Note :
Sidney Gavignet : une préparation olympique en Tornado, deux Figaro, quatre tours du monde en équipage dont un victorieux, des transats à la pelle, un abandon dans le dernier Rhum, et maintenant l'Extreme 40, avant peut-être de barrer prochainement un trimaran MOD 70 aux couleurs d'Oman.
Photo © Mark Lloyd/Oman Sail
Muscat, capitale du Sultanat d'Oman, accueille aujourd'hui la première étape de la saison 2011 d'Extreme 40. Ce circuit professionnel, couru à bord de catamarans monotypes de douze mètres et sur des parcours hyper-courts et spectaculaires, a encore gagné en importance et en intensité.
Neuf épreuves à travers le monde, contre cinq rendez-vous européens l'an passé, mais surtout onze équipages engagés, contre huit la saison dernière. Et les spécialistes de la Coupe de l'America viennent logiquement battre le haut du pavé. Puisque la Cup doit se courir sur deux coques, le championnat d'Extreme 40 est pour un petit moment "the place to be".
C'est dans cette ambiance que le Français Sidney Gavignet, qui n'avait pas tourné atour de deux bouées depuis des lustres, fait ses débuts dans la série. Gonflé, le barreur d'Oman Air ?
v&v.com : C'est un sacré pari que vous tentez là, en vous lançant sur un circuit et un type de bateaux qui ne ressemble à rien de ce que vous ayez fait ces dernières années ...
Sidney Gavignet : Oui, et j'avais même franchement des doutes sur le bien-fondé de la démarche. J'envisageais le risque de prendre des tôles et que cela se répercute sur mon avenir. Mais cette forme de pensée ne me ressemblait pas, jamais je n'ai pensé à ma carrière de cette manière.
v&v.com : Ce sont les circonstances qui vous ont propulsé à la barre d'un Extreme 40 ?
S.G. : C'est un peu cela. Loïck Peyron (qui barrait Oman l'an dernier, ndlr) est sur la Barcelona Race, les jeunes (Paul Campbell James et Alister Richardson, barreur et tacticien de The Wave, l'autre bateau omanais, ndlr) venaient de se faire acheter par Luna Rossa. David Graham (directeur d'Oman Sail, ndlr) devait trouver un nouveau skipper et la moitié de l'autre équipage. Je lui ai fait part de mes hésitations, mais il a insisté, estimant qu'avec moi l'équipe serait bien dirigée. En me choisissant, selon lui, il cochait un bon nombre des bonnes cases. Avant la Route du Rhum, David m'avait parlé de son envie que nous continuions ensemble. On s'entend bien, et en interne je suis un bon soldat.
Vingt ans, selon son propre aveu, que Sidney Gavignet n'avait pas eu à enrouler une bouée de régate. Si le feeling de barre est vite revenu, le retour à la course au contact est passé par "une cure de rafraichissement".
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
v&v.com : Mais depuis quand n'aviez-vous pas régaté au contact ?
S.G. : Je me suis moi-même demandé à quand remontait mon dernier virement de bord en régate, et je parle d'un virement propre, en soignant la relance et tout ce qui va avec. Cela me ramène à un Spi Ouest France, pendant mes saisons de Figaro : au bas mot, c'est quinze ans en arrière. Sur la Volvo, cela n'a rien à voir, puisqu'on dématosse avant de virer. En monocoque Imoca, la manoeuvre prend un quart d'heure, et sur les grands trimarans, il faut faire passer la voile d'avant sur les étais : rien qui ne se compare avec la régate. Sur les bateaux de la Volvo, je suis peut-être barreur, mais barreur de ligne droite.
Un bel empannage, un bel enroulement de bouée, cela me renvoie à mes années de Tornado, voici vingt ans. J'ai dû tout réapprendre, même certaines règles de course. Et à 42 ans, je sens la différence.
Cela a été intense, j'ai perdu quatre kilos, et j'espère ne pas être trop fatigué. Je me suis comme trempé dans un pot d'apprentissage. C'était une véritable cure de rafraichissement, se confronter ainsi à la difficulté est génial. Cette saison va me faire énormément progresser, et si nous passons en trimaran MOD 70 avec Oman, je suis certainement sur la bonne voie.
