Actualité à la Hune

transat jacques vabre

Dick et Eliès : « Que du bonheur ! »

La lumière de fin d’après-midi sur la baie de Tous les Saints est sublime. Pleine balle, St-Michel-Virbac glisse vers l’arrivée, mené par deux marins d’exception qui se laissent gagner par l’émotion. Pour Jean-Pierre Dick, cette quatrième victoire au terme de la transat en double est la plus belle manière de tirer sa révérence et de laisser son bateau à son coéquipier du moment, Yann Eliès, qui s’impose sur cette course pour la deuxième fois. C’est Eliès en effet qui aura la charge de mener cet IMOCA lors du prochain Vendée Globe. Cette victoire, acquise devant SMA arrivé 6 h 21' après, a donc un goût très particulier…
  • Publié le : 18/11/2017 - 23:18

ChampagneChampagne pour les vainqueurs en IMOCA. Jean-Pierre Dick se retire sur une 4e victoire, record sur cette course et Yann Eliès prend le relais de la meilleure des manières.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017

Voilesetvoiliers.com : Que ressentez-vous après cette victoire ?
Jean-Pierre Dick : Que du bonheur ! Avec Yann, on commençait à trouver un peu le temps long. On a eu une avarie assez sérieuse pendant la course en déchirant le grand spi. Donc on s’est retrouvé pendant à tirer des bords au portant et on a trouvé le temps assez long. On a pas mal discuté mais c’est que du bonheur d’arriver là. Pour Yann et pour moi. Quatrième victoire sur la Jacques Vabre, c’est fabuleux. C’est aussi la fin d’un cycle un peu douloureux : un chavirage, une perte de quille sur le Vendée. Sur le dernier, je me suis fait un peu larguer les premiers jours, cela a été un peu compliqué. Ca y est : le positif revient ! Avec Yann, on est fier du travail réalisé et le résultat et beau. Il me fait plaisir.


Voilesetvoiliers.com : Jean-Pierre, vous paraissez fatigué…
J.-P. D. 
: J’ai laissé un peu d’énergie en effet !
Yann Eliès : Il s’est donné, je peux vous le dire !
J.-P. D. : J’ai du mal à dormir les premiers jours de course. Il y a tellement de bruit et d’adrénaline ; c’est au bout de deux jours que j’ai mieux trouvé le sommeil. Yann, avec son côté marin, m’a bien relayé. Il dort mieux que moi et on s’est recalé à notre manière. J’ai réussi à canaliser mon énergie, à faire en sorte de ne pas être trop fatigué. Et on a su prendre les bonnes décisions stratégiques. Je suis plus sur le côté rationnel et Yann, avec son côté tranchant, ajoute son intuition. On a fait un vrai boulot de duo. Le tranchant venait de Yann et le fond était apporté par le couple. Sans oublier aussi l’intensité que nous avons pu imprimer à la course.
Y.E. : Je suis fier du trait que nous avons réalisé. Une belle trace, propre, courbe parfois, rectiligne à d’autres. Paul Meilhat l’a reconnu dans une récente interview en disant que nous avions fait la plus belle trajectoire. Venant de lui et Guéno (Gahinet, sur SMA, ndlr), c’est une belle reconnaissance car ce sont des cadors dans ce domaine. Et surtout on a disposé d’une machine incroyable qu’on a cravaché comme jamais en début de course, ce qui nous a permis de faire la différence. Mais aussi un peu de montrer nos muscles aux autres en leur disant : «Vous voyez, là on est parti le couteau entre les dents et s’il faut monter au front, on ira. Pas de problème ! Si c’est le combat on sera capable d’y aller.» Dès le passage du front le troisième jour, on a fait la différence car on a tapé dedans et les autres n’ont pas osé y aller. Jean-Pierre a donné le tempo car il savait que sa machine était capable d’encaisser ce que nous lui avons fait subir.
J.-P. D. : Notre grande force était d’avoir confiance en elle, de pouvoir vraiment pousser. Déjà à Barfleur on a donné le ton dans un courant de neuf nœuds, un vent de plus de trente nœuds, à fond la caisse. On a planté le bateau dans une vague ! Je pense que derrière nous Malizia s’en souvient ! On a donné le tempo. On n’a pas pensé un moment que le bateau n’allait pas tenir, que les foils pouvaient exploser : c’est un gros plus grâce à notre équipe. Cela a été la course un peu parfaite. Ce mano à mano avec Yann en poussant tous les deux cette machine à fond. Ce fut fabuleux d’y parvenir.

