Actualité à la Hune

Figariste nouvelle vague (4)

Francisco Lobato, le seul solitaire portugais

  • Note :

    1 votes
  • 0 commentaire(s)
  • 3977 consultation(s)
  • Publié le : 06/06/2011 - 00:01

Roi du portant Depuis qu'il a commencé à naviguer en Mini, Lobato a la réputation d'être le roi du portant. Lui dit qu'il a toujours aimé ça et a toujours été bon, même en Opti. Photo © João Ferrand (JFF / Roff) À l'école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s'imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée.
Delahaye, Lagravière, Marchand, Richomme... De nouvelles têtes qui s'imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment.
Parmi eux, Francisco Lobato, 26 ans, ferraille actuellement sur la Generali Solo, l'épreuve méditerranéenne des Figaristes.

Transat Bénodet - Martinique : 8e Jusqu'à ce que Lobato remporte la Mini Transat en Série, le Portugal ne comptait aucun coureur au large en solitaire. Maintenant, à mesure qu'il progresse dans le classement, son nom est plus connu. Photo © Alexis Courcoux (Transat Bénodet - Martinique) Francisco Lobato est de Lisbonne. OK, sa famille a toujours navigué - son grand-père Luis a été l'un des propriétaires du côtre Jolie Brise - et lui régate en dériveur depuis qu'il est gamin. Mais au Portugal, la course au large, ça n'existe pas.

C'est donc difficile de comprendre comment Lobato, qui dans les années 2000 est sous contrat avec sa Fédération, en tant que partenaire d'entraînement de Gustavo Lima, l'un des meilleurs Laséristes mondiaux en course pour les Jeux d'Athènes, peut se retrouver sur une ligne de départ de Figaro, quelques années plus tard, et compter parmi les skippers dangereux.

L'explication fait un peu rougir : <Je lisais beaucoup de revues de voile, en particulier Voiles et Voiliers. En 2003, il y a eu cet article sur la Mini Transat de publier... Avec mon père, on a beaucoup discuté.> Dans ce verbe <discuter>, il y a semble-t-il autant de questions pragmatiques que de passion réveillée et, alors que la préparation des Jeux de Pékin commence à se dessiner et qu'il est temps de signer les nouveaux contrats, Lobato se lance dans l'aventure Mini avec un bateau de série, un Finot Pogo d'occasion.

<Tout le monde me disait : "Ne fais pas ça". Même mes amis, même ma famille.> Et de fait, le Portugais se retrouve totalement seul. Aucune aide de sa Fédération, aucun sponsor qui s'y intéresse - <Comment les gens pourraient-ils s'intéresser à quelque chose qu'ils ne connaissent pas du tout ?> -, aucune référence, aucun skipper avec qui discuter. <En France, il y a une grosse culture de la course au large, mais au Portugal, ce n'est pas du tout facile. Même les tout petits détails, je les ai découverts tout seul.>

Extrait du palmarès de Francisco Lobato

2011
> 8e de la Transat Bénodet-Martinique

2010
> 12e de la WOW Cap Istanbul
> 37e de la Solitaire du Figaro

2009
> Vainqueur en Série de la Transat Mini 6.50

2008
> Vainqueur de la course Les Sables - Les Açores - les Sables

2004
> 100e du classement mondial Laser
> 3e du championnat d'Europe de Laser Sub21
> 1er du chanmpionnat Centre sud américain de Laser Sub 21

1999
> 19e du championnat du monde d'Optimist

Plus de résultats, ici.

Il enchaîne les sorties en solitaire et dégueule à l'envi, le mal de mer étant son apprentissage le plus douloureux. Apprivoiser l'électronique, la vie en mer et son rythme n'est pas tellement plus facile.
En 2006, il trouve enfin son sponsor et débarque à Lorient juste avant le début du calendrier ; il fait quelques navs' avec Tanguy Leglatin et termine sa saison sur une 2e place sur la Les Sables - Les Açores - Les Sables.

En 2007, il s'entraîne pendant deux mois avec l'un des plus forts de la série à l'époque : Pierre-Yves Lautrou, l'auteur-même du vécu Mini Transat qui avait fait basculer Lobato dans la passion, en 2003... Lobato termine 9e sa première Mini Transat.

