Actualité à la Hune

Figariste nouvelle vague (6)

Morgan Lagravière, le lion en cage

  • Note :

    1 votes
  • 0 commentaire(s)
  • 4400 consultation(s)
  • Publié le : 13/08/2011 - 00:13

Morgan Lagravière Cramé, mais comblé, Lagravière a signé sa première victoire d'étape sur la Generali Solo, en juin, quelques mois seulement après être parti de zéro, en Figaro. Une performance qui n'est pas passée inaperçue. Photo © Jean-Marie Liot (Generali Solo) À l'école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s'imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée.

Ruyant, Delahaye, Marchand... De nouvelles têtes qui s'imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment.

Parmi eux, Morgan Lagravière, 24 ans, affiche l'un des plus gros palmarès parmi les coureurs reconvertis de l'olympisme.


<Il y a deux mois, je ne savais pas où étaient le raz de Sein ni le raz Blanchard>
, confesse Morgan Lagravière, 24 ans, sans rougir. Pourquoi rougir ? Le skipper de Vendée vient d'un monde où la focalisation sur l'objectif tient de la compulsion et où les lacunes qui ne menacent pas la performance sont sans importance : l'olympisme.

Et en matière de performance, le garçon châtain aux yeux verts a eu son lot. Il est encore ado quand, avec Noé Delpech (qui court aujourd'hui avec Julien D'Ortoli), il lâche le 420 pour s'essayer au 49er.
N'a que 19 ans lorsqu'il est recruté par Stéphane Chrisitidis (actuellement équipier d'Emmanuel Dyen) pour courir la sélection pour les Jeux de Pékin et signe en Equipe de France. L'équipage entre dans les dix meilleurs mondiaux en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, mais ne prend pas le ticket olympique.
Après une réorganisation des équipages, Lagravière rempile avec Yann Rocherieux (équipier sélectionné aux Jeux en 2008, avec Dyen) pour 2012 et reste au top.

Horizon rêvé Naviguant entre euphorie et esprit pragmatique, Lagravière vit le Figaro comme une nouvelle naissance, tâchant d'exploiter ses atouts et d'éviter de reproduire ses erreurs du passé. Photo © Barbara Bernard (La septième vague) Tout ça se passe en quatre saisons, pourtant le coureur se lasse déjà. Lagravière est sujet à l'ennui ; la routine l'endort avant de l'angoisser.

<En 2010, j'ai commencé à être malade sur les épreuves, sans raison, et le sentiment de plafonner me harcelait.>

Avant même le début des sélections pour Londres, il plaque le skiff pour faire un break, prendre une année pour voir autre chose...

C'est presque par hasard qu'il se présente à la sélection du Vendée Challenge. Il ne pense pas sérieusement à faire du Figaro. Mais il est pris. Contrat de deux ans avec bateau. Va pour deux ans. Va pour l'aventure.

Extrait du palmarès de Morgan Lagravière

2011
> 6e de la Generali Solo

2010
> 13e du mondial 49er
> 8e de l'européen

2009
> 6e du mondial 49er
> 6e de la SOF

2008
> 12e de l'européen 49e
r

2007
> 4e de l'européen 49er

2003
> Champion de France de 420
> 3e du mondial jeune 420

Lagravière est habitué à déménager en fonction de ses ambitions sur l'eau : à 17 ans, il a quitté sa Réunion natale pour Antibes et deux ans plus tard, il s'installait à Marseille où il est resté cinq ans. Lorsqu'on interroge Lagravière sur ses racines, il ne sait trop que répondre.

L'hypothèse la plus vraisemblable est qu'elles se trouvent quelque part en mer. Car, au risque d'écrire une formule éculée, Lagravière est habité par sa discipline. Il vit, mange, dort et pense voile depuis son plus jeune âge, ce qui en plus d'exciter régulièrement sa bougeotte, a fait de lui un coureur doué et un sportif de première. Lagravière a donc une parfaite connaissance de lui-même, exprimant cette qualité propre aux plus grands de savoir s'évaluer avec une extrême justesse, sans jamais souffrir de complexe ni grimer la réalité.

Il raconte : <Au début, je me faisais tout un monde de maîtriser tout seul un bateau de 10 m, sur lequel il y a du boulot pour cinq personnes. J'avais peur de me retrouver tout seul au large et de devoir faire mes choix stratégiques.> Mais au pôle de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, où il a pris ses quartiers cet hiver, il profite d'une petite structure où les échanges avec Frédéric Rivet et Arnaud Godart-Philippe lui <apportent tout ce dont [il a] besoin.>

Coup de mou Apprendre à s'économiser pour tenir la distance sur les courses longues... Mhm, ça c'est un défi ! Photo © Jean-Marie Liot (Generali Solo) Ses premières inquiétudes s'estompent. <En anticipant beaucoup, je suis assez vite arrivé à maîtriser mon Figaro. Avec quelques connaissances météo et l'aide de l'informatique, sortir une belle nav' n'est pas si difficile... Et puis, la flotte navigue très regroupée ! Ça ressemble finalement beaucoup à l'olympisme. Pendant une cinquantaine d'heures d'affilée.>

Lagravière court deux courses en début de saison et figure plutôt bien. C'est sur la Generali Solo, disputée en Méditerranée début juin, qu'il marque les esprits. Après avoir brillé sur les petits parcours disputés à Marseille - le format lui convient bien, il connaît bien la baie -, il remporte l'étape jusqu'à Leucate. <Là, tu te dis : il est bon, le gars ! Impressionnant de vérité>, dira Gildas Morvan. (Voir l'article en question, ici.)

