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Et que vole Gitana !

Ce matin, dans le cadre inhabituel du Palais de Tokyo, le Gitana Team a présenté son trimaran Ultime baptisé Maxi Edmond de Rothschild. Un voilier en construction que nous avons pu visiter cette semaine en avant-première, guidé par son futur skipper, Sébastien Josse et le directeur général de l’équipe Cyril Dardashti. Ce bateau dont le programme, élaboré sur cinq ans, aura pour point d’orgue une participation au tour du monde en solitaire et en course réservée aux trimarans géants et dont le départ sera donné de Brest dans deux ans. Et son ambition n’est rien de moins que de voler autour du monde !
  • Publié le : 30/03/2017 - 11:02

Image 3D Maxi Edmond de RothschildLe Maxi Edmond de Rothschild a été dessiné par Guillaume Verdier qui collabore aussi - et entre autres - avec Team New Zealand dans le cadre de la Coupe de l'AmericaPhoto @ Epron/Burlet/GITANA SA

En pénétrant dans le premier des vastes halls du Chantier Multiplast, à Vannes, le visiteur est saisi par le gigantisme. Le bateau qui se construit là n’est pas ordinaire ! Et les petits sourires coquins qu’arborent Sébastien Josse et Cyril Dardashti en sont la preuve. Aussitôt, les deux hommes se placent devant l’étrave droite de la coque centrale. Et saute aux yeux, au-delà de l’évidente étroitesse des œuvres vives, une carène en U, totalement plate en dessous et dont le maître-bau a été tellement repoussé qu’il se trouve au niveau de la poutre arrière. Guillaume Verdier, l’architecte qui signe ce trimaran en compagnie du bureau d’études de Gitana a donné naissance à un bateau dont l’ambition première est de planer. Confirmation en est apportée par les deux flotteurs mais surtout aux formes en U encore plus prononcées que la coque centrale, tellement qu’ils se terminent en un parfait rectangle au terme d’une carène qui s’inverse sur sa partie arrière. L’ensemble est évidemment construit en carbone et les renforts en fond des trois coques sont composés de lisses longitudinales sur toute la longueur.

L’assemblage du bateau actuellement en cours, permet de se rendre compte que les poutres, particulièrement profilées, présentent de faibles crosses à la demande du skipper pour améliorer le passage dans la mer. Les flotteurs sont du coup très hauts par rapport à la coque centrale.
Les appendices ne se trouvent pas dans le chantier et ceux révélés dans les dessins présentés ce jeudi ne sont que des vues d’artiste, éloignées de la réalité. Le secret industriel rôde…
«Sodebo qui planche sur un nouvel Ultime a encore le temps d’adapter ses foils à la vue des nôtres, explique Dardashti. Donc on ne les montre pas encore. Mais ils seront installés sur le bateau dès sa mise à l’eau.» 

Sébastien Josse - Chantier GitanaSébastien Josse tout sourire dans chantier de construction de son nouveau jouet.Photo @ Yvan Zedda/Gitana SA.

Leurs formes seront en L et, couplés aux safrans en T, ils permettront à ce Gitana-là, le 17e, de voler. «L’expérience sur Gitana 15 (l’ancien MOD70 sur lequel avaient été greffés des foils aujourd’hui devenu Maserati) nous a permis d’accumuler une énorme expérience, explique Josse. Selon les calculs ce tri-là devrait voler une fois la vitesse de 30 nœuds atteinte. Mais il faudra à peine 15 nœuds de vent réel pour qu’il parvienne à cette barrière.»
Précisons tout de même que cet engin de 32 m de long pour 23 de large pèsera 15,5 tonnes ! Et qu’il sera doté d’une surface de voilure de 450 m2 au près pour 650 au portant la seule grand-voile étant de 296 m2. Cinq voiles constitueront la garde-robe : GV, J0, J1, J2 et J3.

Présentation en 3D du bateau ici :


Bateau de course au large, le Maxi Edmond de Rothschild, ne volera pas en permanence. «Tout dépendra évidemment de l’état de la mer, reprend Josse. Là il nous faudra trouver le mode d’emploi. Fini le temps où il fallait torcher de la toile pour aller vite. Désormais, il faudra gérer différemment et trouver le frein.» Le vol en course au large constituera une sorte d’effet booster en fonction des conditions. Bien évidemment, les réglages des foils seront absolument déterminants et ce secteur de l’asservissement corrélé au pilote automatique, crucial s’il en est, est au cœur des travaux de l’équipe.

Chantier GitanaAssemblage du trimaran géant. C'est par le trou rond à l'avant du roof que passera le mât dont l'emplanture se trouve à l'intérieur.Photo @ Yann Riou/Gitana S.A.
Et d’ailleurs si l’équipe Gitana a délibérément raccourci d’un mètre son bateau, initialement prévu pour en faire 33 de long de manière à entrer dans la jauge de la catégorie Ultime, la technologie développée par Gitana pour cet asservissement des appendices n’est pas autorisée par le règlement. Dardashti : «Nous avons fait un pas vers le Collectif Ultime en raccourcissant le bateau. À eux d’en faire un vers nous maintenant.»