Deux ans plus tard, il la gagne en Série. Cette performance est d'autant plus belle que Lobato a réalisé une sorte d'exploit durant la première étape, terminant 2e du classement scratch après une descente infernale dans la baston. Lobato est bon au portant. Il ne sait pas si cela lui vient du Laser ou de ses autres années de dériveur, mais il reconnaît qu'il a toujours été bon. Cela devient sa marque de fabrique.

Francisco Lobato, 26 ans Francisco Lobato faisait du Laser dans son équipe nationale quand il a décidé qu'il deviendrait coureur au large. Une activité inconnue, au Portugal, qui lui a valu d'apprendre tout seul, d'abord en Mini avant de passer en Figaro l'année dernière. Photo © João Ferrand (JFF / Roff) <Si j'avais encore fini 10e de cette transat, j'aurais probablement arrêté. Mais au Portugal, cette victoire a eu un gros écho, ce qui a poussé les sponsors à continuer de me soutenir... En mars 2010, j'ai enfin posé mon sac à Port-La-Forêt. Roff m'avait acheté un Figaro.>

Lobato maîtrise parfaitement le français, mais sa diction un peu lente et monocorde gomme ses émotions. Il passe pour calme. On sent pourtant la tension et le stress bouillir en dessous.

En mer, on pardonne ses absences pour mieux saluer ses coups de maître ; bizuth de la Solitaire, il termine dernier de la première étape et 25e de la dernière, 6e et 9e des deux autres... Bref, il est irrégulier et se classe 37e sur 45. La WOW Cap Istanbul est un peu du même genre, mais lui a le sentiment d'avoir progressé... <Je voulais toujours faire de gros coups, pour gagner beaucoup... Maintenant, j'essaie de changer ma façon de faire et de rester davantage au contact. En Figaro, il faut gagner petit.>

Jouer petit Capable du pire comme du meilleur, Lobato dit devoir apprendre à jouer moins gros, pour éviter les dégringolades. Sur la WOW Cap Istanbul, il termine finalement 12e sur 26. Photo © Jacques Vapillon (WOW Cap Istanbul) Cet hiver, il s'est beaucoup entraîné, parce qu'il trouvait que les autres ne naviguaient pas suffisamment. Résultat, sur la Transat Bénodet-Martinique, coup de pompe. (Il finit 8e.) Comme quoi, il n'y a pas de hasard, même si Lobato semble bien aimer faire ses propres expériences. <Bien sûr, que Morvan et Tabarly naviguent moins, c'est logique, parce qu'ils ont déjà de l'avance. Mais moi, j'ai besoin d'entraînement si je veux les rattraper !>

Le Portugais se dit <assez persistant>. Ou <têtu>, c'est selon. Avoir gardé de ses années de Laser son aisance tactique et sa <capacité à souffrir.> Ce qui le fait rire.

Nicolas Lunven est souvent son partenaire d'entraînement, bien qu'il pense ne pas lui ressembler beaucoup. Si ce n'est pour tout ce qui est rigueur.

Lobato passe tout en fiches, qu'il se récite avant chaque manoeuvre. <Tout ce qu'on fait en mer doit être réfléchi et utile.> Il espère être calé d'ici un an... <J'aimerais bien avoir des résultats en Figaro, même si ça doit prendre plus de trois saisons.> En revanche, il compte naviguer sur d'autres supports, plus <Michel Desjoyeaux> dans l'âme que <Gildas Morvan>.

Arrivé à Marseille quelques heures seulement avant le début de la Generali Solo, Lobato semble en pleine forme, regonflé par sa participation à l'Audi MedCup à Cascais, sur le Soto 40 XXII Portugese Sailing Team. Il retourne souvent au Portugal... Et quand il évoque Port-La-Forêt, sa voix devient carrément morne. <C'est super beau, Port-La-Forêt ! Mais la ville est tellement vide, surtout l'hiver, que c'en devient oppressant !> Il a du mal à décrypter ce malaise, lui qui est plutôt solitaire...

Il n'est pourtant pas difficile de comprendre que c'est le mal du pays qui le ronge... Lobato rêvait de large et de départ. Et alors qu'il se trouve en passe de réussir son défi, il est clair que ni les réticences des siens, ni le mal de mer, ni la concurrence n'ont été le plus dur. Le plus dur pour devenir le seul coureur solitaire au large portugais, c'est de s'expatrier. Mais le Portugais rentrera bientôt chez lui en héros.

