Actualité à la Hune

49e Solitaire Urgo Le Figaro

Et à l’aurore, Sébastien Simon assomma la Solitaire

A 6h40 ce mercredi 12 septembre au matin, Sébastien Simon a remporté sa deuxième victoire d’étape consécutive sur la 49e édition de la Solitaire Urgo Le Figaro, après avoir terminé quatrième de la première manche ! Implacable, le skipper originaire des Sables-d’Olonne signe une copie quasi parfaite. Il a désormais 35 minutes d’avance sur Xavier Macaire et toutes les cartes en mains pour s’imposer sur la dernière Solitaire courue à bord des Figaro Bénéteau 2.
  • Publié le : 12/09/2018 - 12:09

Et à l’aurore, Sébastien Simon assomma la SolitaireCoupe de champagne méritée pour Sébastien Simon qui s'offre la troisième étape et conforte son avance au général.Photo @ Alexis Courcoux

Une vingtaine d’heures avant l’arrivée, Sébastien Simon avait prévenu : «Normalement, ils devraient tous s’aligner dans mon tableau arrière.» Et c’est très exactement ce qui s’est passé. A 28 ans, le skipper de Bretagne CMB Performance n’a pas paniqué outre mesure quand le jeune doyen de l’épreuve, Thierry Chabagny (Gedimat), de vingt ans son aîné, faisait s’affoler les compteurs via une option osée dans l’Ouest du golfe de Gascogne qui aura fait couler beaucoup d’encre.

Il est vrai qu’avant de se brûler les ailes, Chabagny a compté plus de 21 milles d’avance en distance au but dans cette troisième étape entre Ria de Muros-Noia (Espagne) et Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Cette manche de très petit temps, sous l’influence d’une dorsale anticyclonique, et donc de nombreux trous d’air, obligea la flotte à une progression laborieuse et à passer quatre nuits en mer… avec la perspective de s’élancer pour la quatrième et dernière étape  départ demain jeudi à 18 heures 30 – après seulement une nuit de repos.

Un temps de récupération minimal qui sera néanmoins bienvenu également pour les deux autres lauréats du jour : l’étonnant Marseillais Pierre Quiroga (Skipper Espoir CEM), 2e de l’étape  pourtant parti dans l’Ouest comme Chabagny, mais qui se recala bien plus tôt  et Gildas Mahé (Breizh Cola), 3e, toujours aussi inspiré et récompensé par cet accessit après une entame de Solitaire malheureuse (abandon sur avarie dans la première manche). Au petit déjeuner servi au bistrot du port ce matin, tous avaient à la fois les traits tirés des marins en grand déficit de sommeil et le sourire ravi d’en avoir terminé avec cette galère sans vent entamée samedi en Espagne.

La victoire lui tend les bras

On achève bien les solitaires ? Entre l’arrivée de cette troisième étape et le départ de la quatrième, il n’y aura donc qu’une trentaine d’heures et une seule vraie nuit de sommeil avant que Sébastien Simon ne quitte les pontons de Saint-Gilles, demain jeudi, avec un matelas de 35 minutes et 45 secondes d’avance sur Xavier Macaire (Groupe SNEF) et 40 minutes et 31 secondes sur Anthony Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire), troisième.

Cela paraît peu dans l’absolu mais c’est beaucoup en réalité dans cette série monotype où l’on joue à armes égales, avec des vitesses très proches entre les bateaux des cadors. En outre, le futur prétendant au Vendée Globe 2020 paraît intouchable avec cette feuille de match quasi parfaite pour le moment : quatrième de la première étape et vainqueur des deux suivantes !

Et à l’aurore, Sébastien Simon assomma la SolitaireEn arrivant deuxième de l'étape, Pierre Quiroga peut bien s'offrir lui aussi un coup de champagne.Photo @ Alexis Courcoux

Dans l’histoire récente de la Solitaire, la seule fois où un skipper n’a pas remporté le classement général après une aussi magistrale razzia, c’était en 2006 : Gérald Véniard avait alors dominé les débats sur les étapes, mais Nicolas Troussel et Thierry Chabagny étaient passés par là… via une grande option à gauche dans le golfe de Gascogne et une arrivée d’avant-dernière étape à Saint-Gilles-Croix-de Vie, déjà.

