Actualité à la Hune

Figariste nouvelle vague (2)

Anthony Marchand, l’éternel insatisfait

  • Note :

    1 votes
  • 0 commentaire(s)
  • 4256 consultation(s)
  • Publié le : 10/05/2011 - 05:17

Anthony Marchand, grande première A tout juste 26 ans, Anthony Marchand quitte le statut de bizuth avec soulagement : "Être bizuth, c'est particulier... J'avais hâte de ne plus l'être pour faire ma propre saison." Photo © Alexis Courcoux (Transat Bénodet - Martinique) À l'école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s'imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée.

Lobato, Delahaye, Richomme, Ruyant... De nouvelles têtes qui s'imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment.

Parmi eux, Anthony Marchand, 26 ans, vient de terminer 10e de la Bénodet-Martinique, sa première transat en solo...

40 noeuds de Nord-Est au cap Finisterre et une mer démente. Les Figaristes partis le 10 avril de Bénodet, pour la transat en solitaire vers la Martinique, prennent cher... Et pour un baptême du feu, c'est raide. Anthony Marchand (Bretagne - Crédit Mutuel Espoir), 26 ans, a déjà fait des transats, mais c'est sa première en solo.

Extrait du palmarès d'Anthony Marchand

2010
> 1er bizuth et 8e du championnat de France de course au large
> 1er bizuth et 15e de la Solitaire du Figaro.

2009
> Lauréat du Challenge Espoir région Bretagne

2007
> 9e du tour de Bretagne avec Ronan Treussart
> 10e de la Cap Istanbul avec Ronan Treussart
> Saison sur le trimaran Sopra Group d'Antoine Koch
> Saison en proto 6.50

2006
> Saison sur l'Open 7.50 Sodebo de Thomas Coville

2005
> 9e du championnat de France olympique de 470

La saison passée, il a terminé premier bizuth de la Solitaire (15e au général) ; là, il est dans les 5. Mais dans une claque, il enfourne. <Le bateau s'est rempli d'eau. Une poulie du spi a cassé et je suis parti à l'abattée. Le spi s'est enroulé autour de la tête de mât. Le bateau est resté couché quatre heures sur la tranche, à la dérive, le bulbe de la quille hors de l'eau, le mât à l'horizontale.>
Lui qui avant de prendre le départ de cette course disait que son premier objectif était d'arriver de l'autre côté, en dépit du classement, afin de se <sentir un peu marin et pas seulement régatier>. Besoin d'éprouver ses qualités, de voir comment il réagit... Le voilà servi avec son Figaro couché, la tourmente tout autour.

Marchand ne se démonte pas. <Je ne voyais pas comment redresser le bateau... J'étais épuisé, j'ai affalé la GV et j'ai dormi deux heures. Puis j'ai réussi à monter dans le mât pour sortir le spi, réparer, vider les 500 litres d'eau, redémarrer...> Pas du genre à abandonner la partie, non.
A terre, le jeune skipper est avenant et facile d'accès. Mais en mer, il s'avère féroce. <Sous des dehors calmes, je suis extrêmement hargneux... Une grosse part de cette agressivité est tournée vers moi. Je suis très dur avec moi. Je m'engueule beaucoup.>

Eclectisme Optimist, Laser Radial, Laser, 470... Marchand a un parcours voile légère classique, sans jamais s'intéresser à l'olympisme, dont il n'aime pas le fonctionnement. Il rêve de faire du Mini 6,50 et se retrouve à équiper sur les trimarans, avant de se retrouver en double sur un Figaro. Photo © Alexis Courcoux (Transat Bénodet - Martinique) Quand son Figaro se redresse au large du Portugal, il croit être dernier. Il est exténué et repart.
En réalité, il est 10e, à 32 milles du leader, et va passer deux semaines à cravacher pour tenter de combler son retard. Il aime ça.
C'est même ce qui lui a tout de suite plu en Figaro. Cette nécessité de repousser très loin ses limites, d'être à fond tout le temps, de ne <pas manger ni dormir pendant trois jours, pour une étape de la Solitaire>, de réguler tout le temps, <comme en dériveur, sauf que cela dure comme ça pendant des heures.>

Vainqueur bizuth 2010 En 2010, sous les couleurs de la Région Bretagne (dont il a remporté le Challenge pour deux ans), Marchand a terminé premier bizuth de la Solitaire du Figaro. Photo © Benoît Stichelbaut (Région Bretagne) Marchand a débuté en Optimist à 9 ans, montant tous les échelons départementaux jusqu'à courir quelques épreuves internationales. Il a la gnak.
Il passe en Laser Radial, fait un peu de Laser Standard en parallèle, mais reste un gabarit léger. Il commence à équiper en 470 - ce qu'il n'aime pas -, donc prend la barre pour quelques mois. L'ennui, c'est qu'il n'aime pas l'olympisme, ni ses codes ni son fonctionnement.

