Note :
Fabien Delahaye, 25 ans, a terminé premier bizuth de la Solitaire 2009, gagné la transat Ag2r 2010 aux côtés de Le Cléac'h et s'attaque dimanche à sa première transat en solitaire.
Photo © Alexis Courcoux (Port de Caen Ouistreham)
À l'école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s'imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée.
Lobato, Marchand, Richomme, Ruyant... De nouvelles têtes qui s'imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment.
Parmi eux, Fabien Delahaye, 25 ans, prend ce week-end le départ de la transat Bénodet-Martinique.
L'été précédent, il avait remporté le classement bizuth de la Solitaire, mais c'est lorsqu'Armel Le Cléac'h lui a proposé de le seconder sur la Transat Ag2r, au printemps 2010, que l'on a perçu Fabien Delahaye un peu différemment.
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Extrait du palmarès de Fabien Delahaye |
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2010 2009 2008 |
Evidemment, l'histoire ne commence pas tout à fait là, mais un an et demi plus tôt, dans une colocation de rêve. Trois Figaristes partagent un appartement dans la Mecque de la course au large, à Port-La-Forêt. Trois Figaristes aux dents longues, qui se sont d'abord rapprochés parce que venir ici les a contraints au déracinement, puis ont monté une association diabolique. C'est tellement beau que cela fait cliché.
Depuis ses débuts en Figaro, Delahaye est soutenu par le port de Caen Ouistreham et les magasins E.Leclerc de la région. Dans sa gestion de projet, il a eu l'intelligence de ne pas abandonner sa région et soutien financier : l'hivernage du Figaro se fait toujours en Normandie.
Photo © Alexis Courcoux (Port de Caen Ouistreham)
Il y a Nicolas Lunven, l'aîné, premier bizuth de la Solitaire 2007. François Gabart, le cadet, premier bizuth de la Solitaire 2008. Et Fabien Delahaye, le dernier, aspiré par le succès des deux autres... Evidemment, la Solitaire 2009 sera remportée par Lunven ; Delahaye en sera premier bizuth. Du reste, cette saison-là, Delahaye a gagné tous les classements de cette catégorie. <Mon état d'esprit était de ne brûler aucune étape, l'année de bizuth est trop déterminante pour la suite.>
En plus des stages de regroupement du pôle, le trio navigue souvent. Avec rigueur, sérieux et pragmatisme. Un penchant qui, pour Delahaye cela ne fait aucun doute, est un héritage de ses années d'olympisme. Car c'est de là qu'il vient.
Delahaye a découvert la voile "tard" - manière de dire, car il débute en compétition à 9 ans -, à la faveur d'un déménagement au bord de la mer. Ouistreham. La Normandie. Optimist, Equipe, 420. Pas grand chose à en dire.
Petit gabarit, il barre un 470 depuis sept ans, flirtant avec une préparation olympique que le manque de disponibilité de son équipier - Etienne Bosse, alors étudiant en école d'ingénieur - l'empêche d'embrasser tout à fait. (Fin août 2007, Delahaye décroche son meilleur classement mondial, une place de 44e.)
Dans son discours, le mot "rigueur" revient souvent ; Delahaye explique que ses années d'olympisme l'ont ainsi formé.
Photo © Alexis Courcoux (Port de Caen Ouistreham)
Tout ça le travaille depuis quelques mois. <J'avais envie de vivre de ma passion, ce que je savais impossible dans l'olympisme. Le large était la meilleure solution.> Il participe à la Sélection Espoir Crédit Agricole en 6,50, à La Rochelle. Début 2008, il s'aligne sur le Challenge Espoir Région Bretagne et fait partie des cinq finalistes - Gabart prend le contrat. Et puis arrive la fin de l'été.
Delahaye a 24 ans et se trouve à un moment charnière de sa vie. Master en poche, contrat avec son club (il s'occupe du projet de l'Open 7.50) tirant à sa fin, projet 470 qui s'essouffle... Le Figaro devient incontournable. Circuit accessible, très bon niveau sportif, viable financièrement, monotypie - ce qui permet de faire plus facilement le transfert depuis l'olympisme.
D'un point de vue pratique, il transforme le contrat qui le liait à son club en un partenariat pour plusieurs saisons et il a l'intelligence stratégique d'entretenir une relation suivie avec ses partenaires. C'est en Normandie que son Figaro est mis en chantier, l'hiver. <Cela me semble plus intéressant que de ne me noyer parmi la flopée de coureurs bretons. Faire de la voile, ce n'est pas seulement bien naviguer... Beaucoup de très bons restent sur le banc de touche.> Delahaye est d'un genre pragmatique. (Et, oui, Peyron est son idéal et Desjoyeaux, son maître.)
Dans la Vallée des Fous, il ne se rend donc que pour naviguer. Avec Lunven et Gabart, <nous avions la même méthode de fonctionnement et avons créé une belle dynamique. Notre manière de construire notre projet est différente de celle des générations précédentes - je ne dis pas meilleure ou moins bonne -, mais nous avons une rigueur, une tendance à tout noter, tout mesurer, et à beaucoup échanger.> Les réglages de mât, la mise au point des voiles North, la préparation de la météo avant la course. <Cette mutualisation va au-delà de notre concurrence.> Charles Caudrelier et Fred Duthil comptent aussi parmi ses plus précieux partenaires. Delahaye fait ainsi une première saison du tonnerre et le voilà recruté par Le Cléac'h.
Quelques semaines plus tôt, ils se connaissaient à peine, pourtant l'association Le Cléac'h-Delahaye a été un succès, soldé par la victoire sur la transat en double 2010.
Photo © Alexis Courcoux (Brit Air)
On a glosé sur ce choix d'embarquer un "mort de faim, corvéable à merci"... Delahaye dit quant à lui : <Nous avons beaucoup travaillé ensemble, beaucoup échangé et il se trouve que notre binôme a bien fonctionné... Et puis, Armel et moi sommes un peu sur le même modèle, de terribles compétiteurs, qui ne lâchons jamais rien...> (Il ajoute - par rigueur mais probablement aussi avec une pointe d'admiration - que quand même, Le Cléac'h ne lâche tellement rien que même son surnom - "Le Chacal" - lui semble un peu faible.)
Surtout, cette transat en double semble avoir exacerbé chez lui un penchant déjà bien marqué : tendance (compulsive) à pousser toujours plus loin un raisonnement, à interroger sans relâche les stratégies, à ne s'interdire aucun doute.
Pour demain, départ de sa première transat en solitaire, il semble donc prêt et confiant. Sa seule crainte est de <rater un coup et ne plus me trouver dans le bon paquet. Ça, ça m'énerve. Parce qu'à partir de là, on peut trouver le temps long. Ce n'est pas comme en olympisme, on ne peut pas se dire 'Bon. Ça, c'est fait. Manche suivante.' Là, on n'a qu'une seule cartouche.>
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D'ici une quinzaine de jours, retrouvez Anthony Marchand, dans le deuxième portrait de notre série dédiée à cette nouvelle génération de Figaristes, déboulée sur le circuit il y a quelques années et aujourd'hui plus que prête à bousculer la hiérarchie.
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Vos commentaires
Très bon article qui dépeint bien l'ambiance des groupes en formation dans la mecque de l'entrainement :Port- la-Forêt.On voit bien que tout est programmé avec sérieux et détermination. Félicitations .