Oman Air, hier, en route vers une sixième place dans l'avant-avant-dernière manche d'entrainement. Le cameraman est aux premières loges : les "Extreme 40 series" sont un circuit où marketing et communication sont rois.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
v&v.com : Comment s'est déroulée votre remise à niveau ?
S.G. : Je suis arrivé Oman depuis le 7 janvier, et le 10 janvier, c'était notre premier jour de navigation, à deux bateaux. Pour ne pas perdre de temps avec de mauvaises habitudes, j'ai souhaité qu'un entraîneur nous mette rapidement en place, et j'ai fait appel à l'Australien Darren Bundock, double médaillé olympique en Tornado, qui était aussi très bon en Formule 18. Nous avons aussi eu le renfort du Britannique Leigh McMillan, qui barrait Ecover la saison passée, et qui possède un solide background de Tornadiste : il reste comme coach dans le team, et sera le tacticien du M34 d'Oman sur le prochain Tour de France à la voile.
v&v.com : Avez-vous dû re-travailler votre feeling de barre ?
S.G. : J'ai quand même fait trois ans de Tornado, et ce sont des sensations qui reviennent vite. Mais l'Extreme 40 est une série très spéciale, où la réactivité dans les phases de transition est plus importante que la vitesse. En enchaînant les départs de match race à deux bateaux, je me suis bien fait marcher sur la gueule par Torvar. Au début, je n'avais pas la moindre idée de ce qu'il fallait faire ou pas. C'était comme d'ouvrir un livre, pour découvrir à chaque fois de nouvelles situations-type. Et au fil du temps, j'arrivais à ne plus être en situation d'échec dans des situations inconnues. Lorsque l'équipage parvient à improviser et réussit à suivre le mouvement, quoi que décide et fasse le barreur, c'est particulièrement gratifiant. C'est sûr qu'en flotte ce ne seront pas les mêmes départs qu'en match race, mais désormais, je sais comment me défendre au contact. Et nous avons aussi navigué en flotte ces dix derniers jours, en entraînement.
Le Team Pindar : Ian Williams, le barreur, compte deux titres mondiaux en match-racing. Ses trois équipiers cumulent douze campagnes de Coupe de l'America. Voilà le genre de clients qu'il faut se coltiner cette année : la révolution de la Coupe est passée par là.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
v&v.com : Et alors ?
S.G. : Nous sommes irréguliers, mais ces derniers jours je suis devenu plus consistant dans mes départs. Artemis et The Wave sont au dessus du lot, Team New Zealand et Pindar un peu en retrait, et nous, on est dans le paquet.
The Wave, Muscat, est le nom d'un immense projet immobilier, dans la banlieue de la capitale omanaise, comprenant golf, résidences de standing, hôtels de luxe et marina. Le béton est encore frais, hotels et golf sont en devenir, mais les Extreme 40 assurent déjà la promotion du lieu.
Photo © Frédéric Augendre (www.frederic-augendre.com)
v&v.com : Quels objectifs vous êtes-vous fixés ?
S.G. : Voici quelques jours, je me disais que ce serait bien de disputer cette saison dans le milieu de tableau. Mais c'était avant une discussion avec ma fille de huit ans. Un soir au téléphone, elle m'a demandé si j'allais gagner. Elle m'a expliqué que si avant de s'endormir elle pensait que son papa allait gagner, alors elle dormait bien. Et elle dort tout le temps bien, car elle pense tout le temps que je vais gagner. Je me suis dit qu'elle avait raison, qu'il n'y avait aucune raison de se limiter psychologiquement, et qu'il fallait que je revoie mes objectifs à la hausse. Tout le monde est à la même enseigne : même un équipage comme Artemis, qui domine, fait parfois des boulettes. Les saisons précédentes, certains ont pu gagner une étape du circuit en terminant régulièrement dans les cinq premiers de cinq manches, et nous en sommes parfaitement capables.