En continuant la visite, l’on s’aperçoit du soin maniaque apporté à l’aérodynamisme de la plateforme. C’est évidemment le fruit du travail mené par Guillaume Verdier avec Team New Zealand dans le cadre de la Coupe de l’America. «Et si on l’avait écouté, s‘amuse Josse, rien n’aurait dépassé sur le pont.» Il fallait bien néanmoins un cockpit. Celui-ci, en forme de goutte d’eau, est divisé en deux parties : la zone arrière de manœuvre avec deux postes de barre décentrés et quatre winches seulement et, à l’avant, une autre de vie pour le skipper. L’emplanture du mât se trouve dans le roof et non directement sur le pont de manière là encore à garantir l’aéro et les manœuvres reviendront vers l’arrière dans des goulottes. Dans la coque centrale, très étroite, sera aménagée une mini-zone de vie pour les courses en équipage.

Josse DardahstiCyril Dardashti, à gauche et Sébastien Josse à droite dans le cockpit du trimaran. A noter à gauche la colonne de barre et au centre les emplacements pour les quatre winches.Photo @ Philippe Joubin

Si ce bateau a été officiellement présenté dans le cadre du Palais de Tokyo c’est que sa décoration en a été confiée au street-artiste américain Cleon Peterson. Les armateurs de cet engin, Ariane et Benjamin de Rothschild, en association avec le musée parisien d’art moderne ont voulu en faire une œuvre d’art dite «hors les murs». Il est vrai que cette Gitane redessinée selon les canaux de Peterson est très loin de ses traits classiques. À l’image de ce qui se pratique dans le sport automobile avec les Art Cars, bolides décorés par des artistes reconnus, ce trimaran sera une sorte de Art Boat. Et cela donne souffle et dimension à la voile de compétition.

Edmond de Rothschild simulation merProjection 3D du vol du Maxi Edmond de Rothschild.Photo @ Epron/Burlet/GITANA SA

Le Maxi Edmond de Rothschild, dont la construction a débuté en octobre 2015, sera mis à l’eau en juillet prochain. Il sera ensuite aligné en course dès la Transat Jacques Vabre 2017 avec Sébastien Josse et Thomas Rouxel. En 2018, il disputera la Route du Rhum avant le tour du monde brestois en 2019 et une tentative sur le Trophée Jules Verne en 2020. Ambitieux programme pour un bateau sans concession et totalement atypique.
 

Retrouvez ici la présentation vidéo du Maxi Edmond de Rothschild par ses acteurs :

 


Trois questions à Guillaume Verdier

Nous avons profité de la présentation de Gitana 17 dans les sous-sols du Palais de Tokyo ce jeudi à Paris, établissement qui a développé l’art urbain dans le cadre du séduisant «Lasco Project», pour rencontrer l’architecte naval Guillaume Verdier tout juste rentré de Nouvelle-Zélande.

Voilesetvoiliers.com : Tu es membre du design team d’Emirates Team New Zealand. Les développements sur les foils du Class AC ont-ils influencés vos choix sur le Maxi Edmond de Rothschild ?
Guillaume Verdier : Bien sûr ! On a cette chance avec mon équipe (Team Verdier, ndlr) d’avoir pu faire ce travail de défrichage sur la Coupe de l’America. On ne part pas dans l’inconnu, car outre l’AC 45 Turbo puis le Class AC, nous avons pu aussi nous appuyer sur une très belle maquette qui est le MOD70 Gitana 15 équipé de foils. Sans parler du Bureau d’Études de Gitana Team sous la direction d’Antoine Koch, nous sommes six sur la conception du Maxi Edmond de Rothschild – Romaric Neyhousser, Hervé Penfornis, Morganne Schlumberger, Véronique Soulé, et un jeune Néo-Zélandais, Bobby Kleinschmidt, dont on va entendre parler très vite.

Voilesetvoiliers.com : L’asservissement automatique des appendices des Class AC permet de «faire bouger» le foil plusieurs fois par seconde. Ce sera possible sur le trimaran Ultime ?
G.V : Oui c’est le but évidemment. Ensuite c’est plus d’ordre politique, car le «Collectif Ultim» n’autorise pas à ce jour l’asservissement des foils. Mais ne pas utiliser cette technologie, c’est un peu comme de se passer des volets sur une aile d’avion… Ces bateaux méritent absolument qu’on les asservisse.

Voilesetvoiliers.com : Quelle est la poussée en tonnes sur des foils à bord d’un tel multicoque ?G.V. : C’est environ 30 à 35 tonnes de poussée avec les foils, et ce n’est pas rien ! Mais si on installe des flaps (volets) sur les safrans, la poussée sur ses derniers se limite à 200 kilos. L’idée est de faire voler le bateau dans des conditions optimales – vent médium et mer plate – mais aussi de le rendre plus «sage» en mode archimédien, notamment dans la mer.

Propos recueillis par Didier Ravon

 

Maxi Edmond de Rothschild


Nom de baptême : Gitana 17
Longueur : 32 m
Largeur : 23 m
Déplacement lège : 15,5 tonnes
Tirant d’air : 37 m
Voiles : North Sails en 3Di
Surface de voilure au portant : 650 m2
Surface de voilure au près : 450 m2
Energie : moteur diesel avec génératrice, éoliennes

Appendices : 6
Type : safrans de flotteurs en T (2), foils en L (2), dérive coque centrale (1), safran de coque centrale en T (1)
Architectes : Team Verdier / Bureau d’études Gitana
Constructeurs : Multiplast (plateforme) / Lorima (mât) / Persico (casquette) / C3 Technologies (foils)
Fournisseurs : Heol Composites, Harken, Pixel sur Mer
Décoration : Cleon Peterson avec Jean-Baptise Epron