A ton âge, t'as pas encore gagné en multi ? Il est donc temps d'écouter les quelques trucs de Yann Guichard, actuel leader de la saison des Extreme Sailing Series. Et accessoirement, ex de l'Equipe de France de Tornado, équipier et skipper de trimaran de course au large... Comme mise en pratique immédiate : la deuxième épreuve des Extreme 40. Elle débute demain, à Cowes, en Angleterre.
Note :
Prendre un départ canon et enrouler la première marque en tête : après, le jeu est un peu fait, vu la rapidité des manches témoigne Yann Guichard... Et cette saison, il note que l'Extreme 40 de Gitana va vite.
Photo © Yvan Zedda
Yann Guichard, 36 ans, est loin d'être un bleu en multicoque... Equipier de Tornado, il a terminé 4e des Jeux de Sydney en 2000, avant de devenir barreur et d'enchaîner les résultats sur l'âpre circuit olympique jusqu'en 2008. Dans le même temps, il est équipier en ORMA, notamment sur Gitana 11 mené par Lionel Lemonchois. Pour la prochaine Route du Rhum, c'est lui qui sera à la barre du trimaran rallongé de l'écurie Rothschild. Enfin, il est le barreur de l'Exteme 40 de son écurie, 2e du circuit 2009, et aujourd'hui en tête du classement provisoire 2010...
Vu le format des Extreme Sailing Series, c'est un résultat qui a de la gueule ! D'une part, de Peyron à Cammas en passant par Booth et Hagara, tous les meilleurs skippers de multi sont là. Et surtout, comme Guichard l'explique : <on est en contact permanent avec les autres et à proximité des côtes. Faut d'autant mieux maîtriser son bateau qu'on fait souvent des bords bâtards. C'est une régate hyper concentrée, où tu as tout en 12 minutes : overlayline, bord breton, 3.6... Tu finis rarement ta manche sans faire une manoeuvre à la c...>
Conclusion, ce qui marche sur son X40 ne doit pas être mauvais sur les autres catas de sport ! A la veille de la deuxième épreuve, Guichard donne donc ses 10 trucs pour gagner en multi de sport. Accrochez-vous !
Les Extreme 40 sont des machines violentes, qui réclament des équipiers une énorme condition physique. Leur capacité ou leur incapacité à suivre le rythme préside aux choix faits par le barreur.
Photo © Yvan Zedda (Gitana SA)
1. Respectez vos limites
La règle a quelque chose d'universel ! Connaître ses limites et celles de ses équipiers permet d'éviter bien des mauvais pas. En Exteme 40, même si le circuit est côtoyé par les pros, on n'y déroge pas. <Cette année, j'ai un équipier d'avant plus costaud et je peux me permettre de changer de bouée au dernier moment, raconte Yann Guichard, barreur d'X40, le concurrent de l'écurie Gitana. Mais la saison dernière, je ne me le serais pas autorisé car je savais que je serais allé au carton ! Si la solution est une manoeuvre que l'on ne maîtrise pas, il ne faut pas y aller.> Evidemment, plus le niveau de l'équipage monte, plus les limites sont repoussées. Et cela passe aussi par une bonne connaissance de son support... et sa maîtrise. On ne peut pas forcément tout faire avec sa machine. <En monocoque, tout pardonne ; en cata, ça ne pardonne pas : c'est sur le toit>, caricature Guichard.
2. Préparez votre bateau, soignez vos appendices
Plus le support est rapide, plus les manches sont courtes, moins il y a de place pour la casse ! Yann en témoigne, pour avoir fini dernier d'une manche à Sète - épreuve qu'il a par ailleurs remportée - après que l'écoute de foc a lâché. <Plus ça va vite, plus il y a de la tension et clairement, si le bateau est mal préparé...> La vérification complète du bateau est faite après chaque sortie : gréement, manilles, bouts, câbles... Bien sûr, la volonté constante d'abaisser le poids du bateau n'arrange rien ! <Soigner les appendices, faire en sorte qu'ils soient propres est capital, car plus tu vas vite, plus le risque de décrochage et de cavitation est grand.>
|
A bord d'X 40 |
|
Yann Guichard : barreur. En 2009, X40 a terminé 2e du circuit Extreme 40. |
Un bon réglage préalable des safrans (compensation et parallélisme) et leur nettoyage minutieux sont essentiels en multi, au risque d'avoir quelques mauvaises surprises...
