Note :
En attirant Ben Ainslie dans ses filets, Oman Sail s’est offert les services d’un intérimaire de luxe ! Qui ne déçoit pas pour ses grands débuts en multicoque sur l’exigeant circuit des Extreme Sailing Series. A la barre de l’Extreme 40 Oman Air en remplacement de Sidney Gavignet – engagé sur le projet omanais en MOD70 –, le Britannique a en effet décroché une remarquable 3e place à Trapani avant de confirmer ses bonnes dispositions à Nice, où son équipage a terminé 5e.
Avec une médaille d’argent et trois titres olympiques en Laser, puis en Finn, à son actif, Ben Ainslie vise une 4e médaille d’or consécutive au Jeux de Londres l’été prochain, où il s’alignera à nouveau en Finn. Et sera très difficile à battre.Photo @ C.L Christophe Launay http://sealaunay.comIl faut dire que l’homme a de la bouteille et un CV nautique impressionnant : trois médailles d’or olympiques en Laser (2000), puis en Finn (2004 et 2008), une médaille d’argent en Laser (1996) – à seulement 19 ans !–, cinq titres mondiaux en Finn, un en match-race. Autant de performances couronnées par trois titres de «Marin ISAF de l’Année» (1999, 2002 et 2008). Logiquement sélectionné pour les Jeux de Londres en 2012, il vise désormais un quatrième titre consécutif qui le ferait définitivement entrer dans le panthéon de la voile olympique.
Avant de se lancer à nouveau dans une période très intense de préparation en vue de cette échéance majeure, Ben fait donc une parenthèse en multicoque, pour «changer d’air», explique-t-il – changer d’ère ?
Nous l’avons rencontré à Nice, théâtre de la 7e des neuf étapes des Extreme Sailing Series. Malgré un emploi du temps de ministre, le Britannique n’a pas rechigné à parler d’Extreme 40, de voile olympique, d’America’s Cup et même… de course au large !
voilesetvoiliers.com : Ben, pourquoi avoir décidé de relever ce nouveau défi en Extreme 40 à la barre d’Oman Air ?
Ben Ainslie : Oman Sail cherchait un nouveau barreur pour remplacer Sidney Gavignet à Trapani, Nice et Almeria sur les Extreme Sailing Series. Cela tombait bien niveau timing car j’avais du temps dans mon programme de préparation olympique pour faire autre chose que du Finn. C’est une belle opportunité d’être impliqué dans un tel projet et de découvrir une autre façon de naviguer, qui plus est en multicoque. Et Oman Sail est une équipe solide qui a déjà une bonne expérience sur les Extreme Sailing Series (des équipes omanaises ont remporté les Extreme Sailing Series en 2009 et 2010, ndlr) et qui aligne deux bateaux cette année, Oman Air et The Wave-Muscat, barré par Leigh McMillan.
v&v.com : Quelles sont tes impressions à l’issue des manches de Trapani et de Nice ?
B.A. : Je suis satisfait de nos premiers résultats. Les Extreme 40 sont de bons bateaux et les régates sont intenses, car vraiment très courtes. Les courses en «stade», disputées à quelques mètres du rivage, sont parfois un peu difficiles avec une part de chance. Mais il y a tellement de régates par événement que cela se compense et, au final, c’est toujours le meilleur équipage qui l’emporte.
v&v.com : Ton expérience en voile olympique est-elle bénéfique ?
B.A. : Probablement, car j’ai l’expérience des régates au contact. Ce n’est pas comme si je me lançais dans un sport complètement différent ! La voile reste la voile et les éléments à maîtriser sont globalement les mêmes. Cela dit, les régates sont très différentes et beaucoup plus courtes en Extreme 40. Mais c’est intéressant car je travaille de nouvelles compétences, les phases de départ par exemple, qui sont très importantes, encore davantage qu’en voile olympique.
v&v.com : Tu sembles en tout cas avoir pris rapidement tes marques en Extreme 40…
B.A. : Je ne dirais pas cela car je fais encore de grosses erreurs. Mais c’est normal : je découvre le support et les formats de courses des Extreme Sailing Series. Nous pouvons donc mieux faire à Almeria, mi-octobre. D’ici là, il va falloir naviguer encore et encore pour améliorer notre vitesse, les phases de départ, les manœuvres… Nous avons encore une grande marge de progression.
v&v.com : Quelles sont selon toi les conditions météo les plus difficiles en Extreme 40 ?
