Actualité à la Hune

Rolex Fastnet Race

Ken Read :"La météo la plus déprimante de ma vie !"

Samedi matin, Comanche, sublime maxi dessiné par Verdier / VPLP a quitté sa tanière de Southampton pour un ultime entraînement dans le Solent en vue de la Rolex Fastnet Race dont le départ sera donné ce dimanche à midi. Passage en revue de toute la garde-robe, enchaînements de manœuvres, tests de vitesse… cette dernière sortie avant l’un des rendez-vous majeurs de la saison, pour le 100 pieds lancé voilà dix mois, s’est déroulée sans accroc. Ken Read, président de North Sails et skipper de Comanche, propriété du milliardaire américain Jim Clark (absent sur ce Fastnet) s’est prêté avec gentillesse à une interview exclusive pour voilesetvoiliers.com
  • Publié le : 16/08/2015 - 00:01

Ken ReadKen Read, Président de North Sails, est aussi skipper de Comanche.Photo @ Daniel Forster
Voilesetvoiliers.com : Ken, comment abordez-vous ce Fastnet ?
Ken Read :
Lorsque Stan (Honey le navigateur) a détaillé ce matin la météo que nous allons avoir, je n’ai pas pu m’empêcher de lâcher que c’était la plus déprimante de ma vie (sourire). Nous allons avoir un Fastnet très léger. On a le contrôle du  bateau, des voiles, de l’équipement mais pas encore de la météo. C’est l’une des beautés de ce sport.

Voilesetvoiliers.com : Du coup, comment allez-vous vous adapter ?
K. R. :
Nous allons devoir débarquer des gars. Nous partirons à 16 et non pas à 21. Et ça, on l’a encore jamais fait ! Mais non seulement c’est le poids des hommes en moins mais aussi de la nourriture, des équipements, les leurs comme de sécurité, à commencer par un canot de survie. Mine de rien cela représente près d’une tonne et, dans les petits airs que nous allons avoir, c’est tout sauf négligeable. Nous allons aussi bien analyser les voiles que nous allons conserver à bord et celles laissées à terre. Je suis déçu pour les gars qui vont débarquer mais ce sont des pros, alors ils acceptent.

Briefing à bord de ComancheKen Read, à la barre, tient un briefing avec l"équipage de Comanche, avant de partir à l"entraînement.Photo @ Philippe Joubin Voilesetvoiliers.com : Vous aviez l‘ambition de battre le record de la course en monocoque (1 j 18h 38' établi en 2011 par Abu Dhabi). Mission impossible du coup !
K. R
 :
Ca l’est en effet. Mais notre objectif est avant tout de terminer premier en temps réel. Ensuite, il se passera ce qui doit se passer compte tenu de la météo ou de notre handicap. Si le dieu météo ne veut pas que tu battes le record, il en sera ainsi ! Nous avons déjà battu le record de la distance parcourue en monocoque sur 24 heures (620 milles à la moyenne de 25,8 nœuds, établi mi-juillet) et nous en étions vraiment très fiers. Bon ce sera peut-être le record du Fastnet le plus lent cette fois ! (rires)

Voilesetvoiliers.com : Voilà presque un an que Comanche a été lancé. Vous le connaissez parfaitement désormais…
K. R. :
Tout d’abord, je tiens à dire combien la relation avec les équipes Verdier et VPLP dans la création du bateau fut excellente. Un vrai plaisir. Ils ont fait tout ce que nous désirions ; nous avons confronté nos cultures. Nous avons beaucoup appris d’eux et je pense que l’inverse est vrai. J’apprécie énormément la culture architecturale française. C’est phénoménal. Ils n’ont pas de limite dans leur tête ; ils pensent toujours à l’étape suivante pour rendre le bateau plus rapide. Nous voulions le monocoque le plus rapide du monde : le record sur 24 heures a prouvé qu’il l’était. Nous l’avons établi en course (lors de la Transatlantic Race) et si nous avions chassé les conditions idéales, je pense que nous pourrions couvrir 30 ou 40 milles de plus. Il est aujourd’hui au sommet de son potentiel. Il semble simple lorsque vous le regardez mais c’est un concentré de technologie et de complexité. Mais cet équipage sait le manier idéalement maintenant. De plus c’est un bateau facile à faire avancer et c’est cela qui en fait un bon bateau. Tu n’es pas en permanence à te demander pourquoi tu viens de perdre trois nœuds ou pourquoi subitement tu les gagnes. C’est un bateau marin, qui aime le passage dans la mer. Un Volvo 70 (il fut skipper de Puma) au portant dans la brise a l’étrave qui plonge dans la mer et s’arrête. Comanche jamais. Il passe de vagues en vagues et conserve sa vitesse. Avec ses ballasts, sa quille basculante, son dessin il est super marin. En fait, nous le menons comme un multi plus que comme un mono. Il est très différent de tous les monocoques. Alors oui, on l’aime… mais je ne vous dirais peut-être pas cela après trois jours de pétole en Mer d’Irlande !

