Note :
Thomas Ruyant entre cette année, à 30 ans, dans le circuit Figaro, en tant que bizuth, alors qu'il a déjà remporté une Mini transat et la Route du Rhum en Clas 40. "Il y a toujours à apprendre, surtout en Figaro", note-t-il joyeusement.
Photo © Thierry Martinez (Faber France)
À l'école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s'imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée.
Lobato, Delahaye, Marchand, Richomme... De nouvelles têtes qui s'imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment.
Parmi eux, Thomas Ruyant, 30 ans, débarque sur le circuit alors qu'il a déjà remporté deux transats !
A 30 ans, Thomas Ruyant s'apprête à entrer dans le classement bizuth du Figaro 2011, presque comme s'il régularisait sa situation administrative.
Il n'a effectivement commencé à courir en Figaro qu'en début d'année, mais a remporté cet automne la Route du Rhum en Class 40 - après avoir écrasé toute la saison de sa domination - et l'année précédente, la Mini Transat. Alors il est bizuth, certes, mais bien loin d'être un bleu.
Après le Rhum, Ruyant est passé en Figaro dans l'attente de trouver le budget qui lui ouvrira les portes du Vendée Globe, son rêve ultime.
Photo © Jean-Marie Liot (Destination Dunkerque)
Le cas se produit parfois. En 2010, c'était le Suisse Bernard Stamm qui se lançait ce défi alors qu'il avait déjà fait tours du monde et transats. Mais dans la jeune génération, une trajectoire qui saute la case Figaro est plus rare, les sponsors hésitant à soutenir d'emblée les projets les plus ambitieux.
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Extrait du palmarès de Thomas Ruyant |
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2011 2010 2009 2008 |
Thomas Ruyant, c'est un tout petit gabarit. Un gars de 66 kilos, sec comme un coup de trique, cheveux blonds et yeux verts, tout pour faire l'illusion. Sauf qu'il a été formé à la castagne. Gamin, ce n'est pas à tirer des bords en Opti, qu'il apprend. Non, c'est à manier la crosse. Dès c'est 5 ans, il descend sur la glace pour jouer au hockey dans une équipe junior qui finira championne de France. Il arrête à 15 ans, alors que les courses de fond et le triathlon sont devenus ses petits bonheurs. Hum, vous voyez le genre.
Sa victoire sur la Mini Transat, il y a deux ans à peine, compte comme la grande première du palmarès de voileux de Ruyant.
Photo © Thierry Martinez (Faber France)
Lorsqu'on lui demande quelles sont les passerelles entre ces sports et la voile, le p'tit gars du Nord rigole franchement. <La voile, c'est venu comme ça.>
Quelques croisières avec les amis de ses parents, quelques stages l'été, deux ans de Laser Radial qu'il a trouvé sympas. <Ce que j'ai vraiment aimé, c'est les premiers bords de Class 8, d'aller toujours plus loin.> C'est donc l'appel du large qui a eu raison de lui.
Il découvre le Mini. En 2007, il termine 24e de sa première transat. En 2009, il fait une traversée du Pot-au-Noir impeccable (voir notre article ici) et remporte l'épreuve mythique.
Les choses ne se sont évidemment pas faites par hasard. Non content d'être dur au mal, exigeant avec lui-même et doué d'une invraisemblable "gnak", Ruyant a pris l'habitude de tout prévoir, tout planifier pour ne laisser aucune place au hasard. <Je réfléchis très en amont des choses. Par exemple, avant même le départ d'une course, je sais déjà à quels moments je vais aller dormir.>
Élevé à la dure - comprendre qu'il a pratiqué des sports violents -, Ruyant est connu pour être très résistant physiquement et moralement, et dur au mal. En 2010, son passage express en Class 40 l'a conduit à une victoire sur le Rhum. Impressionnant.
Photo © Laurent Vidal (Communauté Urbaine de Dunkerque)
Ruyant s'entraîne à Lorient avec Adrien Hardy, David Sineau et Isabelle Joschke. Ex-Ministes, tout quatre sont <des gens qui en veulent beaucoup, endurants>, qui partagent une certaine communauté de pensée... Et un entraineur : Tanguy Leglatin.
Dans le milieu de la course au large, il est assez rare qu'un coach soit mis en avant, pourtant Ruyant se prive rarement de l'associer à ses performances. <Parce que c'est le meilleur entraineur de France, justifie-t-il. Il n'est pas un coureur frustré ; il a une réelle fibre de l'entraineur et pousse très loin la réflexion sur son métier.> (Tanguy Leglatin est diplômé de Staps, ndlr.)
S'entraîner en-dehors du Pôle France de Course au Large est tout aussi incongru. <Là-bas, il y a tous les meilleurs skippers, mais je ne suis pas sûr qu'il y ait une même qualité d'échange.> Leglatin est un excellent oeil extérieur et a cette capacité à tout faire dire à ses coureurs. <Cela permet de progresser très vite, surtout pour un bizuth comme moi. Après, peut-être que dans trois ans, c'est à Port-la-Forêt qu'il faudra que j'aille.>
Victime d'une mauvaise chute dans son Figaro et blessé au dos, Ruyant n'a pas couru une super Generali Solo, début juin, en Méditerranée.