De fait, Lagravière a laissé à ses équipiers de 49er le souvenir d'un mec super et d'un barreur en or... au caractère quasi impossible. <En double, en équipage, j'ai tendance à exiger beaucoup des gens... En Figaro, je me suis rendu compte que je m'en sortais mieux. Je suis beaucoup plus productif. Même si j'ai encore peu de recul, j'ai le sentiment que le solitaire me va mieux.>

Garçon impatient La Vendée a offert un contrat de deux ans à Lagravière, le temps pour lui de se gaver d'apprentissage. Et peut-être la bonne durée pour lui épargner une routine qui le perd. Photo © Jean-Marie Liot (Generali Solo) La suite de la Generali est plus difficile, parce que l'endurance et une bonne gestion de son propre rythme lui ont fait défaut, mais il remporte le classement bizuth devant Thomas Ruyant, en terminant 6e. De bon augure pour la suite ?

<Je pense qu'il est plus facile de travailler le large, d'apprendre à s'alimenter et à se reposer quand on vient de l'olympisme, que pour les Figaristes de se faire aux petits parcours et aux phases de départ... Mais ce n'est pas dans la comparaison que je suis le plus performant, même si ça viendra forcément. La Solitaire, je l'aborde plus comme une aventure. Arriver au bout, c'est ça qui m'importe.>

Sur la première étape de la Solitaire, il a terminé vingt-et-unième, près de trois-quarts d'heure après Fabien Delahaye. Sur la deuxième, il sera 6e et 1er bizuth, après avoir réalisé un superbe final sur les derniers milles d'un parcours éprouvant.
Voilà. L'histoire de Lagravière en tant que Figariste en est là. Le skipper est heureux de son sort.
Le professionnalisme des Figaristes l'impressionne. L'ambiance qui règne sur les pontons le ravit. Surtout, l'écho médiatique de la course au large lui offre enfin une reconnaissance, celle-là même que ses années olympiques, quels qu'aient pu être ses résultats, ne lui ont jamais offert.

Pour autant, le coureur recruté par le Vendée Challenge n'envisage pas son passage en Figaro comme la plupart de ses congénères. Faire carrière dans cette série ne l'intéresse pas plus que ça. Son contrat est signé pour deux saisons.
Courir deux saisons en Figaro est donc une perspective qui lui va.
Peut-être aussi parce que deux ans est la durée qui lui va le mieux, dans l'absolu. Avant qu'il ne commence à tourner comme un lion en cage.
Et après ? Après... Le MOD 70 pourrait être ce qui l'exciterait le plus. <Programme hyper intéressant, bateau qui a l'air génial.> Car nouveauté et adrénaline sont le seul salut de Lagravière. <J'aime la position d'outsider. J'aime apprendre.>

...........
Retrouvez ci-dessous les précédents portraits de notre série dédiée aux Figaristes de la nouvelle génération.
<Fabien Delahaye, le garçon rigoureux>, ici.
<Anthony Marchand, l'éternel insatisfait>, ici.
<Yoann Richomme, le phénomène>, ici.
<Francisco Lobato, le seul marin portugais>, ici.
<Thomas Ruyant, le dur au mal>, ici.

Ajoutez votre commentaire

Connectez-vous pour publier un commentaire.

Vous êtes abonné(e) ou vous avez déjà posté un commentaire identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?

Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)

En complément

  1. vend eacute;e globe, r ecirc;ve ultime 26/07/2011 - 00:12 Figariste nouvelle vague (5) Thomas Ruyant, le dur au mal À l’école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s’imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée. Lobato, Delahaye, Marchand, Richomme… De nouvelles têtes qui s’imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment. Parmi eux, Thomas Ruyant, 30 ans, débarque sur le circuit alors qu’il a déjà remporté deux transats !
  2. roi du portant 06/06/2011 - 00:01 Figariste nouvelle vague (4) Francisco Lobato, le seul solitaire portugais À l’école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s’imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée. Delahaye, Lagravière, Marchand, Richomme… De nouvelles têtes qui s’imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment. Parmi eux, Francisco Lobato, 26 ans, ferraille actuellement sur la Generali Solo, l’épreuve méditerranéenne des Figaristes.
  3. transmission des savoirs 27/05/2011 - 05:50 Figariste nouvelle vague (3) Yoann Richomme, le phénomène À l’école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s’imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée. Marchand, Ruyant, Delahaye, Lagravière… De nouvelles têtes qui s’imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment. Parmi eux, Yoann Richomme, 27 ans, a créé la sensation l’année passée en terminant 19e de la Solitaire alors qu’il n’avait jamais barré en course !
  4. eclectisme 10/05/2011 - 05:17 Figariste nouvelle vague (2) Anthony Marchand, l’éternel insatisfait À l’école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s’imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée. Lobato, Delahaye, Richomme, Ruyant… De nouvelles têtes qui s’imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment. Parmi eux, Anthony Marchand, 26 ans, vient de terminer 10e de la Bénodet-Martinique, sa première transat en solo…
  5. fabien delahaye, 25 ans 09/04/2011 - 00:14 Figariste nouvelle vague (1) Fabien Delahaye, le garçon rigoureux À l’école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s’imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée. Lobato, Marchand, Richomme, Ruyant… De nouvelles têtes qui s’imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment. Parmi eux, Fabien Delahaye, 25 ans, prend ce week-end le départ de la transat Bénodet-Martinique.