual est exactement sur les mêmes moyennes que l’ancien Sodebo (l’ancien nom de ce bateau devenu Actual ; ndlr) il y a quatre ans. Quand on prend la polaire de l’époque, Yves est dans le même rythme, ce qui montre qu’il exploite bien le bateau. » Une chose est certaine, de Plymouth à New York, les trois géants devraient couvrir environ 4 500 milles pour une distance théorique sur l’orthodromie de 3 000 milles, soit presque un tiers de route en plus… et ce sans quasiment faire de près. Le rêve !

Thomas Coville : 673 milles en 24 heures !

Vendredi 6 mai 2016Entre la dépression située sur la route des IMOCA, Multi50 et Class40 et le vaste anticyclone s’étalant de la Guinée au Sud de la Caraïbe, la météo est contrastée sur l’Atlantique. Photo @ Météo Consult

Et pendant que les monocoques se préparaient à affronter du mauvais temps au près ce 6 mai, Thomas Coville à la barre de Sodebo, allumait au portant en bordure d’anticyclone, fêtant l’Ascension à sa manière avec un « run » de 673 milles en une journée (soit plus de la distance entre Marseille et Londres ; ndlr). Pour 9,25 milles, il a manqué de battre le record détenu depuis 2014 par Armel Le Cléac’h sur Banque Populaire VII (ex Groupama 3) de la plus grande distance en solitaire sur 24 heures, soit 682,85 milles à l’ahurissante moyenne de 28,45 nœuds ! Et quand Jean-Luc Nélias et Samantha Davies ses deux routeurs lui ont annoncé la nouvelle, Thomas a juste déclaré en se marrant : « aïe, dommage ! Déjà la journée d’hier au portant avait été magique, mais j’avoue que la nuit sans lune avec des pointes à plus de 40 nœuds (43 nœuds pour être précis !) avec pratiquement le max de toile à porter sur le bateau a été très impressionnante ! » On veut bien le croire quand on sait que la surface de voilure au portant du plan VPLP (ex Geronimo) est de 663 mètres carrés !

Samedi 7 mai 2016La dépression s’est creusée et se décale vers la péninsule ibérique, tandis que l’anticyclone concernant les Ultimes, barre une partie de l’Atlantique.Photo @ Météo Consult

N’empêche, au pointage de 5 heures du matin ce samedi 7 mai, Sodebo était désormais relégué à 61 milles (ce qui ne fait que deux heures à 30 nœuds !) de MACIF et François Gabart, toujours aussi impressionnant.

 

Dimanche 8 mai 2016Les Ultimes vont devoir gagner dans le Nord à coups d’empannages pour ne pas naviguer vent arrière et les Multi50, Class 40 et IMOCA buter dans une zone de hautes pressions. Photo @ Météo Consult

Match race au Nord

C’est un son de cloche bien différent en provenance des IMOCA, Multi50 et Class40. Deuxième ce samedi matin, à 40 milles de Banque Populaire VIII, voici ce que racontait Vincent Riou (PRB) à la vacation d’hier après-midi : « je viens de passer le front que je suis venu chercher dans la dépression virulente des Açores. J’ai viré de bord et suis tribord amures. C’est la phase la moins confortable parce que je suis face à la mer. Il faut bien réguler la vitesse du bateau. Cela reste maniable, mais il y aura quelques heures difficiles dans la journée avec un renforcement du vent. On devrait sortir en soirée du fort noyau de vent. C’est une dépression qui va bien remuer tout l’Atlantique. Avec Armel (le Cléac’h), nous avions le timing idéal pour traverser cette perturbation. Le bateau se comporte bien mais cela demande du pilotage et de la régulation, car il n’est pas question d’être pied au plancher ! » Les deux leaders en IMOCA ont choisi de passer au Nord de cette dépression très hargneuse, et ont quasiment viré de bord simultanément. Troisième, Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), a lui préféré passer au Sud de la dépression, et va déborder Corvo (Açores) dans la journée de samedi. Mais un nouveau piège attend les solitaires, avec un anticyclone s’étalant du Nord au Sud, et qu’il va falloir gérer au mieux sans se faire engluer.

Phil SharpAutoportrait de Phil Sharp à bord de son Class40 après quatre jours de course. Photo @ P. Sharp/Imeris

En Multi50, Lalou Roucayrol sur Arkema et qui navigue à proximité de Jean-Pierre Dick, a lui aussi eu un peu moins de vent que les Nordistes (30 nœuds) mais s’est échappé. Il devançait Gilles Lamiré (French Tech Rennes Saint-Malo) de 138 milles qui, comme Paul Meilhat sur son IMOCA SMA, a décidé de prendre la route Sud en passant bien sous les Açores.

Enfin, en Class40, la flotte a décidé de passer très au Nord de la dépression mais s’est quand fait bien secouer. En fin de nuit ce 7 mai, Phil Sharp (Imeris) avait repris les commandes, talonné à moins de 20 milles par Isabelle Josckhe (Generali) auteure d’un début de course remarquable, et Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en peloton-Arsep) à 24 milles.

Quant à Loïck Peyron sur Pen Duick II, encore à 2 487 milles de New York, il sera encore loin d’avoir franchi la longitude des Açores quand MACIF et Sodebo devraient s’amarrer à Manhattan mardi 11 mai au soir ou mercredi 12.

MACIF SodeboAprès cinq jours de course Sodebo et Macif (ici au départ à Plymouth, le 2 mai) ne se lâchent pas ! Photo @ Lloyd Images

Classement le 7 mai à 5 heures

Ultimes

1)   François Gabart (MACIF) à 1 557 milles de l’arrivée
2)   Thomas Coville (Sodebo) à 61 milles
3)   Yves Le Blevec (Actual) à 234 milles

IMOCA

1)   Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) à 1 825 milles de l’arrivée
2)   Vincent Riou (PRB) à 40 milles
3)   Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) à 108 milles

Multi50

1)   Lalou Roucayrol (Arkema) à 1 952 milles de l’arrivée
2)   Gilles Lamiré (French Tech Rennes Saint-Malo) à 138 milles
3)   Pierre Antoine (Olmix) à 218 milles
 

Class40

1)   Phil Sharp (Imerys) à 2 173 milles de l’arrivée
2)   Isabelle Joschke (Generali-Horizon Mixité) à 11 milles
3)   Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton-Arsep) à 20 milles

Cliquez ici pour les classements complets et la cartographie de The Transat bakerly

 

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