B.A. : Pour nous, à bord d’Oman Air, ce ne sont pas forcément les conditions de vents très forts ou à l’inverse très light. Nous ne sommes pas très à l’aise dans les vents d’environ 7 nœuds, quand les autres bateaux commencent à naviguer sur une coque. Comme notre équipage est plutôt lourd, on ne lève pas une coque si tôt. C’est à mes yeux la situation la plus délicate à gérer.
«Nous souffrons pour que les bateaux aillent vite mais ça vaut le coup car les sensations sont top, surtout dans le vent fort», explique Ben Ainslie, à propos du Finn, dériveur en solitaire très physique, que le Britannique maîtrise à la perfection.Photo @ M.L Mark Lloyd http://sealaunay.comv&v.com : Tu ressentais le besoin de naviguer sur un autre support après une période intense de navigation en Finn ?
B.A. : Absolument, j’avais envie de changer d’air. C’est quelque chose que j’ai déjà expérimenté par le passé et cela a toujours été bénéfique. En plus d’acquérir de nouvelles compétences, cela permet de revenir l’esprit frais. Je serai donc très motivé pour naviguer à nouveau en Finn au moment de reprendre ma préparation olympique.
v&v.com : Tu as en effet été sélectionné pour représenter la Grande-Bretagne aux JO de Londres. Ta réaction ?
B.A. : C’est une grosse satisfaction car la concurrence était rude. La Grande-Bretagne a quatre coureurs dans le Top 5 mondial en Finn, et il n’y avait qu’une place attribuée par nation. J’ai fait beaucoup d’efforts pendant dix mois pour revenir au top niveau et décrocher cette qualification. Maintenant, j’ai hâte d’être à Londres !
v&v.com : Avec l’objectif de décrocher une 4e médaille d’or consécutive…
B.A. : Je l’espère, c’est en tout cas pour cela que je travaille dur ! Je suis conscient qu’il s’agit d’un très gros défi. Après cette parenthèse en Extreme 40, je vais donc à nouveau me concentrer à fond sur le Finn, pour arriver bien préparé et naviguer le mieux possible à Weymouth. Il y aura un gros niveau et je vois bien dix gars susceptibles de remporter des manches. Les régates vont être passionnantes.
v&v.com : Régater «à domicile» constituera un avantage ?
B.A. : Cela peut jouer, oui. Mais quand la compétition débutera mes concurrents auront aussi beaucoup navigué sur le plan d’eau de Weymouth et en connaîtront les spécificités.
v&v.com : Que penses-tu de ce plan d’eau, justement ?
B.A. : Il est vraiment difficile, généralement bien venté, et donc exigeant physiquement et techniquement. Sans oublier le courant… Mais c’est aussi ce qui rend le défi intéressant pour les compétiteurs !
v&v.com : Quand on parle de voile olympique, on évoque souvent la souffrance physique et mentale, rarement de plaisir. Peux-tu nous expliquer la satisfaction que tu ressens en Finn ?
B.A. : Le Finn est un bateau exigeant, c’est indéniable. Et cela devient de plus en plus difficile de rester au top niveau avec l’arrivée de jeunes compétiteurs dans la classe. Nous souffrons pour que les bateaux aillent vite, mais ça vaut le coup car les sensations sont top, surtout dans le vent fort. C’est un bateau fun, dur mais fun ! C’est aussi un bateau technique, et j’aime ça.
v&v.com : Ton programme après les JO de Londres ?
B.A. : Je n’ai pas encore pris de décision à ce sujet. Cela dépendra de ce qu’il va se passer à Weymouth l’été prochain. J’aime beaucoup le Finn, bien sûr, mais aussi le Star. Malheureusement, ce support fait partie des disciplines écartées après 2012. A part l’olympisme, je suis très intéressé par les AC45. Ce serait un défi très excitant de prendre part à ce circuit ! C’est d’ailleurs dans cette éventualité que je suis venu à l’Extreme 40, pour avoir une première expérience à bord d’un multicoque.
v&v.com : Que penses-tu des évolutions actuelles de l’America’s Cup ?
B.A. : Le nouveau format est une révolution, un nouveau style de course à la voile. J’ai suivi les deux premières étapes des America’s Cup World Series, à Cascais et à Plymouth, c’était fantastique ! La couverture médiatique, avec le suivi des régates en live, est inédite et de grande qualité. C’est important pour la voile de proposer ce type d’événement – qui reprend d’ailleurs le concept des Extreme Sailing Series – avec des bateaux excitants. Selon moi, cette nouvelle formule de la Coupe est une réussite. Ce n’est pas un hasard si de plus en plus de marins se tournent vers le multicoque. J’ai pris beaucoup de plaisir à naviguer en monocoque, sur des Class America, mais je pense que le choix du multicoque est le bon, car il est dans l’air de temps.
