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VENDÉE GLOBE

Didac Costa tout feu tout flamme

Le Barcelonais Didac Costa (One Planet One Ocean) a pris la quatorzième place du Vendée Globe 2016-2017. Quatrième de la Barcelona World Race il y a deux ans, il vient d’achever à 36 ans la course dont il rêvait depuis sa plus tendre enfance, et ce sur l’un des plus vieux bateaux du plateau. Impressions.
  • Publié le : 24/02/2017 - 00:01

Costa 1L’Espagnol Didac Costa vient d’en terminer avec son périple de 27 964 milles à la moyenne de 10,70 nœuds.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Toutes sirènes hurlantes et alors qu’il avait été le premier à prendre le chenal le 6 novembre dernier, Didac Costa a embouqué la passe des Sables-d’Olonne ce jeudi matin à 8 heures 52 avec son fier navire, l’ex-Kingfisher avec lequel Ellen MacArthur avait terminé deuxième en 2000. Lances à eau, fumigènes et klaxons deux tons en action, ses amis sablais du centre de secours étaient bien évidemment là pour acclamer le retour du pompier barcelonais après les 108 jours, 19 heures et des poussières qui lui ont été nécessaires pour achever son deuxième tour de la planète, mais cette fois-ci en solitaire.

L’automne dernier, des vingt-neuf concurrents au départ de cette 8édition du Vendée Globe, l’état de la préparation de Didac Costa inquiétait. Sachant que son 60 pieds IMOCA avait été touché par la foudre trois jours avant de quitter son port d’attache de Barcelone, grillant son électronique, ce fut pour lui et sa toute petite équipe la course à l’échalote pour rejoindre les Sables-d’Olonne. Après un retour express pour assurer son service dans sa caserne en Catalogne, il était donc sur la ligne de départ l’automne dernier. Malheureusement, quelques minutes après le coup de canon, un accident fortuit a failli balayer toutes ses espérances. Fin de l’histoire ? Non, bien évidemment. «Alors que j’étais à la barre, grand-voile haute et avec ma plus grosse voile d’avant, un tuyau a continué à remplir le ballast et a noyé une bonne partie de mon compartiment moteur. Le pilote automatique ne fonctionnait plus mais j’ai réussi à enrouler le gennaker, et quelques secondes plus tard je constatais les dégâts et faisais route vers le port. Après avoir patienté quatre heures pour profiter de la nouvelle marée haute, avec ma petite équipe, nous avons essayé de réparer le plus vite possible le moteur, le générateur et une partie des batteries qui avaient été noyés. Cela a quand même duré quatre jours. Nous avons beaucoup été aidés par les pompiers des Sables-d’Olonne qui ont réussi à trouver des personnes compétentes et aussi par l’équipe de Louis Burton (Bureau Vallée)» expliquait Didac Costa lors de la conférence de presse d’arrivée.

CostaIl l’a annoncé, Didac Costa reviendra la prochaine fois en vrai compétiteur et avec d’autres ambitions.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Motivation

Un grand élan de solidarité a ainsi autorisé le «bombero» à vivre son aventure. La compétition pouvait commencer : «En repartant, je n’ai pas voulu voir où étaient les autres concurrents pendant dix jours. Je n’avais pas de problème de motivation, sachant que j’allais faire ce que je pouvais. Le pire aurait été de ne pas repartir. De toute façon, mon projet n’était pas pour la gagne, ni même pour être dans les premiers, et donc ce contretemps n’était pas un problème.» Et petit à petit, l’Espagnol a grignoté milles après milles son retard sur Sébastien Destremau (TechnoFirst-FaceOcean) et Pieter Heerema (No Way Back), passant le cap Leeuwin en seizième position. Sa place n’évoluera guère jusqu’au franchissement du cap Horn le 20 janvier dernier. Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) ayant remporté l’épreuve la veille, rappelons-le. De petites casses n’ont pas épargné le Catalan. Surtout des soucis de voiles déchirées. «Il y avait eu plein d’abandons et je me disais que moi j’étais toujours en course, c’était le plus important. Ce qui a été très amusant, c’est de faire la régate avec Romain Attanasio (Famille Mary-Etamine du Lys). Avec deux bateaux de la même génération, de vieux bateaux et à notre niveau, la course a été belle et je ne suis pas mécontent d’être arrivé avant lui» ajoutait le skipper.

Finish CostaMis à l’eau en 2000, le plan Owen-Clark Design vient d’achever son cinquième tour du monde. Belle longévité.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Après ce deuxième tour du monde achevé en deux saisons (il avait terminé quatrième de la Barcelona World Race en 2015 aux côtés de son compatriote Aleix Gelabert), Didac Costa vient de vivre une histoire différente : «Je ne me souviens plus de mes sentiments à la fin de la Barcelona, mais naviguer en solitaire a été très différent de ce que je pensais. Pendant toute la course, je ne songeais qu’à la terminer. Surtout que j’ai eu également un problème avec mon pilote automatique. Ce n’était qu’un petit souci absurde et j’ai réussi à le résoudre après avoir conversé avec des spécialistes à Barcelone. Je le répète, j’ai toujours été motivé.»

Rendez-vous dans quatre ans

Deuxième Espagnol à terminer un Vendée Globe après le regretté Jose Luis Ugarte (Javier Sanso (2000 et 2013) et Unaï Basurko (2008) ayant abandonné), le Barcelonais se disait fier de son périple abouti : «Jose Luis Ugarte était quelqu’un de très connu en Espagne après son BOC Challenge en 1979 et surtout sa sixième place en 1993 sur le Vendée Globe. Son livre m’avait fait rêver quand j’étais enfant. Il est dommage qu’il n’y ait pas eu d’autres espagnols à boucler la boucle depuis. Je suis donc très fier.»