...........
Retrouvez ci-dessous les précédents portraits de notre série dédiée aux Figaristes de la nouvelle génération.
<Fabien Delahaye, le garçon rigoureux>, ici.
<Anthony Marchand, l'éternel insatisfait>, ici.
<Yoann Richomme, le phénomène>, ici.

Ajoutez votre commentaire

Connectez-vous pour publier un commentaire.

Vous êtes abonné(e) ou vous avez déjà posté un commentaire identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?

Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)

En complément

  1. pavant, vainqueur en 2006 03/06/2011 - 05:09 Generali Solo 2011 Ça va faire mal à la tête Epreuve longue et physique, pouvant causer quelques migraines aux Figaristes... La Generali Solo n'est certainement pas toxique, mais coriace, ça oui. La deuxième course comptant pour le Championnat de France Solitaire de Course au large est un savant mélange de parcours offshore, de bananes et de petits côtiers. Les Lunven, Delahaye, Morvan, Lobato, Delahaye et autres cadors vont se déchirer.
  2. transmission des savoirs 27/05/2011 - 05:50 Figariste nouvelle vague (3) Yoann Richomme, le phénomène À l’école du large, le phénomène a lieu toutes les trois ou quatre saisons : une nouvelle vague de Figaristes vient agacer les cadors du moment, avant de s’imposer dans les hauts du classement de cette classe recherchée et disputée. Marchand, Ruyant, Delahaye, Lagravière… De nouvelles têtes qui s’imposent gentiment comme les meilleurs coureurs au large de demain et sont à découvrir urgemment. Parmi eux, Yoann Richomme, 27 ans, a créé la sensation l’année passée en terminant 19e de la Solitaire alors qu’il n’avait jamais barré en course !
  3. gabart 16 secondes devant lobato  04/10/2010 - 14:39 WOW/Cap Istanbul – 3e étape Gabart 16 secondes devant Lobato ! Oui, cette 3e étape de la Cap Istanbul, entre Athènes et Didim, était plus courte. Il n’empêche. A l’arrivée en Turquie, les écarts entre les solitaires ont encore battu des records ! François Gabart (Skipper Macif 2010) s’est ainsi imposé de… 16 secondes devant Francisco Lobato (ROFF-Tempo Team).
  4. thomas ruyant et francisco lobato, beau duo 08/11/2009 - 16:02 Interview des deux vainqueurs de la Transat 6,50 Ruyant et Lobato racontent leur parcours sans détour ! Le 22 octobre dernier, à Salvador de Bahia, Thomas Ruyant (proto Faber France) gagnait - à 28 ans et devant 84 concurrents - la 17e Transat 6,50. De son côté, Francisco Lobato (Pogo 2, Roff-TMN) a marqué la course de son empreinte. Sa victoire en série restera liée à cette première étape d'anthologie qu'il termine deuxième au scratch en ne laissant devant lui qu'un seul proto ! Tous deux, à Bahia, se sont confiés sans détour.
  5. du pogo au figaro, lobato change de bateau  27/10/2009 - 07:31 Transat 6,50 / Arrivée à Bahia Du Pogo au Figaro, Lobato change de bateau Si Francisco Lobato (ROFF TMN, Pogo 2) a dominé séries et protos lors de la 1ère étape de la Transat 6,50, la seconde a été plus rude pour le Portugais. Deuxième au Brésil derrière Charlie Dalin, Francisco a su préserver la victoire finale en série. «J’ai maintenant hâte de me mettre au Figaro !»
  6. lobato   le pogo volant  19/09/2009 - 14:52 Transat 6.50 Charente-Maritime/Bahia Delesne en proto, Lobato en série ! Affolant pour les compteurs et les observateurs ! Le Portugais Francisco Lobato a marqué la première étape de la Mini-Transat. Sur son Pogo 2 de série, il a mené la flotte sous spi dans la grosse brise, ne laissant les honneurs de Madère au proto de Bertrand Delesne qu'à la faveur de la pétole finale. Le bateau, c'est Lobato !