Actualité à la Hune

Trophée Jules Verne

D’Ouessant au cap Horn en 26 jours !

26 jours et 15 heures seulement ! C’est le temps mis par Francis Joyon et ses cinq équipiers pour aller d’Ouessant au cap Horn avec 18 332 milles parcourus à 28,7 nœuds de moyenne sur le fond. Banque Populaire V (Loïck Peyron) mené par quatorze gaillards l’avait franchi après 30 jours et 22 heures de mer… avant de s’emparer il y a quatre ans du Trophée Jules Verne deux semaines plus tard. Pour l’anecdote, IDEC Sport a viré le fameux caillou dans la nuit de mercredi à jeudi, un peu moins de neuf heures après Eric Bellion (Commeunseulhomme) premier bizuth du Vendée Globe et l’une des révélations… alors qu’il reste encore neuf concurrents dans le Pacifique, partis le 6 novembre des Sables-d’Olonne… soit 40 jours plus tôt. Les six compères d'IDEC qui, ce matin à 7 heures, sont à 6 500 milles du but au large des Malouines, peuvent désormais envisager de descendre sous les 45 jours. Dingue !
  • Publié le : 13/01/2017 - 07:00

IDEC Le plan VPLP de 31,50 mètres mis à l’eau il y a neuf ans reste une formidable machine de course. Photo @ JM Liot / DPPI / Idec Sport
C’est décidément l’hiver de tous les records ! Thomas Coville (Sodebo Ultim') a été le premier à frapper fort en pulvérisant de plus de huit jours le chrono du tour du monde en solitaire (49 jours 3 heures) qui était la propriété de Francis Joyon (IDEC) depuis 2008. Armel Le Cléac’h et Alex Thomson devraient également atomiser dans moins d’une semaine celui du Vendée Globe détenu par François Gabart en 78 jours. De l'autre côté de la planète, le record de la classique Sydney Hobart a été explosé juste après Noël par le maxi Perpetual Loyal (37 heures 31 minutes et 20 secondes). Et qui sait si Francis Joyon, qui s’est fait «piquer» son bien le jour de Noël, n’a pas décidé de se venger en remettant les compteurs à l’heure ! 

Plus sérieusement, il semble surtout parti pour réaliser un nouvel exploit ahurissant, cette fois en équipage. IDEC Sport n’est pas un trimaran inconnu. C’est l’ex-Groupama 3 détenteur du Jules Verne en 2010, puis double vainqueur de la Route du Rhum en 2010 avec Franck Cammas puis en 2014 avec Loïck Peyron, cette fois sous les couleurs de Banque Populaire. Tous ceux qui ont navigué sur cette machine racontent que c’est probablement le multicoque le plus extraordinaire jamais conçu. On comprend donc mieux pourquoi Thomas Coville (il était à bord en 2010 lors du Jules Verne victorieux) n’a toujours pas complètement digéré malgré son exploit récent, le fait que Groupama décide de le céder à Banque Populaire plutôt qu’à Sodebo fin 2010, alors que les transactions étaient, semble-t-il, bien avancées… Passons.

IDEC SportLe maxi trimaran dans le grand Sud. IDEC Sport a quasiment pulvérisé tous les temps intermédiaires.Photo @ Idec Sport
Ce dont nous sommes certains, c’est que Francis Joyon et son «commando» composé de Bernard Stamm, Alex Pella, Sébastien Audigane (qui a remplacé Boris Hermann lors du second départ, ce dernier venant d’acquérir le 60 pieds IMOCA Edmond de Rothschild), Gwénolé Gahinet et Clément Surtel affolent les compteurs depuis trois bonnes semaines. Repartis pour une seconde tentative après avoir fait intelligemment demi-tour dans l’Atlantique Sud sans plus de précisions d’ailleurs, car mettant cela sur le compte de la météo - ce qui n’est pas si sûr -, les six lascars alignent des moyennes complètement hallucinantes et font tomber un à un les temps intermédiaires.