StMichel-VirbacSt-Michel-Virbac glisse à vive allure vers la ligne d'arrivée. Première victoire en Transat pour le plan Verdier-VPLP construit par Multiplast.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017

Voilesetvoiliers.com : C’est donc en ce début de course que vous avez fait la différence.
J.-P.D. :
 Un peu. Au début, on a montré nos muscles au passage du front. On a été très très vite. On a pris le lead.
Y.E. : On est allé chercher le front en sachant que derrière nous allions envoyer. Mais il y avait toujours un petit doute sur l’état de la mer. Lorsque tu vas chercher un front et que tu n’arrives pas à l’exploiter ensuite, tu perds tout le bénéfice de t’être détourné. J’ai franchement eu un doute. Derrière, il y avait deux mètres de creux.
J.-P. D. : C’est là où Malizia, qui a bien réussi son passage de front, s’est effondré. Alors que nous, une fois passé, on a envoyé à 22-23 nœuds et on a fait la différence.

Voilesetvoiliers.com : Quand explosez-vous votre grand spi ?
J.-P. D. :
Après le Cap-Vert ; c’était assez tôt dans la course. Car on avait fait un run sous spi avant et on en a eu deux ensuite, pendant le pot au noir et aujourd’hui à faire avec lui. C’est certain que cela fut un déficit qu’il fallut gommer dans notre tête en positivant. Dans le pot au noir, on sentait SMA plus rapide que nous ; on a fait le dos rond. On a essayé de compenser. Le petit spi a fait le job mais ce fut dur à vivre.
Y.E. : Quand les deux bateaux étaient sous spi il y avait quand même une grosse différence. SMA nous reprend quarante milles.

Voilesetvoiliers.com : Ce fut votre seule avarie ?
Y.E. :
On a cassé l’écran de l’ordinateur et on a fini avec un iPad sur les genoux.

Voilesetvoiliers.com : Jean-Pierre, c’est votre quatrième victoire…
J.-P. D. :
C’est une grande fierté. Je sens bien cette course en double. J’aime ce côté mano à mano avec quelqu’un d’autre. Avec Yann cela a fonctionné. On a d’autres objectifs ensemble et je suis vraiment content que nous ayons pu réussir à faire cela.

Voilesetvoiliers.com : Yann, Jean-Pierre vous a étonné ?
Y.E. :
Je savais que sa difficulté était de dormir en début de course. Je m’étais préparé à être aux petits soins avec lui, de prendre bien soin de lui. Pour Jean-Pierre, donner n’est pas un problème : il est généreux dans l’effort. En revanche, pour gérer l’effort sans qu’il se mette dans le rouge, je devais être aux petits soins. J’ai pu pallier ses petites difficultés.

Dick ElièsLa complicité était parfaite entre Jean-Pierre Dick et Yann Eliès, qui ont dominé cette course de bout en bout.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017
Voilesetvoiliers.com : Vous avez formé le couple idéal…
Y.E. :
J’ai l’impression qu’à chaque fois qu’il embarque quelqu’un, cela forme le couple idéal ! C’est lui qu’il faut féliciter. Que ce soit Nicolas Abiven, Loïck Peyron et Jérémie Beyou, cela a fonctionné. Et pourtant on est tous des caractériels ! Jean-Pierre est à la base de cette réussite. Il est parfait car on a gagné au bout. Je pense à ceux qui sortent juste du pot au noir : leur couple doit être plus difficile à vivre.
J.-P. D. : On est deux vieux garçons. Mais sur le fond professionnellement cela fonctionne bien. Ensuite on a tous nos petits gris-gris. Je cherche par exemple ma frontale pendant des heures dans le bateau. Dès que j’en vois une, je la pique. Il y a un côté énervant à vivre avec moi. Il faut s’y faire. Mais j’ai envie de travailler avec Yann car nous avons le projet de faire en sorte qu’il gagne le prochain Vendée Globe. Cela va nous y aider.
Y.E. : C’est ça qui est beau car il y a une réussite sportive et l’envie de faire le Vendée ensemble.

