Actualité à la Hune

Figariste nouvelle vague (3)

Yoann Richomme, le phénomène

  • Publié le : 27/05/2011 - 05:50

Yoann Richomme, 27 ans En 2010, Yoann Richomme a été décrit comme un phénomène, lui qui débarquait sur la Solitaire du Figaro en n'ayant jamais barré un bateau en course auparavant... Photo © Alexis Courcoux (Solitaire du Figaro) À l'école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s'imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée.

Marchand, Ruyant, Delahaye, Lagravière... De nouvelles têtes qui s'imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment.

Parmi eux, Yoann Richomme, 27 ans, a créé la sensation l'année passée en terminant 19e de la Solitaire alors qu'il n'avait jamais barré en course !

Lui a débarqué sur la Solitaire 2010 après quatre entrainements en Figaro et en n'ayant jamais barré un bateau en régate de sa vie. Quand on sait le niveau de cette épreuve et l'investissement des gars qui la courent, il y a de quoi blêmir. Mais Yoann Richomme, 27 ans, vous dit : <Les gens qui me connaissaient savaient de quoi j'étais capable.>

Extrait du palmarès de Yoann Richomme

2010
> 19e de la Solitaire du Figaro, 2e bizuth
> 4e du mondial Farr 30
> 3e duSpi Ouest France (IRC1)

2009
> 5e du TFV
> 2e de l'ARC
> 3e à Saint-Pétersbourg, grade 1 de match-race

2008
> 1er de la Copa del Rey (IRC 0)
> 7e du mondial J80

2005
> Champion de France Espoir de Voile habitable

Plus de résultats, ici.

Ah. Un garçon fat ? Non. Son discours est trop souvent ponctué d'un bon gros rire potache. Un doux rêveur, en revanche... Bien possible.

En tout cas, faut croire que y'avait pas tant de monde que ça qui le connaissait, Richomme, parce qu'après quelques jours qu'il menait la première étape de ladite Solitaire, il a tout de suite été qualifié de <phénomène Richomme>.
Car son CV nautique est vite lu. Un cours aux Glénans, peut-être cinq ou six stages FFV l'été, quelques sorties en dériveur sur le lac de Saint-Quentin... La famille qui migre deux ans aux Etats-Unis, où il navigue sur le Sun Odyssey 33 paternel - ensemble, ils font la transat retour. Voilà.

De voile, il est quand même mordu. Mais pour la compétition, c'est autre chose. A Philadelphie, il pratique certes le football, la lutte et le lacrosse - sport d'origine amérindienne, <l'un des meilleurs que je connaisse> dixit l'intéressé avant de le rapprocher de la chasse aux papillons, rapport aux épuisettes que les participants se trimballent sur la pelouse. (Quoiqu'en fait de romantisme, ils soient fagotés comme des joueurs de football américain et ne se comportent pas différemment.) Mais pour ce qui est de la voile de compétition, nada.

Transmission des savoirs Richomme explique que c'est en ayant été préparateur des bateaux de Lunven et de Caudrelier qu'il a beaucoup appris. Dès qu'il est arrivé sur son Figaro DLBC, il a su quels gestes faire. Photo © Guillaume Grange (DLBC) De retour en Europe, il part s'inscrire en informatique à l'université de Southampton ; l'avant-veille de la rentrée, il décide de changer de cap. Il sera architecte naval. Rencontrant d'autres Français sur le campus, il en profite pour monter son premier projet étudiant pour le Tour de France à la Voile. Trois autres suivront. En 2005, il termine 13e et manque de peu la victoire étudiante. Le voilà coureur en dilettante. Au poste de numéro 1 ou à celui de régleur, jamais à la barre.

Sorti diplômé de Southampton - <Je sais pas comment.> -, il profite d'un coup de pouce pour faire un stage de trois mois chez Véolia, sur le projet de Roland Jourdain. <Ma seule envie était de travailler pour la course.> Il se diversifie. Il se retrouve préparateur des Figaros de Nicolas Lunven et Charles Caudrelier. <D'avoir travaillé pour eux pendant une saison est ce qui m'a le plus apporté. Ils n'étaient pas du tout donneurs de leçons, mais moi j'étais une véritable éponge.>

Partenaire enthousiaste Pour sa première Solitaire, DLBC avait donné un coup de pouce à Richomme : 20 000 euros, un petit budget sur ce circuit. Mais l'enthousiasme a poussé le partenaire à miser à nouveau, et davantage, sur lui pour 2011. Chapeau, car ce n'est pas si fréquent que ça ! Photo © Guillaume Grange (DLBC) En Espagne, au terme de la première étape, il arrive finalement 7e. S'il n'a pas gardé la tête, Richomme a quand même fichtrement résisté et s'octroie un temps la première place du classement des bizuths.
Il n'avait jamais barré un Figaro, c'est vrai, mais n'en passait pas moins 150 à 200 jours par an sur l'eau, sur d'autres supports. <Parce qu'à côté de Nico et Charles, j'avais bien vu que je n'étais pas du tout à niveau et ai travaillé dur pendant quatre ans.>