Ils avaient alors assommé la course avec des écarts de plusieurs heures, insurmontables au général. Mais 2018 n’est pas 2006 : malgré sa tentative remarquée, Thierry Chabagny n’a pas réédité cet exploit. Et sauf avarie, énorme surprise, ou fait de course improbable, on voit mal comment Sébastien Simon pourrait laisser échapper cette victoire finale qui lui tend les bras.

Du jeu pour le podium

D’autant que la dernière étape – une boucle au départ et à l’arrivée de Saint Gilles via l’île de Ré, le plateau de Rochebonne et Yeu  est très courte (165 milles) et que les prévisions météo annoncent un vent de secteur Nord relativement stable de l’ordre d’une dizaine de nœuds. Autrement dit un run de moins de 24 heures en théorie, pas vraiment piégeux.

Sur les pontons de Saint-Gilles, fidèle à son esprit ultra cartésien, Sébastien Simon se défendait évidemment mercredi d’avoir déjà gagné cette 49e édition de la Solitaire et laissait entendre que, «bien sûr que non, ce n’est pas fini». Admettons ! Mais du bout des lèvres alors, tant on voit mal cet ingénieur de formation, méticuleux à l’extrême, craquer dans le dernier virage.

Pour le podium du classement général, en revanche, le prisme est sensiblement différent : il y a match ! De la deuxième à la cinquième place, quatre marins se tiennent en moins de 14 minutes. Xavier Macaire est à 35 minutes et 45 secondes du leader, Anthony Marchand , troisième au général, est à 40’ 31’’. Charlie Dalin (Skipper Macif), quatrième, à 46’53 et Thierry Chabagny, cinquième, à 49’ 29’’.

Ces quatre-là peuvent encore rêver à une ligne de plus sur leurs palmarès déjà fort bien fournis. Ce sera un peu plus difficile pour Corentin Douguet (NF Habitat), sixième, désormais à 1 heures 17 du leader. Au-delà, l’expérience prouve qu’espérer mieux qu’une place d’honneur paraîtrait bien optimiste. Bien sûr, on connaît l’adage qui veut que tant que la ligne n’est pas franchie tout peut arriver et les sempiternelles histoires de peau d’ours vendues un poil trop tôt. Reste qu’en l’occurrence, on va avoir du mal à ne pas considérer pour le moins très enviable la position de Sébastien Simon, à l’aube du dernier acte.

Bruno Ménard

Et à l’aurore, Sébastien Simon assomma la SolitaireA défaut de Breizh Cola, un peu de «bulles» aussi pour Gildas Mahé, arrivé troisième à Saint-Gilles-Croix-de-vie.Photo @ Alexis Courcoux
Ils ont dit :

Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance), vainqueur de la troisième étape et leader au classement général :

«C’était une longue étape, bien dure, très différente de celles d’avant, et je suis très content de l’avoir emportée ! Je me suis bien donné, j’ai la voix explosée tellement j’ai crié sur la ligne et les quatre nuits en mer, ça commence à faire mal. Deux victoires d’étape sur trois cette année et trois étapes en cinq ans de Figaro, je ne sais pas si beaucoup ont fait ça. Mentalement, c’était dur (d’être en tête, ndlr). J’ai essayé de ne pas trop me focaliser sur la course, de prendre du plaisir et ça l’a bien fait. On ne peut pas surveiller tout le monde. J’étais avec mes adversaires directs au général, j’étais assez content de ma position. C’est vrai que lorsque j’ai vu les 20 milles d’avance de Thierry (Chabagny) au classement, je me suis dit C’est quoi ce truc ? J’ai essayé de réfléchir et c’est parce qu’il était plus proche de la route directe.»

Xavier Macaire (Groupe SNEF), 6e de l’étape et 2e du classement général :

«Sébastien (Simon) a eu un peu de chance parce qu’une molle nous est arrivée dessus et il a gardé un brin de risée. Il en a profité avec justesse ! Il a fait de l’écart, mais ça reste jouable au classement final. C’est chaud, parce que le niveau de jeu est impressionnant. Il s’est passé plein de choses différentes sur cette troisième manche, mais il y avait plus de pression et plus de vent au fond du golfe. J’ai tout de même hésité à suivre Thierry Chabagny, mais j’ai préféré rester avec le groupe où se trouvaient mes concurrents directs. Si je relativise, cette étape est plutôt bonne pour moi puisque je reste deuxième au classement général.»