Voilesetvoiliers.com : Yann, comment vivez-vous cette passation ?
Y.E. :
Avec humilité. Jean-Pierre m’offre sur un plateau beaucoup de choses. C’est une opportunité incroyable de disposer d’une telle machine et d’intégrer son équipe. Cela sera aussi une nouvelle façon de fonctionner pour moi en étant plus pilote que chef d’entreprise. On voit que dans les autres teams, c’est ainsi que cela se passe. À moi de tout donner pour être à la hauteur de ses ambitions.
J.-P. D. : Il faut souligner que nous avons encore une porte à passer : trouver le partenaire qui va nous aider à monter cette belle ambition de gagner le Vendée Globe. Je pense que nous allons y arriver
Y.E. : On s’est dit qu’en gagnant cette course ce sera plus facile…

Voilesetvoiliers.com : Quel regard portez-vous sur vos adversaires ?
Y.E. :
Derrière, c’est la nouvelle génération : Paul Meilhat, Guéno, Morgan et Eric. Ils ont super-bien navigué, surtout SMA car ils n’avaient pas un bateau qui leur permettait 
«d’envoyer du pâté» au reaching sans un petit déficit de vitesse. À machine égale, cela aurait été très, très serré. Morgan et Eric ont sans doute manqué d’entraînement. Ils ont disposé du bateau assez tard et de moyens assez réduits. Il y a eu une belle bagarre. SMA, premier bateau sans foils, mérite cette deuxième place. 

arrivée SMASix heures après St-Michel-Virbac, SMA pénétrait à son tour dans la baie de Tous les Saints, celle de Salvador de Bahia. Paul Meilhat et Gwénolé Gahinet empochaient la deuxième place de la Transat à bord du premier IMOCA classé dépourvu de foils.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017

Transat Jacques Vabre 2017
Les trois premiers de chaque catégorie

Classements du dimanche 19 novembre 2017 à 12 h 01 (heure française)

Ultim
1. Sodebo Ultim’ (Coville-Nélias), arrivé le 13 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 7 j 22 h 07’27’’. Moyenne : 22,92 nœuds.
2. Maxi Edmond de Rothschild (Josse-Rouxel), arrivé le 13 novembre à 13 h 30’24’. Temps de course : 7 j 23 h 55’24’’. Moyenne : 22,70 nœuds. Retard sur le premier : 1 h 47’57’’.
Abd : Prince de Bretagne (Lemonchois-Stamm), démâtage.

Multi50
1. Arkema (Roucayrol-Pella), arrivé le 16 novembre à 8 h 49’19’’. Temps de course : 10 j 19 h 14’19’’. Moyenne : 16,81 nœuds.
2. FenétrêA-Mix Buffet (Le Roux-Riou), arrivé le 16 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 11 j 02 h 51’23’’. Moyenne : 16,33 nœuds. Retard sur le premier : 7 h 37’04’’.
3. Réauté Chocolat (Tripon-Barnaud), arrivé le 17 novembre à 9 h 19’22’’. Temps de course : 11 j 19 h 44’22’’. Moyenne : 15,35 nœuds. Retard sur le premier : 1 j 00 h 30’03’’

IMOCA
1. St-Michel-Virbac (Dick-Eliès), arrivé le 18 novembre à 03 h 33’03’’. Temps de course : 13 j 07 h 36’46’’. Moyenne : 13,63 nœuds.
2. SMA (Meilhat-Gahinet), 
arrivé le 19 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 13 j 13 h 58’03’’. Moyenne : 13,36 nœuds. Retard sur le premier : 6 h 21’17’’.
3. Des voiles et Vous (Lagravière-Peron), à 18,8 milles de l’arrivée.

Class40 
1. Imerys Clean Energy (Sharp-Santurde), à 945,4 milles de l’arrivée.
2. Aïna Enfance et Avenir (Chappellier-Le Vaillant), à 11,6 milles du premier.
3. V&B (Sorel-Carpentier), à 12,5 milles du premier.

Classements complets et cartographie ici.