Il termine 19e de cette Solitaire, 2e bizuth, derrière Anthony Marchand. Il avait pensé finir dans les trente ; il a vécu un moment de grâce. Pourquoi a-t-il régulièrement reculé ? Le rythme, la fatigue ? Non, il a beaucoup dormi. Mais des erreurs dues à sa méconnaissance du bateau - le reaching sous foc dans la brise lui laisse un souvenir tenace. <Même si j'étais bien et n'hésitais pas à tenter des coups, dès que cela devenait océanique, j'avais du mal. Et dès qu'on était en côtier, je me gavais - enfin, pas par rapport aux dix premiers... -, car avec mes cinq TFV, les petits coups à la côte, je les connais.>

Quelques mois plus tard, il est pris au pôle de Port-La-Forêt. <J'ai immédiatement acheté le bateau de Corentin Douguet.>
Fini (ou presque), le temps où il se laissait doubler par ses adversaires pour mieux copier leurs réglages. Il entre dans le saint des saints et s'enthousiasme pour la quantité et la qualité des navs' : <Ah ! J'ai été gâté ! Je ne me suis pris que des bâches pendant trois mois !> Jean-Yves Bernot, David Lanier et Christian Le Pape sont ses nouveaux professeurs. Les manoeuvres, les réglages, la vitesse, la conduite, la météo, la navigation... Il progresse partout où finalement il ne connaissait pas grand chose. <Et puis, il y a la stabilité que ça m'apporte, le fait que cela me libère pour naviguer alors que j'ai mon boulot de revendeur Quantum à Carnac et surtout, le côté grande famille.>

Il court, il court Avec son physique de Quaterback, Richomme dénote un peu dans la flotte des Figaristes, plutôt fins et secs, mais ne manque pas de ressort. Photo © Guillaume Grange (DLBC) Richomme n'est pas bavard, c'est un moulin à paroles. Il ne débite pas particulièrement vite, mais de manière continue, ne laissant aucun interstice dans la conversation. Il semble sans pudeur, mais reste drôle. Pendant la première étape de la Solitaire, il a tellement jacassé avec Alexis Loison et Nicolas Jossier qu'un concurrent - <Je ne dirai pas lequel.> - lui a demandé d'oublier un peu la VHF. <Mais je ne suis pas du tout un solitaire !>, s'écrie-t-il comme un enfant qui se défend d'avoir fait une grosse bêtise. <Sur l'eau, j'écoute la radio pour faire passer les moments longs, d'ennui, que je peux avoir... De temps en temps, je me demande ce que je viens chercher là-dedans... La régate, le combat, c'est la réponse facile, mais en même temps, cela m'ennuie parfois.>

Marge de progression En entrant cette année au pôle de Port-Laf', Richomme a pu enchaîner les entraînements et acquérir davantage d'aisance dans la conduite du bateau et dans tout ce qui est nav'. Photo © Guillaume Grange (DLBC) Que voudrait-il faire d'autre ? Il ne sait trop que répondre. <J'ai la chance de faire en parallèle la saison en Class 40 avec Damien Seguin. (Ils ont pris le départ de la Normandy Channel Race ensemble, dimanche dernier, ndlr. Voir les résultats ici.) Je ferais bien la Route du Rhum 2014 en Class 40. Ou revenir à l'équipage ? Je fais le Tour, cet été, avec Jimmy Pahun. Je ne suis pas un solitaire. C'est juste que je ne voulais pas me réveiller un matin, à 40-45 ans et me rendre compte que je ne l'avais pas fait.>

Entre deux hésitations sur son être et son devenir, Richomme rêve du profil d'Armel Le Cléac'h, pensant tout haut qu'<il y a de la marge pour y arriver ! Un numéro pareil, c'est quand même rare.> Ressembler à Nicolas Lunven, François Gabart, Fabien Delahaye, pour leur progression constante et leur capacité, ou à Erwan Tabarly pour sa manière de naviguer, lui irait bien aussi. <Être un bon Figariste, c'est savoir oser parfois et savoir se retenir quand il faut.> Il ajoute que <les meilleurs ont un esprit de simplification> et, sans penser se vanter, enchaîne en racontant que les copains qui montent sur son Figaro lui disent <Putain, y'a rien sur ton bateau !> Résultat, il se dit déjà prêt pour la grande course de l'été car au fond, il <aime de plus en plus ça.>

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Retrouvez ci-dessous les précédents portrait de notre série dédiée aux Figaristes de la nouvelle génération.
<Fabien Delahaye, le garçon rigoureux>, ici.
<Anthony Marchand, l'éternel insatisfait>, ici.