Costa pompiersLes pompiers des Sables-d’Olonne avaient réservé un accueil particulier pour leur confrère barcelonais. Et la fête ne faisait que commencer.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Les pieds sur le plancher des chèvres vendéennes, Didac Costa ne souhaite pas encore se projeter sur son avenir de marin et sur la 9édition du Vendée Globe. Mais avec un léger sourire ses envies étaient palpables : «Les premiers avaient des bateaux très rapides mais ils ont eu aussi une préparation extraordinaire. Il y a donc différents niveaux dans la course. S’il y a une prochaine fois, cela sera dans d’autres conditions. Et surtout pour la compétition. Mon projet pendant deux ans a toujours été hypothétique. Cela, on ne le fait qu’une fois. La deuxième fois serait donc pour faire quelque chose de différent, avec de vrais entraînements et un bon bateau» concluait-il.

Alors qu’une grosse fête était en préparation dans les locaux des pompiers des Sables-d’Olonne, Didac Costa continuait à expliquer sa course à deux de ses coreligionnaires, Jean Le Cam et Rich Wilson. Deux anciens heureux de féliciter leur nouveau jeune ami d’aventure.

Costa feux de détresseDidac Costa pouvait mettre le feu dans le chenal d’entrée des Sables-d’Olonne. Sa belle histoire bizarrement commencée vient de le consacrer.Photo @ Olivier Blanchet/DDPI/Vendée Globe
Classement jeudi 23 février à 12 heures

1.       Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII), arrivé le 19 janvier à  16 h 37'46''.
Temps de course : 74 j 03 h 35'46''. Moy. : 13,77 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 455,6 milles parcourus).
2.       Alex Thomson (GBR, Hugo Boss), arrivé le 20 janvier à 8 h 37'15''. Temps de course : 74 j 19 h 35'15''. 
Retard sur le premier : 15 h 59'29''. Moy. : 13,64 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 15,4 nœuds sur le fond (27 636,1 milles parcourus).
3.      Jérémie Beyou (Maître CoQ) arrivé le 23 janvier à 19 h 40'40''. Temps de course : 78 j 06 h 38'40''.
Retard sur le premier : 4 j 03 h 02'54''. Moy. : 13,04 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,4 nœuds sur le fond (27 101,8 milles parcourus).
4.     Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), arrivé le 25 janvier à 14 h 47'45''. Temps de course : 80 j 01 h 45'45''. 
Retard sur le premier : 5 j 22 h 09'59''. Moy. : 12,75 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,5 nœuds sur le fond (27 857,1 milles parcourus).
5.       Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), arrivé le 25 janvier à 16 h 13'09''. Temps de course : 80 j 03 h 11'09''. 
Retard sur le premier : 5 j 23 h 35'23''. Moy. : 12,74 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 138,6 milles parcourus).
6.       Jean Le Cam (Finistère-Mer Vent), arrivé le 25 janvier à 17 h 43'54''. Temps de course : 80 j 06 h 41'54''. 
Retard sur le premier : 6 j 03 h 06'08''. Moy. : 12,73 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 14,1 nœuds sur le fond (27 115,7 milles parcourus).
7.       Louis Burton (Bureau Vallée), arrivé le 2 février à 8 h 47'49''. Temps de course : 87 j 21 h 45'49''. 
Retard sur le premier : 13 j 18 h 10'03''. Moy. : 11,60 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 13 nœuds sur le fond (27 477,3 milles parcourus).
8.       Nándor Fa (HON, Spirit of Hungary),  arrivé le 8 février à 11 h 54'09''. Temps de course : 93 j 22 h 52'09''.
Retard sur le premier : 19 j 19 h 16'23''. Moy. : 10,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 12,4 nœuds sur le fond (27 851 milles parcourus).
9.       Eric Bellion (CommeUnSeulHomme), arrivé le 13 février à 17h 58'20''. Temps de course : 99 j 04 h 56'20''.
Retard sur le premier : 25 j 01 h 20'34''. Moy. : 10,3 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,8 nœuds sur le fond (28 048 milles parcourus).
10.    Arnaud Boissières (La Mie Câline), arrivé le 17 février à 09h 26'09''. Temps de course : 102 j 20 h 24'09''.
Retard sur le premier : 28 j 16 h 48'23''. Moy. : 9,9 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,4 nœuds sur le fond (28 156 milles parcourus).
11.       Fabrice Amedeo (Newrest - Matmut), arrivé 18 février à 10h 03'00''. Temps de course : 103 j 21 h 01'00''.
Retard sur le premier : 29 j 17 h 25'14''. Moy. : 9,8 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,1 nœuds sur le fond (27 712 milles parcourus).
12.       Alan Roura (La Fabrique), arrivé le 20 février à 09h 12'32''. Temps de course : 105 j 20 h 10'32''.
Retard sur le premier : 31 j 16 h 34'46''. Moy. : 9,6 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 11,2 nœuds sur le fond (28 358 milles parcourus).
13.       Rich Wilson (Great American IV), arrivé le 21 février à 13h 50'18''. Temps de course : 107 j 00 h 48'18''.
Retard sur le premier : 32 j 21 h 12'32''. Moy. : 9,5 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 10,7 nœuds sur le fond (27 480 milles parcourus).
14.       Didac Costa (One Planet One Ocean), arrivé le 23 février à 08h 52'45''. Temps de course : 108 j 19 h 50'45''.
Retard sur le premier : 34 j 16 h 14'59''. Moy. : 9,4 nœuds sur l'orthodromie (24 499,5 milles) et 10,7 nœuds sur le fond (27 964 milles parcourus).