Surprenant quand il vous a raconté combien il aimait se faire mal... Mais lui se classe dans la catégorie des coureurs qui s'intéressent d'abord à la beauté du geste, ensuite au résultat. Thomas Coville, qui a su terminer le tour du monde pour lequel il n'aura pas décroché de record, est sa référence.

Marchand a le goût de l'aventure et des défis humains. Sur son 470, il se sent à l'étroit. Il n'y a que le solitaire qui l'intéresse. Il se verrait bien faire du Mini et devenir préparateur de bateau... <Je me suis retrouvé sur le trimaran Brossard, puis équipier sur Sodebo et Sopra.> Il rate sa qualification pour la transat 6,50 - grosse déception, inévitablement. Il court le TFV et parfois en double, en Figaro. Il y a trois ans, Ronan Treussart l'invite à faire la transat Ag2r avec lui...

A l'instinct Dans sa manière de naviguer, Marchand se considère plus proche des "anciens" du Figaro, que de la nouvelle génération, parce qu'il se dit plus instinctif que cartésien. Photo © Alexis Courcoux (Transat Bénodet - Martinique) Il finit par se présenter au Challenge Espoir Région Bretagne en 2010 et l'emporte, devenant bizuth sur un bateau qu'il connaît déjà bien. <Au fond, je voulais faire de la course au large, sans savoir comment on y arrivait, quelles étaient les étapes intermédiaires...>
Il intègre Port-Laf', s'habituant vite au fonctionnement du pôle où on lui offre un encadrement et lui apprend une méthode. Entre trois bouées, il n'en est pas moins libre de travailler comme il l'entend. <Chacun peut s'exercer sur ce qu'il veut.> De cette liberté et de cette autonomie, il a un gros besoin, mais ne sort jamais seul en Figaro, préférant cent fois embarquer comme équipier sur Sodebo ou sur un M34. <J'apprends plus sur le Figaro en navigant sur d'autres bateaux qu'en navigant tout seul en Figaro, justifie-t-il, avant d'ajouter pensivement... La voile n'est pas un sport où on reste tout seul.>

Marchand dit qu'il ferait bien le Vendée Globe, bien sûr, mais qu'il se sent trop jeune pour l'heure.
Ou plutôt qu'il aurait peur d'avoir tout fait et tout vu à 30 ans et de <ne plus avoir envie de rien.>
Il préfère prendre son temps, que l'on ne l'accuse pas d'être présomptueux et profiter de ce qu'il a. Faire cinq ou six saisons de Figaro lui irait parfaitement. Il veut d'abord tout apprendre, <ne pas brûler les étapes>... Mais il est très heureux de ne plus être bizuth. <La saison de bizuth ne ressemble à aucune autre. Mais ce statut à part en devient aliénant !>

Être un marin, plus qu'un régatier Oui, c'est bien la carte papier que Marchand a sorti pour son arrivée de nuit sur Fort-de-France : il joue sans ordinateur depuis plusieurs jours... Lui qui rêvait de faire ses preuves de marins, avant celles de régatier, finit 10e de sa première transat en solo, après avoir vécu bien des galères. Photo © Alexis Courcoux (Transat Bénodet - Martinique) Il navigue à l'instinct et se réclame de l'ancienne génération de Figaristes, plutôt que de la nouvelle, très cartésienne. Il voudrait la régularité de Gildas Morvan et la sérénité d'Erwan Tabarly. Il voudrait savoir gérer ses courses comme Jeanne Grégoire le fait, sachant quand se mettre dans le rouge et quand s'économiser pour finalement signer de fantastiques remontées.
Et aussi ne plus retenir de ses courses que ses erreurs. <Je suis trop exigeant avec moi-même. Mes réussites passent au second plan.>

Après l'aventure du cap Finisterre, la transat du skipper de Plérin n'a pas été plus tranquille.
Enchainement de galères : spis en lambeaux, maintes fois réparés, panne d'ordinateur, risque de démâtage à deux milles de l'arrivée.
Mais il se sort de tout, lui qui craignait de découvrir que finalement, il n'est pas fait pour la transat - <si c'est le cas, en course au large, on est mal> - et termine 10e (Marchand a ensuite, comme Nicolas Lunven et Francisco Lobato, écopé de 35 minutes de pénalité pour avoir embarqué un contenant de trop, en regard de la jauge Figaro, sans que cela change sonc lassement ; voir article ici, ndlr), l'éternel insatisfait prenant son propre contre-pied pour conclure sur le ponton qu'<en revanche, humainement c'était super.>

...........
Retrouvez ici Fabien Delahaye, dans le premier portrait de notre série dédiée à cette nouvelle génération de Figaristes, déboulée sur le circuit il y a quelques années et aujourd'hui plus que prête à bousculer la hiérarchie.

Ajoutez votre commentaire

Connectez-vous pour publier un commentaire.

Vous êtes abonné(e) ou vous avez déjà posté un commentaire identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?

Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)