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Les neuf étapes de la saison
Muscat (Oman), Qingdao (Chine), Istanbul (Turquie), Boston (Etats-Unis), Cowes (Grande-Bretagne), Trapani (Italie), Nice (France), Almeria (Espagne), Singapour.
Les onze équipes engagées sur le circuit 2011 des Extreme 40
Artemis Racing (Suède), Alinghi (Suisse), Groupe Edmond de Rotschild (France), Luna Rossa (Italie), Niceforyou (Italie), Oman Air (Oman), Red Bull (Autriche), Team Extreme (Europe), Team GAC Pindar (Grande-Bretagne), Team New Zealand (Nouvelle-Zélande), The Wave, Muscat (Oman).
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28/01/2011 - 05:53
Yann Guichard signe chez Alinghi !
Alinghi a renoncé à la 34e Coupe de l’America – mais pas au multicoque ! En 2011, le Team suisse va bien sûr disputer le Challenge Julius Baer des D35 – mais aussi renouer avec l’Extreme Sailing Series. Vainqueur du circuit en 2008, Ernesto Bertarelli a recruté Yann Guichard, deuxième l’an dernier…
13/10/2010 - 03:46
The Wave : deux points, c’est tout !
Incroyable final ! Il a fallu attendre la dernière régate du dernier Grand Prix des Extreme 40 pour savoir qui enlèverait le titre 2010. A Alméria, Paul Campbell-James, sur The Wave-Muscat (Oman) a finalement battu… de deux points Yann Guichard, sur Groupe Edmond de Rothschild !
28/09/2010 - 05:27
On plante le bâton, flexion… extension !
Tout un symbole. De la folie de l’étape italienne des Extreme 40. De la domination des deux catas omanais. De la victoire de The Wave-Muscat (Paul Campbell-James, qui passe ici en trombe) devant Oman Sail-Masirah (Loïck Peyron, qui effectue un joli planté de bâton, flexion, extension… sans chuter).
23/09/2010 - 07:05
Loïck Peyron : confession sur les multicoques
Coupe de l’America, classe Ultime sur le Rhum, Trophée Clairefontaine, Jules Verne, Extreme 40, D35, Tornado… Le multicoque semble avoir définitivement retourné la planète voile ! A la veille de l’épreuve de Trapani (Italie), l’avant-dernière des Extreme Sailing Series 2010, Loïck Peyron – surnommé "Monsieur Multicoque" aux quatre coins du globe – nous a offert son regard sur ce nouveau monde et si le skipper d’Oman Sail Masirah dévoile peu de ses projets dans cette interview, il avoue préférer être libre et s’intéresser au moche… Chaud ?!
26/08/2010 - 07:36
J’ai été le 5e homme d’un équipage extrême !
«Bouge ! Bouge !», gueule l’un des équipiers dans un anglais féroce. «Cinquième homme !!!!», hurle-t-il (sans empathie) alors que je pige, hallucinée, que c’est à moi qu’il s’adresse. Roman Hagara, yeux exorbités, est en train de tirer sur sa barre. Mais qu’est-ce qu’il se passe ?! On abat ! Je bondis horrifiée sur mes pieds, agrippe les mailles du trampo pour me rétablir et fonce sur la poutre arrière alors que l’Extreme 40 commence à bourrer dans les eaux du Solent !... Ahh ! Et dire qu’il y a un paquet de veinards qui vont vivre le même genre de truc aujourd’hui, à Kiel en Allemagne, où commence la troisième étape des Extreme Sailing Series 2010 !
02/08/2010 - 19:24
Groupama 40 dans le mur : les explications de Franck Cammas…
La seconde étape des « Extreme Sailing Series » se déroule à Cowes du 31 juillet au 5 août 2010. Dans des conditions musclées (20 nœuds de vent et fort courant), les neuf Extreme 40 ont assuré le spectacle. Notamment Dimanche 1er Août, lorsque Gitana 40, privé de safrans suite à une collision avec Gitana Extreme, s’est retrouvé lancé à pleine vitesse contre le mur de la corniche d’Egypt Point… Récit en vidéo d’une aventure digne d’un véritable scénario de film d’action.