Gildas Mahé (Breizh Cola), 3e de l’étape :

«Arriver tous ici en une demi-heure, c’est un truc de dingue quand tu vois le nombre de virements de bord, le nombre de fois où on a cru prendre un plomb” définitif en loupant la risée, la rotation, la bascule, le machin… Et au final ça se joue sur le dernier virement au large. C’est bien, de faire une belle manche, j’en avais ras le bol de prendre des “plombs”. Sébastien (Simon) nous a doublés dans une petite transition, Charlie (Dalin), Anthony (Marchand) et moi. Il nous a passés par-dessous et il ne s’est jamais arrêté : on est tombé dans la molle, il est parti et il nous a mis un mille et demi comme ça ! Il y a une dernière étape demain et j’ai un objectif depuis que j’ai cassé sur la première manche, c’est d’en gagner une. Je sais que je peux le faire. Sur celle-ci, Sébastien Simon a mis plus de 24 heures à me doubler… donc comme la dernière va durer moins de 24 heures, normalement ça peut être bon pour moi !»

Pierre Quiroga (Skipper Espoir CEM-CS), 2e de l'étape :

«C’était un temps de Méditerranée, une étape longue et pleine de rebondissements. Le vent était capricieux et il fallait se frayer le bon chemin à travers tout ça. Quand je suis parti vers le Nord après le cap Ortegal, je ne savais pas qu’il y avait Thierry Chabagny. J’ai pris un énorme plaisir parce que j’ai navigué comme je le voulais, je n’avais personne à côté de moi pour me mettre de la pression et j’ai navigué comme je le sentais. Et ça m’a emmené proche de la route directe en faisant abstraction des autres concurrents. Je suis content que ça ait payé !»

Charlie Dalin (Skipper MACIF 2015), 9e de l’étape et 4e du classement général :

«Je suis déçu, car à quelques longueurs près, j’attrape aussi la risée de Sébastien (Simon) et je pars avec lui. J’ai mis du temps à me remettre de ce moment-là, c’était un peu frustrant ! De nuit, ce n’était pas une erreur de stratégie, juste un coup du sort. Pour gagner La Solitaire, il faut un peu de réussite et je n’en ai pas eu sur ce coup-là. Je suis encore quatrième au classement général, mais avec du plomb dans l’aile. Il reste une petite étape, mais elle a l’air assez stable en vent : sur le papier, il n’y aura pas beaucoup d’écarts en temps. On repart demain jeudi, ce qui fait un peu comme si nous avions continué cette troisième étape ! Nous n’avons droit qu’à un pit-stop… on va tous être bien fatigués demain pour ce petit parcours.»

 

Un jeune homme pressé face aux caciquesSébastien Simon, jeune homme pressé de la course au large, a pris le contrôle de la Solitaire Urgo Le Figaro.Photo @ Alexis Courcoux

Les 10 premiers à l'arrivée de la 3ème étape (avant jury) :
 

1) Sébastien Simon - Bretagne CMB Performance arrivé à 06 h 40 m 26s

2) Pierre Quiroga - Skipper Espoir CEM CS à 03’ 24’’ du vainqueur

3) Gildas Mahé - Breizh Cola à 05’47’’

4) Erwan Tabarly - Armor Lux à 08’38’’

5) Pierre Leboucher - Guyot environnement à 08’50’’

6) Xavier Macaire - Groupe SNEF à 09’14’’

7) Anthony Marchand - Groupe Royer - Secours Populaire à 09’40’’

8) Alexis Loison - Custo Pol à 10’16’’

9) Charlie Dalin - Skipper MACIF 2015 à 10’44’’

10) Frédéric Duthil - Technique Voile à 12’36’’


Les 10 premiers au classement général (avant jury) :

 

1) Sébastien Simon - Bretagne CMB Performance leader en 9 j 16 h 2’14’’

2) Xavier Macaire - Groupe SNEF à 35’45’’du leader

3) Anthony Marchand - Groupe Royer - Secours Populaire à 40’31’’

4) Charlie Dalin - Skipper MACIF 2015 à 46’53’’

5) Thierry Chabagny - Gédimat à 49’29’’

6) Corentin Douguet - NF habitat à 1h17’35’’

7) Pierre Leboucher - Guyot environnement à 1h18’26’’

8) Eric Peron - Finistère Mer Vent à 1h18’48’’

9) Benjamin Dutreux - Sateco - Team Vendée Formation à 1h19’4’’

10) Martin Le Pape - Skipper MACIF 2017 à 1h21’38’’