Note :
Yann Guichard est de cette génération de coureurs au large passés par l'olympisme.
Photo © Martin Bureau (AFP / Route du Rhum - La Banque Postale)
Après Thierry Duprey du Vorsent, Fred Le Peutrec, Lionel Lemonchois (j'en oublie peut-être), une fois encore un skipper s'en est allé du Team Gitana...
Yann Guichard, qui avait couru la dernière Route du Rhum sous les couleurs de la famille Rotschild, est donc passé cet hiver sous pavillon Suisse.
Recruté par le milliardaire Ernesto Bertarelli, il barre cette saison le catamaran Alinghi sur le circuit d'Extreme 40 qui vient de débuter à Oman. Tout en cherchant un sponsor pour s'engager dans le championnat des MOD 70, les nouveaux trimarans océaniques... pour lequel Gitana va embaucher un autre skipper.
Interview d'une fine barre, spécialiste du multicoque issu de la filière olympique.
Voilesetvoiliers.com : Votre passage de Gitana à Alinghi représente l'un des gros transferts de l'hiver sur le circuit Extreme 40...
Yann Guichard : On ne peut pas véritablement parler de transfert. Je n'étais pas en pourparlers avec Alinghi avant de quitter Gitana. Mon contrat s'est d'abord terminé, puis Alinghi m'a proposé de prendre la barre de leur Extreme 40. Ce n'était pas vraiment un mercato.
v&v.com : Pourquoi le groupe Rothschild ne vous a-t-il pas gardé ?
Y.G. : Ils me proposaient de faire de l'Extreme 40, mais sans être sur le MOD 70 (la nouvelle classe de trimarans monotypes océaniques, ndlr). Or, mon objectif est avant tout de faire du large. A mes yeux, c'était impensable de rester chez eux tout en essayant de chercher un budget de trimaran, à côté.
v&v.com : Etaient-ils déçus de votre Route du Rhum ?
Y.G. : Je ne pense pas. Ils ont eu de bons retours, et j'ai fait ce que je pouvais avec mon bateau. Aux Açores, j'étais avec Francis Joyon avant de rester collé dix heures dans un trou de vent. Sans cela, je pense que j'aurais été dans le coup pour la bagarre des deuxième et troisième places.
v&v.com : Avant le départ de Saint-Malo, certains affirmaient que votre bateau serait le plus rapide en deçà d'une certaine force de vent...
Y.G. : C'était certainement vrai pour un tour en baie de Quiberon, avec quinze centimètres de vagues. Et encore, il n'y avait pas beaucoup de vent au départ à Saint Malo, et on a vu comment Groupama 3 s'envolait. Cela ne m'a pas surpris, je connaissais son potentiel. Quant aux bateaux de Joyon et Coville, il m'était arrivé de sortir avec eux à La Trinité et je voyais bien qu'ils allaient mieux dès que la mer se levait... Alors oui, en baie, je leur aurais peut-être mis cinq minutes en un quart d'heure. Le large, c'est autre chose. D'autant que dans cette édition du Rhum, la mer a été plus forte que le vent. Gitana 11 n'a pas d'inertie, il ne marchait pas sous pilote et même à la barre, j'avais du mal à le faire avancer. Je ne jouais pas au même jeu que mes concurrents. Je vois des vidéos de Thomas (Coville, ndlr) par 35 noeuds de vent, réglant ses écoutes en bas de ciré et au sec. A ce moment-là, sur Gitana 11, c'était la survie. On m'a demandé pourquoi je n'allais pas plus vite dans la descente du golfe de Gascogne, pourquoi je ne mettais pas plus de toile. Mais je ne voulais pas casser le bateau, ce n'est pas ma façon de naviguer.
L'image est trompeuse. Alinghi est tribord, mais la meute qui s'avance bâbord amures va lui filer sous le nez. En sortie d'empannage, Guichard est encore sous le vent, et Frei a pris la barre pour lui permettre de traverser le trampoline.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
v&v.com : Vous aviez l'air bien usé, à l'arrivée en Guadeloupe ...
Y.G. : C'est trois jours avant que j'étais épuisé. J'ai subi plus de grains que dans mes dix précédentes transats, peut-être 60 ou 100 au total. J'ai failli me mettre trois fois sur le toit, dont une très chaude, où je me suis vraiment demandé de quel côté j'allais retomber. Puis jusqu'à l'arrivée, c'étaient trois jours de petit temps, j'ai pu me reposer. J'étais peut-être marqué physiquement, mais cramé, non. A l'arrivée d'une Jacques Vabre, j'ai été bien plus fatigué que cela.
v&v.com : Comment avez-vous frappé à la porte du team Alinghi ?
Y.G. : J'étais sur la liste des gens qui les intéressaient et j'étais disponible pour toute la durée du circuit. Tangy Cariou (skipper et tacticien du bateau, ndlr) m'a contacté et avec Ernesto (Bertarelli, le propriétaire d'Alinghi, ndlr), ils m'ont proposé de venir barrer.
v&v.com : Vous et Tanguy vous connaissez bien ?
Y.G. : Depuis que nous avons seize ou dix-sept ans : j'ai couru en 420 contre lui.
v&v.com : Et vous avez même dû effectuer des préparations olympiques ensemble...
Y.G. : Nous étions en PO au même moment, lui en 470, moi en Tornado.
v&v.com : Allez-vous disputer la saison de D35, les catamarans du lac Léman, avec Alinghi ?