Photo © Jean-Marie Liot (Generali Solo)
Du reste, le skipper de Destination Dunkerque est assez content de son début de saison. <Je suis à l'aise dans le bateau et ai une bonne vitesse.>
Sur la Solo-les-Sables, il termine 6e sur 25, 1er bizuth, juste devant Morgan Lagravière. Abandon sur la Solo Concarneau. Et sur la Generali Solo, il finit dernier, blessé au dos après une chute, et forcément déçu.
Comme quoi, un passage en Figaro n'est une formalité pour personne. <Après ma victoire sur la transat en 2009, la logique était évidemment que je passe en Figaro, mais la discussion avec mes partenaires m'a d'abord poussé vers le Rhum. Venir au Figaro après coup ne pose aucun problème : le niveau dans la série est tel qu'on a toujours intérêt à y aller et même à y revenir !>
<Être bizuth, c'est un repère important - surtout quand il y a des marins de la qualité de ceux de cette année. Il y a encore un peu de boulot, mais je me sens dans le coup pour la Solitaire.> Il dit manquer encore d'aisance dans les phases de contact, qu'il s'agisse de ses placements par rapport aux adversaires, comme de sa rapidité à trouver ses réglages. <Être au contact, cela pousse à se soucier des détails, à pousser plus loin les choses, à être plus précis. Mais c'est un aspect intéressant de la régate. Faire des bananes en Figaro, c'est génial !>
Ruyant n'est pas franchement du genre à se prendre la tête - <Des mecs qui ont gagné des courses, il y en a d'autres en Figaro>. Lorsqu'il explique quelque chose, il le fait d'une voix si calme et avec une telle conviction qu'il paraît difficile de douter de lui. <Je pense que la voile, c'est assez psycho>, confie-t-il, avant de décrire une personnalité sur l'eau bien différente de celle qu'il peut montrer à terre.
Parmi les Figaristes, Nicolas Lunven l'impressionne le plus, parce qu'il reste incroyablement serein sur l'eau. Plus globalement, il apprécie des mecs comme Francis Joyon, Thomas Coville, Roland Jourdain et Yann Eliès, <qui, malgré les apparences, ne sont pas si différents les uns des autres. C'est ce qu'ils sont en tant que personnes, que j'apprécie, parce qu'ils sont restés accessibles.> Ces jours-ci, il y a aussi Jo-Wilfried Tsonga, parce que sa qualification en demi de Wimbledon a eu quelque chose d'euphorique.
Ruyant est avant tout un sportif, un athlète qui aurait probablement réussi dans n'importe quelle discipline (c'est du reste ce qu'il a fait jusqu'ici), mais qui s'est pris à rêver. Il voudrait faire le Vendée Globe et ricane : <Si l'on m'avait proposé un budget pour l'IMOCA après le Rhum, je ne serais pas venu naviguer ici !> Hélas, ses partenaires actuels ne peuvent pas lui offrir le budget nécessaire. Alors en attendant, c'est Figaro.
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Retrouvez ci-dessous les précédents portraits de notre série dédiée aux Figaristes de la nouvelle génération.
<Fabien Delahaye, le garçon rigoureux>, ici.
<Anthony Marchand, l'éternel insatisfait>, ici.
<Yoann Richomme, le phénomène>, ici.
<Francisco Lobato, le seul marin portugais>, ici.
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30/06/2011 - 00:02
Figaro : Thomas à la noce
Traîne d’écume et mariage de saison. Vainqueur de la Transat 6.50 en mini, vainqueur de la Route du Rhum en Class 40, visant le Vendée Globe en 60 IMOCA, Thomas Ruyant poursuit ses fiançailles avec la régate en Figaro Bénéteau 2. Objectif 2011 : remporter le classement des bizuths de la Solitaire.
23/12/2010 - 06:11
Thomas Ruyant, ou l’histoire d’une trajectoire fulgurante
22/07/2010 - 07:56
Thomas Ruyant : «Certes, j’ai gagné les premières courses de la saison…»
En quelques mois, il a raflé tous les événements de la Class40 auxquels il a participé. Thomas Ruyant, le p'tit gars du Nord, a plutôt bien réussi sa reconversion depuis le Mini ! Dès demain, il disputera son premier championnat du monde en équipage de la classe, à Gij
13/05/2010 - 07:45
Ruyant : attention, client méchant !
Thomas Ruyant, c’est, à 29 ans, un palmarès déjà souriant : Transat 6,50 2009, Spi Ouest-France et Tour de France à la voile 2009… Voici le Nordiste à la barre d’un Class 40 Verdier, Destination Dunkerque. Et, au Grand Prix Douarnenez, Ruyant a déjà montré qu’il était un méchant client pour le Rhum.
13/04/2010 - 15:13
Thomas Ruyant prend un nouveau départ sur Class 40 !
Thomas Ruyant, vainqueur l’année dernière de la Transat 6,50, s’attaque à présent à la Route du Rhum. Il prendra le départ de cette course mythique le 31 octobre 2010 sur un Class 40.