Photo © Yvan Zedda (Gitana SA)
4. Résolvez l'équation du poids
Simple : plus les multis sont légers, plus y vont vite. La chasse au poids doit donc être sévère : <Accastillage, aéro, matériel embarqué... Le gain dans les hauts est particulièrement important ! La taille des drisses, dégainées comme il faut, le bon diamètre de câble, pas surdimensionné quitte à le changer plus souvent...> Même si les Extreme 40 sont une monotypie stricte et qu'il n'est pas autorisé de modifier ces points, l'équipage de Gitana reste très rigoureux sur le nombre de bouteilles d'eau, le matériel de rechange, les fringues embarqués... <Cette année, on a mis le minimum de peinture pour repeindre le bateau. Les kilos gagnés par-ci par-là sont essentiels. Et on a abandonné la GV peinte et refait qu'une partie du foc : 3 kilos de moins.>
Les heures de nav' et l'expérience permettent au barreur de se familiariser avec ses sensations et de conduire son bateau sans se focaliser sur ses penons. Si les équipiers assurent côté réglages, ça roule !
Photo © Yvan Zedda (Gitana SA)
5. Soyez précis dans vos réglages et prenez du cunningham !
Vite, tout le temps ! tel est le sacerdoce du barreur d'X40. <Travailler ses réglages, c'est la clé ! Faut savoir que quand tu vas choquer 5 centimètres de chariot, ça ne paraît rien, mais ton bateau va devenir agréable à la barre et tu vas gagner un noeud.> Le dialogue avec les équipiers est ici essentiel. Aux débutants, Guichard conseille par ailleurs de naviguer plutôt trop vrillé que tendu. <En navigant vrillé, ça allège les barres, et surtout c'est moins radical : tu auras moins de chance de te mettre sur le toit.> Le cunningham, donc. <Sur les catas de sport, c'est l'accélérateur du bateau ! Les mecs n'en mettent jamais assez ! Alors qu'il faut vraiment le prendre à bloc, jusqu'à ce que ça déverse en haut. Si tu veux tirer la barre, mais que tu n'as pas de cunningham, ça va faire comme un monocoque : l'étrave va lever et c'est tout ce qui va se passer.> En Extreme 40, le barreur a le cunningham hydraulique à portée de main, ainsi que la bordure et la GV, plus le chariot en textile.
6. Faites parler votre expérience
Quelque chose a foiré ? Vous avez au contraire de bonnes sensations ou trouvé le bon réglage ? Tout ça est à retenir pour la prochaine fois. C'est comme cela qu'on progresse.
7. Trouvez votre réglage de safrans
Pour avoir une barre la plus douce possible, il faut chercher le bon réglage de compensation des safrans. <On a tendance à compenser toujours plus, parce que la barre est de plus en plus douce ; le souci, c'est que si tu compenses trop, la pression passe devant et quand ça accélère, tu risques de te prendre le safran dans le bide...>, prévient Guichard. A tâtons, millimètre par millimètre, on finit par trouver et il n'y a plus qu'à fixer. Le parallélisme est tout aussi essentiel. <Souvent, le safran au vent dit m... à l'autre. Mieux vaut avoir les attaques pincées que l'inverse>, conseille Guichard, avant de souligner que <les petits catas sont volontiers ardents, donc tu as tendance à tirer ta barre. Résultat, si ton safran est pincé, il est dans l'axe et s'il est ouvert, il est encore plus en travers de la route.>
Plus ça va vite, plus le multi est puissant, plus il faut vérifier que tout est ok sur le bateau avant de manoeuvrer. <Avant un empannage, donne pour exemple Guichard, il faut checker qu'il n'y ait pas de noeud sur la contre écoute ou autre chose... Au moindre pépin, tu fais vraiment une manoeuvre de m... et tu perds des mètres et des mètres en quelques secondes. Ces mètres-là sont toujours plus difficiles à reprendre qu'à perdre, parce que les mecs devant toi ne feront pas les mêmes erreurs !>
9. Sachez vous décoller au départ
Sur les régates, la règle est imparable : prendre un bon départ est essentiel. 90% de la course, a-t-on coutume de dire ! Pour cela, il faut d'abord savoir faire son trou entre les adversaires, et garder sa place. Mais en multi, la chose peut s'avérer techniquement très difficile. <Arriver sur la ligne, s'arrêter et se laisser dériver en latéral, ce n'est pas sorcier. En revanche, de parvenir à rester sur place ou à gagner au vent, sans couper la ligne, ça, c'est difficile.> L'idée est qu'en maîtrisant cette technique, il est possible de dégager le bateau au vent (si celui-ci dérive sur le bateau sous le vent, il commet une faute ; il doit donc se maintenir à l'écart, voire s'en aller) et de gagner du latéral sur l'adversaire sous le vent, parce que lui dérive. Après, ne reste plus qu'à surveiller que personne ne vienne prendre ce trou ! <C'est certain que pour parvenir à ça, il faut s'entraîner, s'entraîner, s'entraîner ! Car cela passe par une parfaite coordination entre foc, GV, chariot et barreur. Monter face au vent, à petite vitesse, sans perdre le bateau - si c'est le cas, redescendre, foc à contre -, sans se retrouver bâbord sur les autres bateaux... C'est un p... de boulot à faire, mais le mec qui sait faire ça, il prend de sacrés bons starts.>
Ayant remporté la première épreuve de Sète, cette année, l'X40 de Gitana pointe pour l'heure à la première place du classement général provisoire des Extreme Sailing Series 2010. (De gauche à droite : Yann Guichard, Pierre Pennec, Nicolas Heintz et Hervé Cunningham.)