 

Grinder sur ComanchePartie de manivelles, à bord de Comanche, à l"entraînement dans le Solent.Photo @ Philippe Joubin Voilesetvoiliers.com : Il vous a donc fallu vous adapter dans son maniement, dans ses réglages, dans la navigation…
K. R. :
Oh oui. Nous avons dû franchir des barrières mentales par rapport à ce que nous connaissions jusque-là des autres monocoques. On s’est amusé à créer le « club des 30 », à savoir les gars qui non seulement dépassent les 30 nœuds à la barre mais surtout parviennent à conserver cette vitesse longtemps. Ce qui est étonnant c’est que quand tu y parviens, le bateau reste parfaitement sain et sous contrôle. Tu ne sens jamais qu’il va t’échapper. Et c’est pas simple au début de se dire que c’est normal. Ensuite, bien sûr, il nous a fallu trouver les bons réglages de voile, le bon équilibre avec les ballasts. Il n’y a rien de radical. Ce qui fait aussi un bon bateau c’est qu’il va vite naturellement sans que tu te poses trop de questions au final.



ComancheComanche prendra sa revanche dans Sydney Hobart en 2016, après une deuxième place décrochée en 2015.Photo @ Carlo Borlenghi

Voilesetvoiliers.com : Dans sa philosophie, Comanche est-il inspiré des IMOCA 60 ?
KR. :
Oui et non. Quand tu demandes à des gens comme Verdier et VPLP de dessiner ton bateau, les IMOCA sont dans leurs gènes et nous avons regardé ces bateaux de près car les concepts se rejoignent. Mais notre programme est très différent et nous avons besoin d’un bateau très performant au près et plus polyvalent. Il suffit de regarder le tiers avant de Comanche qui est moitié moins large qu’un IMOCA. Guillaume Verdier a passé pas mal de carènes en bassin pour trouver le bon compromis. Mais nous avons aussi regardé de près les foils qui arrivent sur les nouveaux 60 pieds. Nous avons songé en adapter, non pas en U comme les IMOCA mais avec les ailes qui reviennent sous le bateau. Rambler est équipé de foils de style DSS. Mais nous ne l’avons pas fait finalement car nous n’avons pas estimé que le gain suffisant.

Ken Read à la barreA la barre de Comanche, Ken Read est un skipper heureux !Photo @ Philippe Joubin
Voilesetvoiliers.com : Quel est le programme du bateau après le Fastnet ?
K. R. :
Le Championnat du Monde de Maxi en Sardaigne (Porto Cervo du 6 au 12 septembre) puis nous retournons finalement faire Sydney Hobart (où il termina 2e cette année) donc nous ne ferons sans doute pas la Middle Sea Race afin de mettre en chantier le bateau et de le préparer pour Sydney-Hobart.

Voilesetvoiliers.com : Vous semblez être le plus heureux des skippers…
K.R. :
Oh que oui avec Comanche. D’autant que je suis devenu très ami avec les propriétaires, Jim et Christie Clark. C’est tout ce que j’aime dans notre sport : être en équipe, naviguer avec des amis, faire de grandes et belles courses. Alors en plus sur ce bateau-là...