Y.G. : Non, mais en dehors de la saison d'Extreme 40, je vais un peu courir en M2, ce sont des multicoques très intéressants (de "petits" D35 de 28 pieds, ndlr). En naviguant sur des supports différents, on développe une sensiblité. Plus je navigue, plus je progresse, et l'important, c'est de tourner dans les séries où l'on trouve les meilleurs compétiteurs. Même si mon objectif principal reste de trouver un budget pour un MOD 70.
Il y a des moments comme cela où les Extreme 40 semblent avoir un moteur aux fesses. Yann Guichard et son équipage, un jour de brise à Oman.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
v&v.com : N'êtes-vous pas déjà cité comme barreur d'Energy Team, le projet monté par les frères Peyron pour la Coupe de l'America ?
Y.G. : C'est comme cela que cela doit fonctionner : on suit de front toutes les opportunités, et celle qui se concrétise, on la saisit. Ceci dit, évidemment que le projet Energy Team me branche. J'ai effectué un record de l'Atlantique avec Bruno Peyron et j'ai vraiment accroché avec le bonhomme. Quant à Loïck, je le connais bien et ainsi que son talent. Je suis super confiant. Ils ont réuni toutes les compétences pour réaliser un beau projet. Mais il faut aller vite (dans le financement, ndlr).
v&v.com : Êtes-vous d'accord avec cette idée, abondamment diffusée, selon laquelle les Français seraient les plus compétents pour la Coupe de l'America nouvelle formule, compte-tenu de leur culture du multicoque ?
Y.G. : Je n'y crois pas. Tout s'apprend par le travail. Regardez James Spithill (barreur du trimaran Oracle, vainqueur de la dernière édition de la Coupe face au catamaran d'Alinghi, ndlr) : pendant deux ans, il a mangé multicoque, dormi multicoque, et on a vu le résultat. Les autres vont suivre le même chemin.
v&v.com : N'est-ce pas, d'une certaine manière, ce qu'on observe ici à Oman, sur le circuit Extreme 40 ?
Y.G. : Exactement. Dean Barker (spécialiste de la Coupe de l'America et barreur de Team New Zealand, ndlr) a eu du mal au début, mais cela ne va pas durer, il commence à être dans le coup. Je trouve d'ailleurs dangereux de dire que nous autres, Français, n'aurions pas besoin d'étrangers dans une équipe de Coupe de l'America.
v&v.com : Le circuit Extreme 40 peut-il sérieusement être considéré comme un bon entraînement pour la Coupe en multicoque ?
Y.G. : Absolument ! Ce sont des régates très intéressantes, qui proposent un concentré de tout : il faut aller vite tout de suite, et aller vite au bon endroit. On vit des situations chaudes en permanence, comme on n'en rencontre peut-être qu'une fois par mois lorsqu'on fait du match-racing sur de gros bateaux. Il faut savoir parfois faire du cap, parfois aller très vite à l'autre bout du plan d'eau. Les monocoques, eux, ne transforment pas la vitesse. En multi, en tirant la barre de cinq degrés, vous allez 30 % plus vite. C'est d'ailleurs un truc pour lequel certains barreurs ont le feeling, et d'autres pas.
v&v.com : Les courses d'Extreme 40 ne se résument donc pas à un grand spectacle commercial ?
Y.G. : Ce n'est pas que du show, loin de là. Bien sûr, il y a dans ces régates une part de chance, d'autant que <pas vu, pas pris.> (Guichard évoque là les infractions aux règles de course, que les arbitres n'aperçoivent même pas, tellement le jeu est à la fois confus et hyper rapide, ndlr.) Et c'est sûrement un excellent moyen, pour les équipes de Coupe de l'America, d'appréhender le multicoque et tester des situations. Les gens de Team New Zealand et ceux d'Artemis l'ont bien compris en venant disputer ce circuit. Cela va leur donner un plus, leur permettre d'avancer plus vite vers l'objectif. L'autre avantage, pour des gars de la Coupe, c'est que les Extreme 40 sont des bateaux à quatre équipiers seulement, où chacun doit savoir un peu tout faire. Il y a des équipiers de Coupe de l'America qui sont des Top Gun au piano (aux drisses, ndlr), mais à qui il ne faudrait pas demander de régler une voile. Nos multicoques développent une certaine forme de polyvalence, et c'est pour cela que Gitana ou Alinghi marchent bien ici : lorsque l'équipage est bon, et que le barreur sait que cela suivra, il peut se permettre de prendre plus de risques.
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28/01/2011 - 05:53
Yann Guichard signe chez Alinghi !
Alinghi a renoncé à la 34e Coupe de l’America – mais pas au multicoque ! En 2011, le Team suisse va bien sûr disputer le Challenge Julius Baer des D35 – mais aussi renouer avec l’Extreme Sailing Series. Vainqueur du circuit en 2008, Ernesto Bertarelli a recruté Yann Guichard, deuxième l’an dernier…
30/07/2010 - 07:27
10 trucs de Yann Guichard pour gagner en multi de sport
A ton âge, t'as pas encore gagné en multi ? Il est donc temps d'écouter les quelques trucs de Yann Guichard, actuel leader de la saison des Extreme Sailing Series. Et accessoirement, ex de l'Equipe de France de Tornado, équipier et skipper de trimaran de course au large... Comme mise en pratique immédiate : la deuxième épreuve des Extreme 40. Elle débute demain, à Cowes, en Angleterre.
Vos commentaires
Comme d'habitude yann guichard est très performant ! Cécile