Photo © Yvan Zedda (Gitana SA)
10. Anticipez le jeu
Le format des Extreme Sailing Series est tellement ramassé et les catas si rapides que les choix faits par le barreur sont souvent instantanés. Les discussions avec le tacticien sont rares. <On navigue tellement au contact que c'est comme un jeu d'échec. J'essaie de dérouler la régate pour anticiper tout ce qui peut se passer à la bouée au vent. Par exemple, un tel va arriver tribord et essayer de nous shooter... Si tu n'as pas anticipé le scénario, tu te retrouves en vrac.> Heureusement, la configuration de l'Extreme 40 permet au barreur de bien voir partout. <Et les bateaux sont bien équilibrés, à peine ardents, mais avec un bateau bien réglé, c'est facile de tourner la tête. Avec des milles dans la barre, on apprend à sentir ce dont le bateau à besoin sans regarder ses penons, à moins qu'il y ait vraiment de la mer, mais sur les Extreme Sailing Series qui se courent près du bord pour le public, c'est rarement le cas.>
...........
Et aussi
Le précédent article de la série Extreme Sailing Series 2010, réalisé avec l'équipage de Franck Cammas sur le problème de la communication à bord : <Attends, on vire, ça adonne !?>
Une vidéo pour tout savoir sur les Extreme 40.
L'interview de Yann Guichard sur le chantier de Gitana 11, le trimaran sur lequel il va prendre le départ de la prochaine Route du Rhum : <Yann Guichard : <C'est un peu comme si j'étais en moto et mes adversaires en 4x4 !>>
Le site de Gitana Team, ici.
Le site des Extreme Sailing Series 2010, ici.
Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)
02/06/2010 - 06:21
Dérapage contrôlé
Pas mal : 11 podiums sur 20 manches pour Loïck Peyron, sur Oman Sail Masirah. Mais il y avait mieux : 16 podiums dont 7 victoires pour Yann Guichard, sur Groupe Edmond de Rothschild. A Sète, pour la première étape du circuit européen 2010, l’Extreme 40 bleu-roi a dominé ses sept concurrents.
29/05/2010 - 15:44
Les Extreme 40 repartent pour un tour !
La première étape des Extreme Sailing Series Europe (ex-iShares Cup) se déroule du 27 au 30 Mai à Sète. Pour la quatrième fois, les Extreme 40 se battent à couteau tiré sur des parcours courts et intenses. Jusqu’au 12 octobre, neuf équipes de stars de la course au large et de l’olympisme vont s’affronter sur cinq étapes : Sète, Cowes, Kiel, Trapani et Almeria. Que le meilleur gagne !
27/05/2010 - 08:07
Attends, on vire, ça adonne !?
Non, non, non ! Alors que vous êtes sur un multi de 40 pieds lancé à plus de 30 noeuds, ce n'est pas le moment de s'emmêler les pinceaux ! A bord, si l'on veut être dans le coup, la com' doit être claire et concise, comme nous l'explique en détail l'équipage de Franck Cammas, de Groupama 40. Bienvenue sur la troisième saison des Extreme 40, le circuit européen s'ouvre aujourd'hui, à Sète !