Ben Ainslie (à droite) a pris la barre de l’Extreme 40 Oman Air pour trois étapes des Extreme Sailing Series à Trapani, Nice et Almeria. Il est accompagné de Kinley Fowler (tacticien), David Carr (régleur) et Nasser Al Mashari (numéro 1).Photo @ M.L Mark Lloyd www.lloydimages.comv&v.com : Quel souvenir gardes-tu de ton expérience avec Emirates Team New Zealand sur cette épreuve en 2007 ?
B.A. : J’étais barreur de réserve derrière Dean Barker. Nous avons passé beaucoup de temps à nous entraîner et à régater l’un contre l’autre, c’était intéressant. Nous avons finalement perdu de peu contre Alinghi – une triste fin pour notre équipe. Mais je garde de bons souvenirs de cette expérience, car pour ETNZ, c’était déjà une bonne performance de remporter la Louis Vuitton Cup après la lourde défaite de 2003 (5-0 contre Alinghi, ndlr).
v&v.com : Tu es en contact avec des équipes en vue de la prochaine édition de l’America’s Cup ?
B.A. : J’ai eu des contacts, oui. Mais je vais d’abord me concentrer sur les Extreme 40 puis sur les JO de Londres. Je ferai le point après, et je verrai quel projet est le plus intéressant pour moi. Mais c’est sûr que j’aimerais participer à la prochaine America’s Cup à San Franciso !
v&v.com : Penses-tu faire un jour de la course au large ?
B.A. : C’est une possibilité. Des bateaux comme le maxi-trimaran Banque Populaire m’attirent forcément. Loïck Peyron a de la chance de barrer cette machine fantastique ! J’aimerais naviguer sur ce type de bateaux un jour. Autrement je suis intéressé par la Volvo Ocean Race et le MOD70, qui me semble un circuit intéressant. On verra.
v&v.com : Et courir en solitaire ?
B.A. : Pourquoi pas, mais il y a déjà beaucoup de courses en équipages qui m’attirent !
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04/10/2011 - 00:01
«J’ai régaté avec Ben Ainslie en Extreme 40 !»
A l'occasion de la septième des neuf étapes des Extreme Sailing Series, disputée la semaine dernière à Nice, j'ai eu la chance d'embarquer comme cinquième homme à bord d'un des onze Extreme 40 en lice, Oman Air, mené par Ben Ainslie himself ! Récit d'une navigation inoubliable, au coeur de l'action.
01/10/2011 - 00:02
Brise de Nice
On se croirait en cata en sport, équipier sous le vent, avancé pour faire plonger les étraves et dégager les tableaux, écoute légère en main, comme ici Nils Frei à bord d’Alinghi. C’est que Nice, 7e manche des Extreme Sailing Series, a dès le début réservé des brises faibles aux 11 Extreme 40.
21/09/2011 - 00:02
The Wave sur la vague du succès
Déjà vainqueur à Cowes, The Wave-Muscat (Leigh McMillan) s’est à nouveau imposé à Trapani, lors de la 6e manche des Extreme Sailing Series. Au terme des 34 régates, le cata omanais a devancé Groupe Edmond de Rothschild (Pierre Pennec) et Oman Air, barré pour la première fois par Ben Ainslie.
16/09/2011 - 00:03
Ben voilà, voilà Ben !
Parlez d’un intérimaire ! A Trapani (puis à Nice et Almeria), Ben Ainslie remplace Sidney Gavignet à la barre de l’Extreme 40 Oman Air, le Français étant sur le projet d’Oman en MOD70. Ben soi-même : trois médailles d’or et une d’argent (Finn et Laser), cinq titres mondiaux (Finn) – entre autres !
09/08/2011 - 10:19
J’irai pas ! J’irai pas !
Saison après saison, le caractère des Extreme 40 ne perd vraiment rien de son piment ! Surtout à Cowes, le long de la plage où le vent engagé dans le goulet du Solent tape quotidiennement les 20-25 nœuds – c’est là que se court le cinquième acte du circuit.
09/08/2011 - 05:05
Etrave en chou-fleur
Dans la 5e manche des Extreme Series de Cowes, alors que Groupe Edmond de Rothshild a déjà gagné trois manches et mène largement au général, les Français accrochent violemment le tableau arrière d’Artemis Challenge dans un croisement chaud.