cap HornL’équipage d’IDEC Sport au pied du cap Horn hier. De haut en bas, Francis Joyon, Clément Surtel, Alex Pella, Sébastien Audigane et Bernard Stamm.Photo @ IDEC Sport
Quelques chiffres frappent les esprits ! Il a fallu moins de 20 jours au plan VPLP pour atteindre la mi-parcours, soit une distance de 11 160 milles sur l’orthodromie à 24,07 nœuds de moyenne. Mais en réalité, l’équipage a parcouru 13 200 milles à la stupéfiante moyenne de 28,7 nœuds ! Et le grand trimaran parfaitement routé par Marcel Van Triest depuis son bureau aux Baléares, se positionnant à l’avant et sur le dos d’une dépression, est resté 11 jours sur le même bord. Autre statistique édifiante : IDEC Sport n’a mis que 4 jours et 9 heures pour se débarrasser de l’océan Indien entre la longitude de Bonne-Espérance et celle du cap Leeuwin.
Un internaute australien non dénué d’humour a même lancé : «Ils ont traversé l’Australie en deux jours, ce qui n’est même pas possible en voiture !»
Contrairement au Vendée Globe, IDEC Sport n’est pas contraint de rester au-dessus de la zone d’exclusion antarctique (ZEA) et flirte avec le 59e parallèle Sud, même si l’eau y avoisine les 3 degrés. Forcément, la route est plus courte mais risquée dans une année «à glace». Quand, lors des vacations, l’un des six compères raconte aussi détendu que s’ils étaient en croisière sur un Océanis de location en Grèce, que IDEC Sport marche régulièrement entre 35 et 40 nœuds, on se pince pour le croire. Même Seb Audigane, au toucher de barre d’exception et qui enchaîne les tours du monde comme on enfile des perles, dit qu’il n’a jamais été aussi vite dans le Sud ! C’est pourtant la réalité.

Selfie Idec SportSébastien Audigane, Gwénolé Gahinet et Alex Pella (de gauche à droite) se prennent en photo comme devant Notre-Dame.Photo @ Idec Sport
L’ambiance semble exceptionnelle à bord… ou alors l’équipage cache bien son jeu ! On a compris qu’en faisant son «casting», Joyon ne voulait pas que des barreurs et régleurs de haut vol durs au mal, pouvant rester des heures à la barre sous la lance à incendie et le fil du rasoir, mais aussi des types faciles à vivre et qui ne s’embrouillent pas dans le couloir de la coque centrale. On imagine quand même que lorsque les journées défilent entre 700 et 800 milles, cela doit aider ! Le plus étonnant, c’est de voir la disponibilité des équipiers prenant le temps d’envoyer des selfies, ne se laissant jamais prier pour venir parler aux vacations, et ont même lancé une web-série du bord…

Le passage du Horn, filmé en vidéo le six majeur d'IDEC Sport, est une marque de la bonne ambiance à bord :

Le skipper Francis Joyon, que l’on imaginait solitaire jusqu’à la fin de sa vie, se régale à la tête de cet équipage et a clairement trouvé la bonne alchimie. Le choix de ne partir «qu’à six» en gardant le «petit» gréement mis au point pour la Route du Rhum, a une fois encore été pertinent.

Mais comme à son habitude, Francis ne s’emballe pas : «Nous sommes heureux de disposer d'un matelas conséquent d'avance au Horn. Un nouveau défi se présente à nous. Les fichiers météos ne sont pas encore très clairs quant à la nature de la sauce à laquelle nous allons être mangés, mais nous savons qu'une dure partie nous attend.» Car quand on voit que Coville, Le Cléac’h ou Thomson, pour ne citer qu’eux, ont «ramé» dans la remontée de l’Atlantique, Joyon a raison d’être aussi lucide que prudent. Et rappelons que, pour rafler la mise, le grand trimaran rouge doit être de retour avant le 30 janvier à 23 heures et 53 secondes.

JoyonA 60 ans, Francis Joyon demeure toujours aussi affûté… et de plus en plus disert.Photo @ JM Liot / DPPI / Idec Sport

Trophée Jules Verne
les principaux chiffres


Record autour du monde : 45 j 13 h 42’ 53’’ (Banque Populaire V, Loïck Peyron, 2012)
Départ d’IDEC Sport le 16 décembre 2016 à 09 h 19’ 00’’

Pour battre le record, IDEC Sport doit être de retour avant le 30 janvier à 23 h 00’ 53’’

 

Temps de passage


Ouessant - cap de Bonne Espérance : 12 j 19 h (Banque Populaire V, 2012 : 11 j 21 h 48’) Retard 1 j 02 h
Ouessant - cap Leeuwin : 17 j 06 h 59’ (Banque Populaire V, 2012 : 17 j 23 h 56’) Avance de 16 h 57’
Ouessant - cap Horn : 26 j 15 h 45’ (Banque Populaire V 2012 : 30 j 22 h 19’). Avance de 04 j 06 h 35’


Position ce vendredi 13 décembre à 07 h 00 : 48°51’04 S 060°09’42 W ; 6 503,2 milles de la ligne d’arrivée

Avance sur le tableau de marche de Banque Populaire V : 1 851,3 milles